À Cannes, Gilles Lellouche est "Moulin", l'homme qui résiste
Dimanche après-midi, le Hongrois László Nemes était de retour en Compétition sur la Croisette avec un drame historique puissant consacré à la figure de Jean Moulin.

- Publié le 17-05-2026 à 17h23
- Mis à jour le 17-05-2026 à 19h43

En août 2025, László Nemes avait déçu en Compétition à la Mostra de Venise avec son dernier film Orphan (qui sort ce 3 juin sur nos écrans). Ce dimanche après-midi, le Hongrois était donc très attendu en Compétition du 79e Festival de Cannes avec Moulin, portrait d'une figure de la Résistance, celle de Jean Moulin, campé par Gilles Lellouche. Et il a cette fois convaincu.
Pas question pour le cinéaste de livrer un biopic classique. Le film nous plonge d'emblée dans la France occupée de 1942. De retour de Londres, où le général de Gaulle l'a chargé d'organiser les réseaux de résistance sur le terrain et d'unifier le Conseil national de la résistance et l'Armée Secrète, Moulin, alias Max, est parachuté en France. Quelques jours plus tard, il est arrêté par la Gestapo à Caluire-et-Cuire le 21 juin 1943. Avant d'être emmené à Lyon, où il sera interrogé et torturé par Klaus Barbie (Lars Eidinger), à la recherche du fameux "Max".

Nouveau drame historique
Il y a 11 ans, László Nemes avait fait irruption de façon fracassante dans le paysage cinématographique avec Le Fils de Saul. Grand prix du jury ici à Cannes, ce premier long métrage époustouflant nous plongeait dans l'enfer d'Auschwitz en vue subjective. Depuis il est resté fidèle à l'Histoire, que ce soit celle de la chute de l'empire austro-hongrois dans l'halluciné Sunset en 2028 ou celle des lendemains difficiles de la Seconde Guerre mondiale en Hongrie dans Orphan. Avec Moulin, il retrouve les années 1940 pour nous rappeler à nouveau l'horreur brute du fascisme.
Moulin s'ouvre comme un film d'espionnage, un vrai Film noir — Nemes imaginant même un personnage de femme fatale, une comtesse incarnée par Louise Bourgouin — pour décrire la paranoïa dans laquelle vit Max, sous la fausse identité de Jacques Martel, un décorateur. Il se transforme ensuite en un véritable film d'horreur pour mettre en scène la confrontation entre Moulin et Barbie. De quoi offrir un face-à-face entre deux comédiens au tempérament très différent : Lellouche dans une retenue quasi complète et un Lars Eidinger (vu notamment dans la série Babylon Berlin) absolument glaçant, passant en un quart de seconde de l'officier nazi mielleux au monstre de cruauté se prenant pour un demi-dieu…

Lutte du bien contre le mal
László Nemes n'est pas un cinéaste qui fait dans la finesse. Assumant totalement le manichéisme, il filme ici la lutte du Bien (Moulin, l'homme qui résiste, qui ne parle pas) et du Mal (les Nazis éructant en allemand et leurs sbires français psychopathes, notamment à travers le personnage de Robert Auguste Moog, campé par le Liégeois Pierre Nisse).
On est sans cesse à la limite de la caricature, mais, pour une fois, le Hongrois en rabat quelque peu sur la virtuosité formelle pour opter pour une mise en scène efficace. Ce qui ne l'empêche pas de livrer une œuvre très sombre, habitée de fantômes du passé qui continuent à nous hanter aujourd'hui.
Moulin
Biopic De László Nemes Scénario Olivier Demangel Photographie Mátyás Erdély Musique Laetitia Pansanel-Garric Montage Péter Politzer Avec Gilles Lellouche, Lars Eidinger, Louise Bourgouin, Pierre Nisse… Durée 2h10