Les salles obscures belges ont fait recette en 2015
Pour la première fois, distributeurs et exploitants de salles publient un bilan annuel du secteur en Belgique.
- Publié le 14-04-2016 à 20h14
- Mis à jour le 14-04-2016 à 21h09

Pour la première fois,distributeurs et exploitants de salles publientun bilan annuel du secteur en Belgique.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, la Belgique ne disposait pas, jusqu'à présent, d'un outil statistique apte à refléter, le plus fidèlement possible, la santé globale du secteur du cinéma ! Cette lacune est en passe d'être comblée grâce à la création, l'année dernière, d'une plateforme (Cinedata) où les professionnels du secteur (producteurs, distributeurs de films et exploitants de salles, principalement) peuvent communiquer, en toute discrétion, leurs chiffres.
Hier, à la Cinematek de Bruxelles, les différents partenaires de cette heureuse initiative (outre l'ASBL Cinedata, il s'agit de la Fédération des cinémas de Belgique et de l'Association des distributeurs) ont dévoilé la première livraison chiffrée de leur nouvel outil. Moyennant quelques extrapolations, elle porte sur l'ensemble de l'exercice 2015 et recouvre, assure-t-on chez Cinedata, plus de 90 % des salles de cinéma et près de 100 % des films distribués en Belgique.
Moins de films, mais plus d'entrées
Alors, quel est l'état de forme "macroéconomique" du secteur du cinéma en Belgique, au regard à la fois de la fréquentation des salles obscures et de la distribution de films ? Eh bien, il est bon, voire très bon ! Ce qui pourra surprendre certains alors que les autres formes de consommation de films (services en ligne de vidéos à la demande, "streaming" en ligne, DVD, etc.) ne cessent de prendre de l'ampleur. Mais il faut bien constater que se rendre dans une salle de cinéma reste une activité très prisée. Des chiffres, dévoilés mercredi par l'Association américaine des propriétaires de salles, ont d'ailleurs montré que les recettes mondiales tirées de l'exploitation de salles avaient atteint, l'an dernier, le montant record de 38,3 milliards de dollars (+ 5,2 %).
Les cinémas belges - dont le nombre de salles est resté stable par rapport à 2014 (avec un total de 508 écrans) - sont en ligne avec cette tendance : en 2015, ils ont enregistré 21 146 370 entrées, en hausse de 3,5 %. En termes de chiffre d'affaires, les ventes de billets ont généré plus de 166 millions d'euros (+ 5,3 %). Ces progressions sont largement dues, sans grande surprise, à l'effet des "blockbusters" américains (voir le "Top 20" dans l'infographie ci-dessous).
Le nombre de films distribués dans les cinémas belges, lui, n'aura été "que" de 293 films en 2015, soit 49 de moins que l'année précédente. Et si le nombre de films belges est resté stable (25), la part des productions belges dans les ventes de billets a grimpé de 8,6 % à 10,6 %.
L'exception Jaco Van Dormael
Ainsi, au-delà de l'impact des productions américaines (42 % des films distribués en Belgique en 2015, mais 77 % des recettes !), on voit que le "made in Belgium" fait, de plus en plus, recette auprès des Belges. "Dans le "Top 10" des films belges, on en compte huit qui ont été vus par plus de 100 000 personnes, ce qui est assez remarquable dans un pays divisé en deux sur le plan linguistique" , souligne Olivier Maeterlinck, représentant des distributeurs de films en Belgique. Ce sont surtout les productions (majoritairement) flamandes qui dominent le box-office ("FC De Kampionen", "Safety First",…). Avec 289 962 entrées, "Le Tout Nouveau Testament" de Jaco Van Dormael est la seule production francophone à figurer dans ce "Top 10".
Quatre films, dont deux sont toujours à l'affiche, sont parvenus à attirer plus de 800 000 personnes en 2015 : "Minions" (3D), "Jurassic World" (3D), "Star Wars" (sorti le 16 décembre) et "Spectre". "Le Tout Nouveau Testament", distribué par Belga, n'a pas à rougir puisqu'il occupe la seizième place du "Top 20".
Il est temps d'adopter une classification "moderne et uniforme" des films
Si le secteur du cinéma affiche une belle santé, en Belgique, ses représentants restent malgré tout préoccupés par au moins deux dossiers : le piratage et la classification des films.
S'appuyant sur deux études universitaires récentes (l'une de Gand et l'autre de Carnegie-Mellon), producteurs, distributeurs et exploitants belges dénoncent une nouvelle croissance, en 2015, du piratage en ligne de films et de séries. Dont coût pour le secteur : un manque à gagner, en termes de rentrées financières, de 15 % ! "Pour la production locale belge, qui est déjà contrainte par la petite taille du marché, c'est un gros problème" , explique Olivier Maeterlinck, représentant des distributeurs (ABDF). Le secteur mise sur l'initiative "Digital Belgium", lancée par le ministre de l'Agenda numérique, Alexander De Croo, pour définir un cadre juridique visant à attaquer les contenus, et les pratiques, illégaux.
L'autre dossier touche à une loi de… 1920 ! Elle a trait à la classification des films distribués dans les salles de cinéma en Belgique. Si on reparle de cette question, c'est notamment en raison du transfert de la compétence de l'Etat fédéral vers les Communautés. "Notre crainte est de voir apparaître quatre classifications différentes. Cela n'aurait évidemment aucun sens et le politique en est bien conscient. Une concertation est donc en cours pour trouver un système à la fois uniforme et moderne" , confie M. Maeterlinck. Le système ayant la préférence du secteur est basé sur un dispositif non plus d'interdiction (en l'occurrence, les films interdits aux moins de 16 ans), mais de recommandations formulées par les producteurs et distributeurs de films, et accompagnées de pictogrammes sur la nature du film (horreur, violence, etc.). La volonté est aussi d'appliquer ces recommandations indépendamment des supports (salles, DVD, VoD,…).
