"La Promesse verte" : Après l'immense succès d'"Au nom de la terre", Edouard Bergeon est de retour avec un second long métrage plus ambitieux
Où il est à nouveau question du rapport à l'agriculture, à travers la question de la déforestation liée à la production d'huile de palme en Indonésie. Avec Alexandra Lamy dans le rôle d'une mère tentant de sauver son fils (Félix Moati) des geôles indonésiennes.

- Publié le 10-04-2024 à 15h16

Étudiant en anthropologie français, Martin Landreau (Félix Moati) débarque dans une ONG sur l'île de Bornéo, plein d'enthousiasme à l'idée de découvrir l'une des plus belles forêts primaires du globe et le peuple Dayak, en voie d'extinction. Alors qu'il prépare une thèse sur la déforestation, le militant écolo découvre l'ampleur du désastre de la production d'huile de palme, qui provoque une déforestation massive dans la région. Et ce avec le soutien des autorités indonésiennes…
Alors qu'il a filmé le massacre de villageois dayaks par une milice aux ordres de Palmyr, un géant de la production oléifère possédant de nombreuses palmeraies dans la région, le jeune homme est exfiltré vers Jakarta, où il doit sauter dans le premier vol vers l'Europe. Mais Martin est arrêté par la police dans l'avion. Accusé de trafic de stupéfiants, il risque 20 ans d'emprisonnement. Sa mère Carole (Alexandra Lamy) débarque alors en Indonésie pour tenter de le faire libérer, avec l'aide des diplomates de l'ambassade de France… Le tout, sur fond, de production de biocarburants "verts" à base d'huile de palme indonésienne.
Green washing
Cinq ans après l'immense succès de son premier film Au nom de la terre, drame paysan avec Guillaume Canet inspiré de la vie de son propre père, Edouard Bergeon est de retour avec un second long métrage plus ambitieux. S'il est à nouveau question de notre rapport à la terre et de ce que l'homme lui fait subir, le sujet se veut plus complexe. Le réalisateur s'attache notamment à mettre en lumière les mécanismes de la realpolitik à l'échelle internationale qui freinent tout changement. "Quand on veut changer le monde, le monde ne se laisse pas faire…", remarque ainsi Martin, prisonnier des geôles indonésiennes.
Dans Au nom de la terre, Édouard Bergeon mettait en lumière les pressions exercées sur les agriculteurs français, toujours poussés à s'agrandir, à se moderniser, à abandonner leur statut de paysan pour devenir des entrepreneurs. Ce sont ici les mêmes mécanismes qu'expose le réalisateur, mais à l'échelle internationale, en dénonçant notamment l'hypocrisie de ces biocarburants prétendument verts, alors que, quand ils sont fabriqués à partir d'huile de palme indonésienne, ils se révèlent trois fois plus polluants que le diesel… Toutes les 5 secondes, on estime que c'est l'équivalent d'un terrain de foot de forêt primaire qui disparaît à travers le monde.
Si les intentions sont louables, La Promesse verte n'est pas une franche réussite... Se concentrant sur le combat d'une mère (campée par une Alexandra Lamy parfois un poil dans l'exagération) pour sauver son fils par tous les moyens, y compris en dénonçant le double discours de son propre pays, Édouard Bergeon tente de s'aventurer du côté d'un thriller écolo tendu. Il a néanmoins bien du mal à se désembourber du film thèse…


La Promesse verte Thriller De Édouard Bergeon Scénario Emmanuel Courcol, Édouard Bergeon et Luc Golfin Photographie Éric Dumont Musique Thomas Dappelo Montage Luc Golfin Avec Alexandra Lamy, Félix Moati, Sofian Khammes, Julie Chen, Philippe Torreton… Durée 2h03