"La Nuit du fils" : jusqu'où est-on prêt à sacrifier ses rêves ?
Giuseppe Santoliquido signe une pièce captivante sur la relation conflictuelle entre un père, garagiste, et son fils unique, Paul, tiraillé entre ses rêves et l'avenir que lui ont tout tracé ses parents. Une histoire tendre, intime et familiale, mais à la portée universelle, mise en scène par Sandra Raco et incarnée par quatre remarquables interprètes. Aux Galeries jusqu'au 9 mars.

- Publié le 14-02-2025 à 17h20

Au théâtre, nous avions découvert sa plume et son sens de la narration dans Le bon docteur Gasparri (Théâtre Le Public, 2022), adapté de son roman L'audition du docteur Fernando Gasparri, et, plus récemment, dans Porca Strada ! (Le Public, 2024), pièce co-écrite avec Fabrizio Rongione. Avec La Nuit du fils, au Théâtre des Galeries, l'écrivain belge d'origine italienne Giuseppe Santoliquido s'éloigne du climat socio-politique d'avant-guerre (Mussolini, montée du nazisme…) et quitte les sentiers de l'Italie pour emmener le public dans une tout autre ambiance : un garage familial, celui des Collard, au cœur de Bruxelles.

Outils, poste radio, néons, bureau, voiture en réparation…, la scénographe Sofia Dilinos a imaginé, en concertation avec la metteuse en scène Sandra Raco, un décor incroyable et très réaliste sur deux étages – ce n'est pas tous les jours qu'on trouve une Fiat rouge sur un plateau de théâtre ! –, ce qui permet au public d'être immergé instantanément au cœur du récit. Même si, subtilité qui rend l'histoire captivante, il est confronté à de nombreux non-dits entre les personnages. Lesquels vont, au fil de la pièce, s'ouvrir et livrer les clés nécessaires à la compréhension des mécanismes psychologiques de chacun. Les relations humaines sont, en effet, loin d'être faciles et évidentes. Qui plus est au sein du cercle familial.
Dîner sur le capot d'une Fiat
Dans La Nuit du fils, Giuseppe Santoliquido nous met en présence d'un père (Yves Claessens) aimant et travailleur sur le point de partir à la retraite. Très jeune, il a repris le garage dans lequel il avait été apprenti, renonçant à ses études de droit parce que ses parents n'avaient pas les moyens. À ses yeux, il est donc normal que son fils Paul (Frédéric Clou), 40 ans, prenne la relève, lui qui a "des mains en or". Mais, si Paul travaille avec son père, il cherche toujours sa voie, incapable de jeter l'ancre dans le grand océan de la vie. Divorcé, il cumule les conquêtes ; néglige Marco, son ado de fils ; boit plus que de raison ; dépense sans compter et s'emporte facilement. Entre le père et le fils, c'est le clash perpétuel. La mère (Marie-Hélène Remacle), solide et conciliante, tente de raisonner Paul : "Ton père vieillit. Si tu restes [au garage], fais-le pour de bon". Mais "en restant ici, j'ai l'impression de me mentir à moi-même", ressent Paul, qui s'enfonce dans le mal-être. "Mes rêves sont ailleurs."

Socle du récit, les interactions entre le père, le fils et la mère (auxquelles s'ajoute une scène avec Marco, le fils de Paul, joué par Marie-Hélène Remacle) sont entrecoupées par les interventions de quatre autres personnages, extérieurs aux Collard, qui apportent une vraie respiration au milieu des tensions familiales. Sandra Raco a aussi veillé à ce que sa mise en scène reflète ces moments plus légers, en s'amusant notamment avec la Fiat, dont le capot fait, à un moment donné, office de table à dîner.

Surtout, elle peut compter sur quatre interprètes remarquables. Yves Claessens et Frédéric Clou se glissent avec beaucoup de naturel et d'humanité dans cette relation filiale conflictuelle tandis que Marie-Hélène Remacle et Réal Siellez passent à merveille d'un rôle à l'autre puisqu'ils campent, chacun, plusieurs personnages, dont un truculent acheteur italien pour Réal Siellez.
Tendre, intime et familiale, La Nuit du fils se veut aussi une histoire à la portée universelle, car qui n'a jamais dû faire le deuil de l'un ou l'autre de ses idéaux pour se couler dans le moule d'une vie (ou d'un chapitre de vie) déjà tracée pour nous ?
→ Bruxelles, Les Galeries, jusqu'au 9 mars. Infos et rés. au 02.512.04.07 ou sur www.trg.be
→ Une rencontre sera organisée le 22 février de 16h30 à 18h30 avec l'auteur Giuseppe Santoliquido, en collaboration avec la librairie Tropismes