Mons 2015: "Mais où est la musique?"

Depuis le 24 janvier dernier, Mons 2015 bat son plein. Et c'est peu dire que son menu musical nous laisse sur notre faim.

Nicolas Capart
Mons 2015: "Mais où est la musique?"

Mais où est la musique ?", chantait jadis Claude Barzotti, autre Hennuyer illustre (lui natif de Charleroi), qui occupe plus que probablement une place de choix dans le cœur des Montois. A l'époque, le chanteur effrayé par la technique cherchait en vain la douceur des violons. En ce qui nous concerne, ce sont les notes plus électriques, pop, rock, soul, electro ou hip hop, que nous peinons à trouver dans la programmation musicale de ce Mons 2015. Un menu somme toute un peu léger. Si, au rayon classique, l'Orchestre royal de chambre de Wallonie sera de toutes les soirées (avec près de dix rendez-vous dans le cadre de l'année culturelle européenne), côté non classique le line-up manque aussi cruellement de variété, puisqu'abstraction faite des concerts de l'Alhambra, les visiteurs n'auront pas grand-chose à se mettre sous l'oreille.

Objectif Alhambra

"On est parti d'un constat : il n'y avait plus à Mons un lieu dédicacé aux musiques dites actuelles, ou amplifiées, un mot bien savant qui recouvre tout ce qui est rock, musique electro, etc., nous explique Philippe Degeneffe, commissaire général de Mons 2015. Et on n'a pas eu à batailler pour convaincre nos interlocuteurs, puisque ce constat était partagé par tout le monde. On s'est donc mis à la recherche de ce lieu qui est devenu l'Alhambra."

Dès la prise en main de la salle pointe la première maladresse : la fameuse affaire de la fresque de Vincent Glowinski alias Bonom, qui orne le plafond. Après coup, l'on s'aperçoit que ledit plafond est trop haut, ce qui pose de sérieux problèmes de son. Trop tard pour le faire abaisser au risque de détruire le coûteux travail du célèbre street artist parisien. "Aujourd'hui les problèmes sont réglés , assure Pascal Goossens, programmateur de l'Alhambra. Même s'il est vrai qu'on n'a peut-être pas fait les choses dans l'ordre. Nous n'avons pas fait d'étude acoustique, ce fut certainement une erreur. On a d'abord tout aménagé puis l'on s'est rendu compte que le son n'était pas bon. Nous avons donc entrepris une nouvelle série de travaux pour améliorer l'acoustique, mais qui n'ont pas du tout empiété sur la fresque de Bonom. Aujourd'hui, le son est plus que convenable. Et nous sommes restés dans les limites du budget de fonctionnement pour ce faire."

Le nerf de la guerre

La note de Mons 2015 se chiffre à 70 millions d'euros, dont 61 de deniers publics. La part de ce budget allouée à la musique est quant à elle de 1 780 000 €, soit moins de 3 % de la somme totale. Une bien maigre contribution aux notes, qui interroge. La musique serait-elle un sous-genre culturel ? N'est-elle pas au contraire une porte d'entrée privilégiée pour mener le plus grand nombre à l'art et la culture en général ? Ceci étant dit, cette manne de plus d'un million et demi d'euros demeure plus que coquette. Et le résultat ne semble pas à la mesure des moyens. "Il y eut un parti pris d'investir la majorité du budget dans la rénovation de cette salle et, surtout, sa programmation… , insiste Philippe Degeneffe. On a choisi de lancer le projet un an avant le début officiel de l'année culturelle européenne. Nous étions pressés par le temps, car l'Alhambra risquait de partir vers un autre projet, lui pas forcément musical. Et puis, histoire de roder cette nouvelle machine, de faire connaître le lieu, de recréer ce public et d'être prêt pour Mons 2015. Sans prétention, le pari a bien fonctionné […] Sachant que l'objectif serait, même si l'on ne peut encore le garantir, que le lieu survive à Mons 2015. Ce fut un choix de politique culturelle assumé, et l'on a préféré privilégier un aspect plutôt pérenne qu'événementiel." Gageons en tout cas, vu l'effort consenti, que ledit Alhambra en effet survivra.

Parlons musique

Le fil rouge musical de Mons 2015 est "De la polyphonie vocale à l'electro", histoire de célébrer Roland de Lassus, illustre polyphoniste du XVIe siècle qui était Montois. Un hommage logiquement confiné au volet classique du projet. Notons aussi, dans le domaine des musiques contemporaines, une nouvelle infrastructure - financée par la Communauté française - dans l'ancienne caserne des pompiers, qui s'appellera Arsonic et dont Jean-Paul Dessy qui gère ce secteur pourra bénéficier d'ici quelques mois. Côté non classique, Philippe Degeneffe pointe les héros du coin : "Deux créations musicales, l'une avec Saule, l'autre avec Marc Pinilla (de Suarez) et Olivier Monssens, traitant de la grande thématique des cubes." Et "le retour d'un enfant du cru, Adamo, en concert gratuit sur la Grand-Place avec un orchestre classique" , qui cependant est officiellement convié dans le cadre des Fêtes de Wallonie. Les organisateurs se réjouissent également d'une soirée estampillée Mons 2015 le mercredi soir du Dour Festival, dont la programmation n'a pas encore été arrêtée. Et l'on ne peut s'empêcher de penser que les campeurs y dansent déjà depuis quelques années la veille du début des concerts, mais le feront cette année ornés d'un badge Mons 2015. Enfin, Machiavel fêtera quarante ans de carrière sur les planches du Théâtre royal de Mons, ce qui, en guise de tête d'affiche, n'est pas non plus de nature à faire rêver dans les chaumières. Seule la présence du  groupe Deerhoof, le 20 février à la Maison Folie dans le cadre d'une soirée "Upset! the Rythm", serait de nature à nous enthousiasmer. C'est peu...

Reste la scène de l'Alhambra, où l'on nous promet "des événements internationaux majeurs" (que l'on cherche encore). Comme "le grand retour du Français Jean-Louis Murat" le 1er février dernier, lendemain de son passage dans la capitale et six semaines avant sa venue à Liège. Un choix qui manque cruellement d'ambition, à l'image du reste de la programmation, des vieilles gloires nationales (Mud Flow) aux has-been étrangers (Audio Bullys) en passant par des choix saugrenus (Antoine Hénaut lors d'une soirée punk !). "Mud Flow, c'est vrai que cela fait un peu revival…, concède Pascal Goossens. On avait un accord avec leur booker, et on s'est aperçu qu'ils avaient un gros fan-club à Mons… Pour le reste, on a tenté des choses très audacieuses. Mais on n'était pas acceptés pour ça. Donc on a arrondi les angles. Je pense, pour travailler dans ce domaine depuis très longtemps, qu'on n'est pas ici à Bruxelles mais en province. Et que, malgré le fait qu'on soit capitale européenne de la culture, on s'adresse surtout à un public local et régional." Tout est dit.


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