Javier Bardem impérial en Compétition à Cannes dans "L'Être aimé"
Ce samedi après-midi en Compétition, l'Espagnol Rodrigo Sorogoyen était de retour sur la Croisette avec une exploration magistrale des relations père-fille, sur fond d'un tournage dans les Canaries. À voir dès mercredi au cinéma.

- Publié le 16-05-2026 à 19h21
- Mis à jour le 10-06-2026 à 22h05

Il y a quatre ans, Thierry Frémaux était passé un peu à côté d'As bestas, conflit de voisinage avec Marina Foïs et Denis Ménochet tournant très mal en Galice. Rodrigo Sorogoyen avait montré son film hors Compétition, avant d'empocher neuf Goya (dont meilleur film et réalisateur), ainsi que le César du meilleur film étranger.
Ce samedi après-midi, l'Espagnol était donc, cette fois, en lice pour la Palme d'or avec son nouveau film L'Être aimé, où il retrouve Marina Foïs dans un petit rôle. Alors que sa magnifique série Los anos nuevos, qui captait l'évolution de l'amour dans un couple sur dix ans, est toujours disponible sur Arte.tv, le cinéaste est de retour avec un film très personnel dédié à son père. Un film magistral, très applaudi sur la Croisette, où il étudie les relations entre un père et sa fille.
Une incroyable scène d'ouverture
Réalisateur espagnol renommé, détenteur d'une Palme d'or et de deux oscars, Esteban Martínez (Javier Bardem) a quitté New York pour revenir s'installer à Madrid avec sa femme et ses jeunes enfants. Ce midi, il a rendez-vous avec Emilia (Victoria Luengo), sa grande fille, qu'il n'a pas vue depuis 13 ans. Il est nerveux. Elle aussi. L'homme veut faire ce qu'il n'a pas fait durant toutes ses années : aider sa fille, comédienne qui vivote, en lui proposant un rôle dans son prochain film. Une chronique historique dans le désert du Sahara occidental alors sous occupation espagnole, dont le tournage se déroulera sur l'île de Fuerteventura, dans les Canaries…
On se souvient de l'incroyable scène de confrontation dans un bar, façon western, entre Denis Ménochet et un paysan dans As bestas. C'est à nouveau par un formidable face-à-face, construit uniquement sur des gros plans se rapprochant de plus en plus des visages du père et de sa fille à mesure que monte la tension, que Sorogoyen ouvre L'Être aimé. Une formidable scène d'une vingtaine de minutes dans laquelle le cinéaste met en place les thèmes de son film : l'amour filial, le ressentiment, le jeu des souvenirs discordants et la possibilité, peut-être, de reconstruire une relation distendue….
Film dans le film
À la manière du Norvégien Joachim Trier dans Valeur sentimentale (Grand Prix à Cannes l'année dernière), Sorogoyen décrit la tentative d'un père cinéaste de renouer avec sa fille comédienne en lui proposant de jouer dans son film. Mais si les prémices sont identiques, l'Espagnol trace son propre chemin, en mettant en scène les relations entre ses personnages au sein du tournage compliqué de cet ambitieux film historique.
Au-delà de la mise en abîme et du procédé intrinsèquement cinématographique du film dans le film, Rodrigo Sorogoyen utilise toutes les armes de la mise en scène. Alternant les changements de formats, passant régulièrement au noir et blanc sans raison apparente, jouant avec le son, le grain de l'image, le cinéaste nous propose une plongée envoûtante dans le monde du cinéma. Dont les images gravées à jamais sur l'écran ne disent pas tout des souvenirs qui se cachent derrière elles. Des moments heureux, mais aussi plus douloureux.

Bardem au sommet
Sous forme d'autoportrait pas tendre, Sorogoyen dresse le portrait d'un cinéaste profondément humain, mais (trop) exigeant avec ses équipes au nom de la création. Un homme d'une autre génération campé par un formidable Javier Bardem magnétique, dont l'immense talent irradie à nouveau l'écran.
Dans le rôle de sa fille, Victoria Luengo tient magnifiquement tête à ce géant. La jeune comédienne espagnole, que l'on reverra mardi en Compétition dans Autofiction de Pedro Almodóvar (et que l'on croisait déjà dans son Lion d'or La Chambre d'à côté en 2024) est épatante, d'une grande finesse dans l'expression de sentiments contrastés.


El ser querido/The Beloved/L'Être aimé
Drame De Rodrigo Sorogoyen Scénario Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen Photographie Álex de Pablo Musique Olivier Arson Montage Alberto del Campo Avec Javier Bardem, Victoria Luengo, Marina Foïs… Durée 2h15