À Cannes, James Gray signe avec "Paper Tiger" un grand polar mélodramatique
Ce samedi soir, fidèle à la Croisette malgré ses nombreuses déconvenues, le cinéaste américain entrait en Compétition avec un film qui revient aux sources de son cinéma, porté par Scarlett Johansson, Miles Telller et Adam Driver.

- Publié le 17-05-2026 à 06h55
- Mis à jour le 17-05-2026 à 14h50

Les Américains ne sont que deux à concourir à la Palme d'or du 79e Festival de Cannes. Avant Ira Sachs, qui présentera mercredi The Man I Love, James Gray était très attendu avec Paper Tiger. Sur le tapis rouge, le cinéaste de 57 ans a défilé aux côtés de ses acteurs Miles Teller et Adam Driver. Mais sans Scarlett Johansson, qui n'a finalement pas fait le déplacement sur la Croisette.
Il y a quelques jours, James Gray déclarait à Vanity Fair que Cannes était "la citadelle du cinéma d'auteur européen". "Nous sommes un peu comme des intrus. Mais c'est important que les Américains y soient présents pour montrer que nous pouvons aussi jouer dans cette cour."
Le réalisateur fait preuve d'une belle persévérance et d'une fidélité sans faille à un festival qui ne l'a pourtant jamais récompensé et où il a essuyé quelques accueils mitigés (notamment pour The Immigrant avec Marion Cotillard en 2013). C'est en effet la sixième fois depuis son deuxième film The Yards en 2000 qu'il est présent en Compétition. S'il a livré sur la Croisette un film diablement efficace, ce n'est sans doute pas cette année encore que le cinéaste décrochera la Palme…

Retour à New York
Paper Tiger nous emmène dans le Queens en 1986, auprès d'une famille juive de la classe moyenne. Modeste ingénieur à la tête d'une petite entreprise, Irwin Pearl (Miles Teller) élève ses deux grands fils avec sa femme Hester (Scarlett Johansson). Un soir, son frère Gary (Adam Driver), ex-flic de la police de New York ayant fait fortune dans les affaires, débarque en fanfare. Il apporte de délicieuses entrecôtes maturées de la très chic steakhouse Peter Luger !
Après le repas, Gary propose à son petit frère de s'associer avec lui pour monter une boîte de conseils dans le cadre de la réhabilitation du canal de Gowanus à Brooklyn. Leurs premiers clients ? Une société pétrolière russe. Un soir, fier de sa fortune promise, Irwin emmène ses gamins voir son nouveau boulot. Ils sont malheureusement témoins de ce qu'ils n'auraient jamais dû voir…

Polar mélodramatique
James Gray s'est régulièrement inspiré de son propre vécu. Après le semi-échec de ses grands projets hollywoodiens The Lost City of Z (2016) et Ad Astra (avec Brad Pitt en 2019), il se souvenait ainsi de ses souvenirs d'enfance dans le New York des années 1980 dans le très beau Armageddon Time, injustement oublié par le jury cannois en 2022. Paper Tiger pourrait en être la suite. Sinon que, comme il l'avait fait dans The Yards, il intègre ces éléments biographiques au sein d'un polar noir d'encre, sur fond de mafia russe et de police corrompue.
Avec Paper Tiger, James Gray revient aux sources de cinéma, cachant derrière le genre un mélodrame intime sur l'envers du rêve américain et de l'ambition. À travers la relation entre deux frères que tout oppose qui rappelle celle de La Nuit nous appartient en 2007. Mis en scène de façon toujours aussi virtuose — notamment dans les nombreuses scènes nocturnes — et avec un grand sens du rythme, bénéficiant d'une reconstitution historique bluffante, porté par un excellent trio de comédiens (dont une formidable Scarlett Johansson dans un rôle en retrait), Paper Tiger est un objet formellement impeccable. Une nouvelle ode de James Gray au grand cinéma américain classique.
Paper Tiger
Polar Scénario et réalisation James Gray Photographie Joaquín Baca-Asay Musique Christopher Spelman Musique Scott Morris Avec Miles Teller, Scarlett Johansson, Adam Driver, Elena Solovei… Durée 1h55