Kate Beckinsale, la perle anglaise

Kate Beckinsale n'est pas une de ces actrices que la caméra adore, une de ces comédiennes sublimes à l'écran et ordinaires dans la vie. La caméra jalouse cette Anglaise de 27 ans, plus "gorgeous" encore à la ville que sur la toile.

PAR FERNAND DENIS
Kate Beckinsale, la perle anglaise
©EPA

À LONDRES

Kate Beckinsale n'est pas une de ces actrices que la caméra adore, une de ces comédiennes sublimes à l'écran et ordinaires dans la vie. La caméra jalouse cette Anglaise de 27 ans, plus "gorgeous" encore à la ville que sur la toile. Un éclat qui n'est pas sans rappeler celui des stars de l'âge d'or d'Hollywood, dont on pensait qu'elles n'existaient qu'au cinéma, grâce au long travail lumineux du chef opérateur.

Et du maquilleur aussi, lequel vient de s'occuper de Kate, dont la fin d'après-midi londonienne est chargée; interviews, conférence de presse et avant-première sur Leicester square. Et comme on est le 31, elle s'est coiffée, maquillée, habillée en conséquence. Quand elle entre dans la suite du Dorchester comme s'il s'agissait d'un plateau, elle savoure avec un plaisir gourmand l'effet produit alors que dans son oeil une étincelle dit "Je joue à la star et ça m'amuse". Mais star dans le sens de la mythologie cinématographique, quelque part entre Ava Gardner et Audrey Hepburn, pas la star capricieuse. Un sourire d'une surprenante fraîcheur illumine son visage, pas de trace de lassitude après quinze jours de marathon promotionnel commencé à Hawaï, sur un porte-avions en baie de "Pearl Harbor". "Je m'y attendais avec un film de ce type. Mais pour moi, il est comme un autre, il est juste d'une échelle totalement différente. Jouer, c'est jouer, au bout d'un moment, on finit par oublier le budget."

DANS LA MARMITE

Kate Beckinsale ne vient pas d'une agence de top-models, elle est comme Obélix, tombée dans l'art dramatique dès le berceau. Sa mère, Judy Loe, est une comédienne très célèbre en Angleterre, et son père, Richard Beckinsale, était le plus célèbre comique de la télé britannique dans les années 70. Était car, à 31 ans, il est fracassé par une crise cardiaque, un drame dont les suites vont profondément marquer la petite Kate alors âgée de cinq ans. D'une part, sa mère se remarie avec un prestigieux directeur de théâtre que Kate aura beaucoup de difficulté à accepter avec ses quatre enfants. D'autre part, son père était tellement connu que son nom entraîne la question: "Êtes-vous la fille de Richard?" Cela va la conduire à la dépression et sur le divan du psychanalyste à quinze ans.

DE JAMES IVORY À MICHAEL BAY

Depuis ses 18 ans, elle mène une carrière cinématographique très internationale et très caméléon, on ne la reconnaît pas d'un film à l'autre. Sa dernière apparition, c'était dans le dernier Ivory "The Golden Bowl". Elle y interprète la ravissante et naïve fille d'un milliardaire américain très cultivé qui, ayant perdu sa femme, reporte son amour sur son enfant.

Aux côtés de Nick Nolte, face à Uma Thurman, elle incarnait l'innocence, la pureté avec une extraordinaire intensité. Peut-on imaginer de plus grand écart que de passer d'Ivory à Michael Bay, du plus classieux au plus tape-à-l'oeil des réalisateurs américains?

"C'est vrai, c'est totalement différent. Sur The Golden Bowl, la préparation, les répétitions sont très importantes. Et puis James ne crie pas sur ses acteurs. Michael ne m'a jamais brutalisée (rires) mais les acteurs sont une chose parmi d'autres dont il doit s'occuper."

Produit par Jerry Bruckheimer, le spécialiste du gros film hollywoodien, "Pearl Harbor" met en scène la fameuse attaque japonaise sur la base américaine à Hawaï mais intégrée à un mélodrame sauce "Titanic". "Vous avez raison. 1, c'est un gros film. 2, il y a des bateaux qui coulent. 3, les critiques détestent. Cela fait pas mal de similitudes avec Titanic", ironise Kate.

Excuse me, but les critiques ont plutôt aimé le film de James Cameron. Ce qui agace ici, c'est la dimension politiquement correcte de "Pearl Harbor" avec des versions spécifiques pour l'Allemagne et le Japon, des scènes d'amour très chastes et une base militaire non-fumeurs. "La question du tabac est un sujet chaud aux USA. Disney qui s'adresse aux familles estime avoir une responsabilité dans ce domaine. Moi, cela ne m'a pas manqué de ne pas voir des gens fumer dans le film, je trouve qu'il y avait déjà assez de fumée comme ça (rires). Pour ce qui est des scènes sentimentales, le film s'inspire des films des années-là. Dans les années 30-40, que j'aime beaucoup, on ne voit pas les seins de Greta Garbo mais ses films ne manquent ni de passion ni d'érotisme. La nudité a été surexploitée à l'écran, elle ne signifie plus grand-chose. De Bruckheimer et Michael Bay, on s'attend à un film plus rock'n'roll, mais cela aurait été déplacé. Pour les versions différentes, il faut poser la question à Jerry. Quant aux critiques, je ne les lis pas. Car s'il faut croire les bonnes, il faut aussi croire les mauvaises; j'essaie de faire mon chemin en conscience. Personne n'a été surpris par celles de Pearl Harbor, c'est ce que récoltent les gros films. Mais en discutant avec des survivants, j'ai mesuré combien le patriotisme a une tout autre signification aujourd'hui, proche du nationalisme voire du fascisme. Pour moi, c'est une erreur de juger le patriotisme de cette époque avec nos critères d'aujourd'hui."

QUEL PLAN DE CARRIÈRE?

Avec ce regard gris vert qui vous fixe, on ne demande qu'à la croire, tout en se posant une question. Quand on sait le nombre d'acteurs que Jerry Bruckheimer a transformé en stars mondiales Tom Cruise, Nicolas Cage, Will Smith , peut-on refuser ses blockbusters? "Je n'ai pas de plan de carrière. Ce que je recherche, c'est tourner des scénarios que j'aime ou avec des réalisateurs que j'admire. La taille du film ne m'intéresse pas. En fait, je ne peux pas jouer pendant deux-trois mois quelque chose qui ne m'intéresse pas. Cela peut vous paraître stupide, mais j'ai aimé le scénario de

Pearl Harbor, l'histoire m'a émue, j'ai trouvé le personnage formidable. Ce n'était pas mon objectif de figurer dans un blockbuster hollywoodien, on m'en a proposé d'autres que j'ai refusés. J'ai fait ce film pour les mêmes raisons que tous mes autres films."

CHERCHE RÔLE EN FRANÇAIS OU EN RUSSE

Si le regard est persuasif, le CV ne l'est pas moins. Quand on étudie le français et le russe à Oxford, c'est qu'au départ on n'imaginait pas remplacer Julia Roberts. "J'ai surtout fait beaucoup de progrès en russe en jouant

La Mouette de Tchekhov au théâtre. Le metteur en scène était géorgien et ne parlait pas l'anglais, ce qui m'a donné l'occasion de m'améliorer. Connaître la langue aide beaucoup pour s'introduire dans une autre culture, s'initier à une autre sensibilité. Apprendre le français m'a aussi donné beaucoup de souplesse dans l'apprentissage des accents. J'aimerais bien jouer dans d'autres langues mais cela ne semble pas au programme pour le moment."

Kate Beckinsale compte néanmoins un film français dans sa filmo "Marie-Louise ou la permission", tourné par Manuel Flèche en 94. Elle suivait alors un Erasmus à Paris, dans le cadre de sa troisième année à Oxford. Un séjour fatal pour son avenir académique. Elle termina son année mais pas son cursus, happée par le cinéma à un an du diplôme. Une perte pour la communauté littéraire anglo-saxonne qui avait déjà reconnu son talent en lui décernant plusieurs prix importants pour des poèmes et des nouvelles. "J'ai honte d'avoir abandonné. Quand j'étais enceinte, je me disais que pendant le congé de maternité j'aurais du temps pour m'y consacrer. Quelle idiote j'étais. Ce qui me plairait, ce serait d'écrire un scénario ou d'adapter un ouvrage pour le cinéma. Ce ne serait pas un autre Pearl Harbor, c'est sûr."

EMMA

Elle aimerait écrire des adaptations, elle est universitaire, elle parle le français, sa mère est une grande comédienne, elle a une fille et son charme est instantané; s'il est une comédienne avec laquelle Kate partage beaucoup de points communs, c'est bien Emma Thomson avec laquelle elle a pratiquement débuté en 1991 dans "Much Ado About Nothing". Surtout, elle partage avec elle un sens de l'humour, de la repartie, de l'autodérision, un vrai tempérament comique. "Juste après

Pearl Harbor, j'ai tourné une comédie romantique et un peu délirante Serendipity avec John Cusak. Rire est ce que je préfère dans la vie. Et la personne qui me fait le plus rire est ma fille Lilly."

© La Libre Belgique 2001

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