"Grâce aux réseaux sociaux, les femmes et minorités de genre ont une force d'opposition"
Première édition du festival "Fame", destiné à faire dialoguer les arts et les féminismes. À Bruxelles, du 19 au 24 septembre.

- Publié le 16-09-2022 à 16h02

Docteure en Études théâtrales, dramaturge, metteuse en scène, performeuse et critique dramatique, Camille Khoury vient d'ajouter une corde à son arc puisque la voici directrice du tout nouveau festival Fame – pour Festival where Arts Meet Empowerment –, dont la première édition se tiendra du 19 au 24 septembre. Initié par l'échevine de la Culture à la Ville de Bruxelles, Delphine Houba (PS), et les Riches-Claires, le festival Fame a pour vocation de "mettre en valeur les artistes femmes et issu.es des minorités de genre". Comment ? En proposant une programmation pluridisciplinaire riche d'une trentaine de spectacles et activités (théâtre, danse, ateliers, rencontres, expositions, projections, etc.) répartis en divers lieux de la capitale (#Where, Riches-Claires, Tour à Plomb, Bellone, Cinematek…). Chaque artiste est invité à y livrer "sa vision du monde sur tout sujet" afin d'ouvrir les imaginaires sociaux, sociétaux et politiques dans une dynamique d'inclusion et de justice. Détails et discussion avec Camille Khoury.
Petit clin d'œil en guise de première question : l'intitulé "Fame" du festival se réfère-t-il au film sorti en 1980 ?
Ce n'était pas une référence immédiate quand on a créé le titre qui est tiré de l'acronyme. Mais cette référence au film et à la série des années 80 n'est pas non plus anodine, car nous avons cette volonté de créer un endroit de visibilité pour les artistes femmes et issu.es des minorités de genre. Un peu comme dans le film et la série, il y a énormément de gens issus de classes sociales défavorisées, de personnes racisées ou issues de minorités de genre qui ont envie d'être visibles, d'avoir un parcours et une carrière artistique, mais qui sont freinés dans leur trajectoire. Cela fait donc aussi partie de nos préoccupations dans le festival Fame.
Depuis le film et la série, quarante ans se sont écoulés. Dans l'intervalle, #MeToo, en 2015, a libéré la parole des femmes. Pourtant, force est de constater que les inégalités de genre et les discriminations à l'égard des minorités demeurent. Pourquoi ?
Entre le moment où l'on met en lumière les violences dans un secteur et le moment où l'on agit sur ce secteur, c'est un processus qui prend du temps. De plus, en Europe, nous n'avons pas la même trajectoire par rapport aux questions relatives aux minorités ethnoculturelles qu'aux États-Unis, par exemple. En Europe, ce n'est que depuis ces cinq dernières années que ces questions nous préoccupent beaucoup plus.
Qu'est-ce qui a été l'élément déclencheur ?
Il y a eu #MeToo en 2015 et l'affaire Weinstein qui a mis le focus sur le cinéma et, plus largement, la culture, en montrant que la production culturelle reproduit aussi le sexisme et le racisme systémique. Dans ce domaine, il convient de prendre en compte, d'une part, les représentations de la société que l'on diffuse via les fictions, les œuvres produites, les scènes de théâtre. Et, d'autre part, les conditions de création, où, parfois on peut avoir des projets qui sont très bien sur le papier, mais où, pendant la création, le tournage ou les répétitions, il y a encore des violences à l'œuvre dans les auditions, notamment le recrutement de comédiennes en fonction de stéréotypes de beauté, ou dans les rôles distribués. Toutes les comédiennes racisées se plaignent ainsi d'être cantonnées à des rôles de mères de famille de banlieue, de prostituées, etc. Par ailleurs, au cours de ces dernières années, l'avènement des réseaux sociaux et leur utilisation ont quand même permis aux femmes et aux minorités de genre de faire communauté et d'avoir leur propre force médiatique d'opposition, ce qui leur permet d'être plus "bruyantes". Alors, ça ne signifie pas que ça a changé les choses, mais on peut plus difficilement les ignorer. Il reste toutefois encore énormément de travail à fournir.
D'où, petite pierre à l'édifice, la création du festival "Fame", mais dont la programmation, volontairement, ne tourne pas qu'autour du genre, des femmes ou des féminismes.
Oui. C'est là que réside toute la différence entre un festival féministe potentiellement centré sur des thématiques féministes pendant les spectacles et une programmation comme Fame créée en féministe, c'est-à-dire où des artistes femmes et issu.es des minorités de genre parlent de ce qu'elles et iels veulent. L'idée, ici, est de promouvoir un feminist gaze dans le regard porté par ces artistes sur le monde. Et non de les contraindre à ne parler que de féminisme ou que de la condition des femmes et des minorités.

Pluridisciplinaire, "Fame" se veut accessible tant au grand public qu'aux professionnels du spectacle vivant. Pourquoi ?
On voulait vraiment que les familles se sentent les bienvenues. Donc, il y a des spectacles jeune public, des activités spécialement pour les enfants, du baby-sitting gratuit tous les soirs entre 18 h et 22 h. On a aussi une politique tarifaire de prix libres et conscients (5, 10 ou 15 euros) ainsi qu'un accès gratuit au #Where. Dans le même temps, une partie de la programmation s'adresse avant tout aux artistes et professionnels du spectacle vivant afin de contribuer à la diffusion des savoirs sur le dialogue entre les arts et les féminismes.
Sans se revendiquer un festival féministe, "Fame" participe néanmoins au combat féministe.
Oui. Notre programmation ne se compose pas que de spectacles vivants. L'idée était aussi de créer des ponts et des dialogues avec le tissu associatif militant bruxellois. Voilà pourquoi trois cartes blanches ont été données à des collectifs : le Comité des femmes sans-papiers, Vulcana (association queer et féministe, NdlR) et QREw (groupe de personnes queer et racisées, NdlR).
--> Festival "Fame", du 19 au 24 septembre à Bruxelles. Infos et rés. au 0474.30.96.81 ou sur www.famefestival.be