"Lis-moi tout", le festival dédié aux écritures de la relève
Le Rideau, en collaboration avec le Jean Vilar, met à l'honneur toutes les formes d'écriture destinées à être dites à un public.

- Publié le 24-03-2022 à 10h52
- Mis à jour le 24-03-2022 à 11h01

C'est un projet auquel elle rêvait déjà en préparant son dossier de candidature pour le poste de directrice générale et artistique du théâtre Le Rideau : faire venir à Bruxelles une édition du Jamais lu, un festival québécois dédié exclusivement aux écritures dramatiques en langue francophone. Mais lorsque Cathy Min Jung succède à Michaël Delaunoy en septembre 2020, la crise sanitaire joue les vilains trouble-fêtes, bousculant ambitions et programmation : impossible d'importer le Jamais lu avant… 2023 ! "D'autre part, explique la directrice, il me manquait une dimension. Je voulais un événement qui ne se limite pas aux écritures dramatiques".
L'idée lui est donc venue de créer son propre festival, Lis-moi tout, dédié aux écritures de la relève. Par cela, "j'entends évidemment les écritures dramatiques – ça reste le socle principal puisque nous sommes un théâtre –, décrit-elle, mais je voulais aussi faire connaître toutes les autres formes d'écriture qui sont destinées à être adressées à un public". Et d'étayer : "Je pense à toutes ces paroles urbaines, très riches et très foisonnantes, qui prennent de plus en plus de place, mais qui restent encore à la marge, qui peinent encore à franchir les portes des théâtres dits institutionnels". Or, "pour moi, dans ces écritures-là aussi, réside le cœur des préoccupations actuelles, des interrogations, des urgences, des doutes, des nécessités des gens aujourd'hui".
De l'inédit total
Pendant une semaine, du 27 mars au 2 avril, le festival prendra ainsi ses quartiers à Bruxelles mais aussi à Louvain-la-Neuve, où l'atelier-théâtre Jean Vilar s'est joint à l'organisation de Lis-moi tout. "Lorsque j'ai été désignée à la direction du Rideau, j'ai assez rapidement fait part de mes intentions en termes de projets artistiques, se souvient Cathy Min Jung. Peu de temps après, Emmanuel Dekoninck a été nommé au Vilar. Nous partageons cette envie de promouvoir les écritures d'aujourd'hui, au minimum les textes dramatiques". "À nos yeux, poursuit-elle, il y a un réel besoin en matière de soutien aux auteurs et autrices d'aujourd'hui dans le sens où beaucoup de porteurs de projet mettent en scène leur propre texte. Or, il y a vraiment une écriture qui existe : il y a des auteurs et autrices qui travaillent, mais ne mettent pas en scène leur propre texte. J'avais donc très envie de réinsister sur cette pratique-là : s'approprier le texte d'un auteur ou d'une autrice de théâtre et le mettre en scène en apportant sa vision, un autre éclairage. Emmanuel Dekoninck partageait cette envie avec moi et, naturellement, il a souhaité se joindre à l'aventure. Donc, on a décidé de porter ce festival ensemble".
Pour cette première édition, un appel à textes a été lancé en septembre 2021. Sur la petite centaine de candidatures remises, quatre textes ont été sélectionnés par un jury : Layla d'Anaïs de Clercq, Chant XXXV de Karim Daher, Sueurs de Karine Jurquet et À l'ouest de Judith Ciselet. Les critères d'éligbilité ? "Le texte devait être écrit depuis un an ou presque maximum. Il ne devait jamais avoir été lu, joué, mis en onde ou publié, détaille la directrice du Rideau. Nous voulions de l'inédit total. Et nous avons privilégié une diversité de plumes".
Artistes émergents et aguerris
Chaque texte sera lu par de jeunes acteurs fraîchement diplômés (depuis maximum trois ans). En tout, dix inteprètes ont ainsi été choisis sur la base d'auditions organisées par le Centre des arts scéniques (CAS). "Avant même que la crise sanitaire n'éclate, je sais combien c'est difficile pour les jeunes comédiens qui sortent de l'école d'accéder au métier et au statut d'artiste, souligne Cathy Min Jung. C'est une génération extrêmement précarisée qui l'a été encore plus pendant la crise du Covid. Pour prêter corps, voix et intelligence à ces écritures de la relève, je voulais donc constituer une mini troupe permanente du festival. Tous les interprètes sont, au minimum, dans trois mises en lecture".
Écrit et interprété par de jeunes talents, chaque texte est, en outre, mis sous la houlette de quatre metteurs en voix aguerris : Alexis Goslain, Julia Huet Alberola, Anaïs Moray et Françoise Berlanger. "La relève, l'émergence, c'est important, reprend la directrice, mais il faut quand même aussi des référents qui encadrent le travail et ont une expérience certaine pour être confiants et solides dans l'aventure".
À l'issue du festival (qui se tiendra une saison sur deux), l'auteur ou l'autrice qui aura reçu les faveurs du jury de Lis-moi tout et des spectateurs sera lauréat.e de la bourse Claude Étienne 2022 d'une valeur de 5 000 euros. Pour Cathy Min Jung, "il est important de montrer que le travail d'écriture se rémunère. La bourse Claude Étienne a pour objectif de compenser un salaire pour un travail dédié à l'écriture et ce afin de finaliser le texte qui aura été sélectionné ou entamer une autre écriture", avec la possibilité d'une résidence.
Tournoi d'éloquence, sieste acoustique…
Aux quatre lectures-spectacles viennent se greffer d'autres activités (organisées simultanément à Bruxelles et Louvain-la-Neuve) destinées à s'immerger dans diverses formes d'écriture : tournoi d'éloquence, Midi de la Poésie consacré à la scène slam, sieste acoustique,… avec, en clôture du festival, le concert du poète punk Biche de ville et la promesse d'"une big fiesta".
--> Le Rideau (Bruxelles) et le Jean Vilar (Louvain-la-Neuve), du 27 mars au 2 avril. Infos et rés.: 02.737.16.01 – www.lerideau.brussels – 0800.25.325 – www.levilar.be