Que se passe-t-il dans la tête d'un terroriste ?
"Les passagers" de Frédéric Krivine est une enquête déroutante sur fond de conflit israélo-palestinien.

- Publié le 12-10-2022 à 15h47

Jérusalem. Onze morts. Quinze blessés. Ce mardi-là, Amina Lamdani, vendeuse de poissons et de crustacés palestinienne, aurait dû périr dans l'attentat-suicide qui a fait exploser le bus de la ligne 11 qu'elle emprunte presque tous les jours. Pourquoi donc a-t-elle eu la vie sauve alors qu'elle figurait bien parmi les passagers ?
Réaménagée en disposition bi-frontale, la Petite salle du Théâtre Le Public s'est muée en lieu d'interrogatoire d'un commissariat de police, avec une unique table de fortune, deux chaises, une lampe à suspension, quelques néons et, côtés cours et jardin, des miroirs. "Excusez-moi. J'attends depuis une heure", proteste Amina (Axelle Maricq). Le nez plongé dans un dossier, l'inspecteur David Stern (Benoît Verhaert) ne semble pas pressé de la recevoir. Amina a été convoquée pour une enquête de routine, mais, d'emblée, l'interrogatoire prend une tout autre tournure. Le face-à-face est tendu : policier israélien, David Stern, soupçonne la commerçante palestinienne d'être complice de l'attentat.
Touchante humanité
Créée cet été à Avignon, Les passagers est la deuxième pièce du scénariste et réalisateur français Frédéric Krivine, connu notamment pour la série télévisée Un village français. Pour sa venue à Bruxelles, le spectacle est piloté par l'équipe d'origine : Laurent Capelluto à la mise en scène, Alissia Blanchard à la scénographie, Béa Pendesini pour les costumes et Alain Collet aux lumières. Sur scène, en revanche, le comédien français Emmanuel Salinger a cédé le flambeau au Belge Benoît Verhaert.
Ficelés de prime abord comme une excellente enquête policière, Les passagers emmènent, en réalité, le public au-delà de la résolution d'une énigme. Dans un premier temps se mettent en place les pièces du puzzle. Amina n'est pas claire dans ses justifications. Stener a vite fait de la confondre. Pourtant, il ne parvient pas à comprendre. Pourquoi le terroriste l'a-t-il épargnée ? Qu'avait cet homme-bombe en tête ? Autant de questions qui taraudent le policier.
Mais, à mesure que l'intrigue, aussi passionnante que déroutante, se dénoue, les deux personnages – incarnés avec une touchante humanité par le duo Maricq-Verhaert – au profil, au départ bien tranché, s'apprivoisent pour, peu à peu, gommer ces "frontières" qui les séparent. Le public le ressent d'autant plus que la mise en scène de Laurent Capelluto joue subtilement sur l'éloignement et le rapprochement des comédiens. Les voilà délestés des oripeaux de la haine : ils ne sont plus ni suspecte ni policier, mais une femme et un homme, d'ici et d'ailleurs, en proie aux aléas de la vie.
--> Bruxelles, Le public, jusqu'au 22 octobre. Infos et rés. au 02.724.24.44 ou sur www.theatrelepublic.be
