Avant "The Bikeriders" de Jeff Nichols : cinq films de motos cultes
"The Bikeriders", le nouveau film de Jeff Nichols (Mud), est la chronique d'un club de motards dans les années 1960. À l'occasion de sa sortie, retour sur cinq films emblématique du genre.

- Publié le 19-06-2024 à 11h33
- Mis à jour le 19-06-2024 à 16h58

1. The Wild One (1953)
En 1953, ce film de László Benedek suscite la controverse mais lance, aussi, une mode. Il est inspiré d'événements survenus cinq ans plus tôt dans la ville californienne d'Hollister. Lors d'un rallye, ils arrivèrent en surnombre, débordant le service d'ordre. Une minorité d'entre eux provoqua des dégâts dans la localité. Sous le terme d'Hollister Riot (Émeute d'Hollister), les incidents, pourtant mineurs ont été montés en épingle par la presse, avec des articles dénonçant des motards "prenant le contrôle de la ville". Fiction, L'Équipée sauvage (titre français du film) suit cet axe avec deux bandes motards rivales se donnant rendez-vous dans une paisible localité provinciale. Johnny (Marlon Brando) y affronte Chino (Lee Marvin, vétéran de guerre, comme nombre de motards des années 1950). Le film achève de consacrer Brando et une iconographie : le perfecto des "blousons noirs" et leur bécane comme nouveau destrier des hors-la-loi. Dans The Bikeriders, Johnny (Tom Hardy) crée les Vandals après avoir vu L'Équipée sauvage… (Disponible à la location sur AppleTv et Prime Video)
La moto : Triumph Thunderbird 650cc

2. Easy Rider (1969)
Les films de motards se succèdent à l'écran dans les années 1960, une véritable bikerxploitation de qualité inégale. Le biker étant généralement présenté comme un "mauvais garçon". En bout de course, émerge Easy Rider. Deux marginaux, Wyatt, alias "Captain America", et Billy (imaginé par les scénaristes comme des incarnations modernes de Wyatt Earp et Billy the Kid) enfourchent leur moto à destination de La Nouvelle-Orléans à temps pour le Mardi Gras. Le tournage du film a été à son image : chaotique et sous substance. Mais, à l'arrivée, cette oeuvre charnière signée par Dennis Hopper capte l'atmosphère de la contre-culture. Elle révèle aussi la fracture qui oppose désormais les générations et les franges de la population américaine. Le film marque l'acte de naissance de ce qu'on appellera Nouvel Hollywood – tout en présageant sa récupération par le système : "On a tout foiré" conclut Captain America à la fin. Dans The Bikeriders, un des Vandals termine comme crieur devant un cinéma projetant le film. (Disponible à la location sur AppleTv et Prime Video)
Les motos : au début du film, une Bultaco Pursang (pour Peter Fonda) et une Norton P11 Ranger (pour Denis Hopper) puis quatre Harley-Davidson FL Hydra-Glide de la police converties en choppers.

3. Electra Glide in Blue (1973)
Considéré comme le contrepoint d'Easy Rider, Electra Glide in Blue est singulier. Son réalisateur, James William Guercio, dont c'est l'unique film, était producteur musical. La partition du film est signée par Chicago, groupe jazz-rock alors en vue dont il est manager (qui apparaît dans une scène). Le qualificatif infamant de réactionnaire accolé au film à l'époque découle du statut de son protagoniste principal, John Wintergreen (Robert Blake), policier motard. Zélé et tenant idéaliste d'une justice impartiale, John se heurte au racisme, à l'intolérance et à la corruption de ses collègues (les vrais réacs du film) mais, aussi, la dégénérescence d'un Flower Power, converti au trafic de drogue. L'Electra Glide du titre est le modèle spécial conçu par Harley Davidson pour la police. Son modèle bleu est le seul rêve du collègue corrompu de John. La fin nihiliste, sur fond de Monument Valley (décor des westerns de John Ford), acte la mort des utopies américaines, qu'elles soient conservatrices ou progressistes. On ne pardonne pas la lucidité.
La moto : Harley-Davidson Shovelhead FL Electra Glide.

4. Mad Max (1979)
On l'oublie mais le premier opus de la saga de George Miller, qui a lancé la carrière internationale de Mel Gibson, n'était pas un récit postapocalyptique. Tout au plus une dystopie où, dans un futur très proche, des flics tout de cuir vêtus traquent de gangs de motards dégénérés (incarnés par les membres d'un club local, les Vigilantes – littéralement : les Justiciers…). Ce sera à qui enverra l'autre dans le décor en premier. Ce jeu de massacre impénitent et hyperviolent (pour l'époque) a été mûri par l'ex-urgentiste de Melbourne George Miller, témoin des blessures d'accidentés de la route. Pour développer son scénario, il sollicite le journaliste James McCausland. En couvrant les effets du choc pétrolier de 1973, celui-ci a constaté que "les Australiens défendaient leur droit à faire le plein […] et quiconque tentait de se faufiler dans la file d'attente se heurtait à une violence brutale". "George et moi avons écrit le scénario [de Mad Max] en nous basant sur la thèse selon laquelle les gens feraient n'importe quoi pour que les véhicules continuent de rouler et sur l'hypothèse selon laquelle les nations n'envisageraient les coûts énormes de la mise en place d'infrastructures pour les énergies alternatives que lorsqu'il serait trop tard", écrivait McCausland en 2006. Qui a dit visionnaire ? (Disponible à la location sur AppleTv et Prime Video)
Les motos : Des Kawasaki Kz1000, cédées par le concessionnaire australien, et customisées.

5. Carnets de voyage/Diarios de motocicleta (2004)
"La révolution est comme une bicyclette : quand elle n'avance plus, elle tombe". Si l'on en croit Les Aventures de Rabbi Jacob, l'aphorisme serait de Che Guevara. S'il l'a prononcé, Ernesto Guevara (Gael García Bernal) pensait peut-être à la moto sur laquelle, en 1952, encore simple étudiant en médecine idéaliste, il traverse de l'Amérique du Sud avec son ami Alberto Granado (Rodrigo de la Serna). Au fil des rencontres effectuées et des injustices sociales et de la misère dont il est le témoin, le voyage transformera radicalement le jeune Che Guevara. Leur moyen de transport est une vieille moto qu'ils surnomment La Poderosa ("la Bête"). Ce film lyrique de Walter Salles chronique cette aventure authentique sur fond d'éveil spirituel et politique du futur "Che". La moto y reste synonyme d'échappée belle et de liberté voire un prélude à la révolution. Détail chronologique : l'équipée du futur guérillero précède d'un an The Wild One…
La moto : une Norton International 500

Bonus : Knightriders (1981)
Parce que son titre évoque The Bikeriders et parce qu'il est totalement improbable, impossible de ne pas mentionner ce film étrange et méconnu de George A. Romero (à ne pas confondre avec la série K-2000, dont le titre original était Knight Rider). Le réalisateur mythique de La nuit des morts vivants prend au pied de la lettre l'idée que les motards sont des chevaliers des temps modernes. Le tout jeune (et encore inconnu) Ed Harris y mène une troupe de motards amateurs de joutes médiévales. Lors de leur traversée des États-Unis, ils sont harcelés par un shérif véreux. Initialement imaginée comme un film d'époque, cette variation sur les Chevaliers de la Table Ronde (tous les personnages sont un double de ceux de la saga arthurienne) a été revue, faute de moyen, comme un road-movie contemporain. En résulte une bisserie cocasse où les cascadeurs s'en sont donné à cœur joie dans les scènes de tournoi. À noter : un caméo de Stephen King (logique…).
La moto : Ed Harris chevauche une Honda CBX.
