Isao Takahata, pilier du studio Ghibli et du cinéma d'animation... Important jusqu'à la fin
- Publié le 06-04-2018 à 09h59
- Mis à jour le 06-04-2018 à 17h35

Le réalisateur et producteur japonais Isao Takahata, est décédé à l'âge de 82 ans, à Tokyo. Ami, associé, mais aussi rival artistique de longue date d'Hayao Miyazaki ("Mon voisin Totoro", "Le Voyage de Chihiro"), Isao Takahata était l'une des figures majeures du cinéma d'animation japonais et mondial et l'un des piliers du studio Ghibli cofondé par Miyazaki. Il avait notamment réalisé "Le Tombeau des Lucioles", considéré comme son chef d'oeuvre, mais aussi "Mes voisins les Yamada", adaptation d'une bande dessinée populaire au Japon, ou "Le Conte de la Princesse Kaguya", transposition d'un conte classique nippon. En 2006, il était venu présenter au Festival Anima de Bruxelles son film "Pompoko".
L'expérience de la guerre
Né dans la préfecture de Mie, en 1935, Isao Takahata avait grandi durant la Seconde Guerre mondiale, une expérience dramatique qui avait nourri son film "Le Tombeau des lucioles" (1988), récit sombre et poignant de la lutte pour la survie de deux orphelins dans les ruines du Japon aux lendemains de la guerre.
Takahata avait démarré sa carrière dans l'animation en 1959, au sein du studio Toei, géant du cinéma japonais. C'est là qu'il avait rencontré Hayao Miyazaki, de six ans son cadet. Au regard de la hiérarchie japonaise, ancrée dans les relations sociales, l'aîné a parfois pris par la suite ombrage de la reconnaissance plus importante dont jouissait Miyazaki sur la scène internationale. Le premier ne manquait jamais de rappeler qu'il avait en son temps cornaqué le second à ses débuts.
C'est d'ailleurs Takahata qui, le premier, était passé à la réalisation d'un long métrage d'animation, avec "Horus, prince du soleil", en 1968, sur lequel collabora Miyazaki. L'échec commercial du film amena les deux amis à se concentrer durant la décennie suivante sur des séries d'animation pour la télévision, dont la célèbre "Heidi".
La fondation de Ghibli
Au début des années 1980, Takahata réalise "Kié la petite peste", un long métrage qui rencontre enfin le succès. De son côté, Miyazaki décide de voler de ses propres ailes. Il fonde le studio Ghibli en 1984 avec le producteur Toshio Suzuki. Takahata rejoint son ami pour l'aider à produire "Nausicaä de la vallée du vent", le premier long métrage de Ghibli. Commence alors une success story qui va faire du studio et des deux réalisateurs des piliers de l'animation mondiale.
La reconnaissance internationale viendra pour Takahata avec "Le Tombeau des lucioles", qui démontre que le cinéma d'animation peut traiter de sujet grave et s'adresser autant aux adultes qu'aux enfants. Le film obtient une nomination aux oscars et est considéré depuis comme une des oeuvres majeures du cinéma mondial.
Un auteur singulier
A la différence de Miyazaki, Takahata dessine peu lui-même ("Je me repose sur le talent des artistes qui œuvrent sur le film" nous disait-il) et change de style à chaque film, optant pour celui qui lui semble le mieux adapté aux univers dont il traite. Cette versalité de forme l'a rendu moins identifiables auprès du grand public, malgré la qualité de ses films.
"Mon voisin les Yamada" (1999), adapté de la bande dessiné de Hisaichi Ishii, qui chronique la vie d'une famille japonaise lambda, mêle comique et poétique. Takahata avait décidé de conserver le style minimaliste d'Ishii, utilisant l'ordinateur pour conserver à l'écran le rendu des traits d'encre et d'aquarelles. La narration, faite d'historiettes, rompait avec la structure linéaire habituelle, et le film était marqué par des ruptures de ton et de style graphique, sans pour autant altérer la compréhension et la fluidité du récit.
"Ma ligne directrice est que le trait du dessin doit toujours correspondre à l'énergie intrinsèque de chaque scène", nous expliquait-il lors d'un entretien. "S'il s'agit d'une scène devant exprimer une forme de violence, le trait doit être plus énergique, plus tranché, plus brut. A l'inverse, une scène d'intimité ou de douceur sera dessinée de manière plus fluide, plus sereine."
Dernières contributions
Le dernier long métrage réalisé par Takahata, "Le Conte de la princesse Kaguya", qui fut présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, au festival de Cannes, en 2014, utilisait des procédés similaires. Le film lui avait valu une nouvelle nomination à l'oscar du Meilleur film d'animation.
La dernière contribution - considérable - d'Isao Takahata à son art fut de produire "La Tortue Rouge" de Michael Dudok de Wit, présenté au Festival de Cannes en 2016. Le producteur japonais sera in fine crédité comme "producteur artistique" - terme inhabituel. "Son regard était important pour moi, nous avait alors expliqué Michael Dudok de Wit. Il a fait des suggestions sur des petits détails ou des choses plus importantes, mais toujours en respectant mon travail, sans rien imposer." Et de conclure : "C'est un maître de l'animation."
