La Mondiale générale mêle acrobaties et lenteur pour philosopher sur la capacité de l’homme à tout détruire.

Ils prennent des risques et le savent. D’où ce discours, en lever de rideau, pour rappeler notre droit au silence ou à l’erreur, notre droit de ne pas aimer, de ne pas comprendre. La Mondiale générale - carrément ! -, a pris cette précaution oratoire après avoir croisé une certaine appréhension, d’un public qui continue à s’attendre, lorsqu’il va au cirque, à voir une succession de numéros, dans la forme traditionnelle du cabaret. "Il ne s’agit pas de divertissement", nous dit Alexandre Denis, à l’issue de la représentation, au Théâtre Montfort, lieu réputé pour programmer du cirque contemporain et véritable havre de paix au cœur d’un parc de HLM parisiens.

"Je n’ai rien contre le divertissement, mais, nous, ce n’est pas ce qu’on propose. Je n’ai pas de problème non plus avec ceux qui n’aiment pas. Je suis là pour en discuter", explique l’artiste, qui sait pourquoi il ose cette lenteur pour son travail sur l’équilibre et le deuil.

Ils sont quatre sur scène, trois hommes et une fille, Marie Jolet connue, dans le milieu circassien, pour être "la Belge" du Cheptel Aleïkoum (lire notre portrait sur lalibre.be). Quatre sweats et pantalons de couleur, quatre à se déplacer sur des blocs de bois, semblables à des Kapla, à glisser, à demander de la place au voisin, à risquer de tomber, mais à tenir tout de même, grâce à l’autre, puisque la solidarité et l’humanité font partie intégrante du spectacle.

Métaphores

Le rythme est lent, inhabituel au cirque, désarçonnant mais séduisant. Quelques métaphores se hissent entre deux acrobaties où les artistes deviennent oiseaux en équilibre ou chimpanzés grimpant à la cime de l’arbre. "Plus tu montes haut, plus dure sera la chute", explique Alexandre Denis, qui voulait aussi travailler sur le deuil. Les sweats ont disparu pour laisser place au costume noir et à l’hommage funéraire. Mais l’humour n’est jamais loin et lorsque Sylvain Julien danse dans son cerceau, chacun l’y rejoint, comme pour un jeu d’inclusion moins innocent qu’il n’y paraît. Toute la création du spectacle repose sur cette envie de prendre le temps, de le laisser s’étirer, de construire une scénographie en fonction de cette idée.

Empli de belgitude par l’absurdité qu’il assume, Le gros sabordage, au titre déjà évocateur, vous emplira de douceur et de respect, avec, en sous-titre, quelques questions philosophiques et sociétales autour de l’incroyable capacité de l’homme à se mordre la queue, à s’autodétruire, à empoisonner sa propre nourriture, à tuer son voisin, son frère, voire ses enfants.

Bruxelles, les 15 et 16/11 à 20 h aux Halles de Schaerbeek. Infos : www.halles.be ou 02.218.21.07.