Déambuler à la nuit tombante dans le parc du château de Gaasbeek, avec ATDK, expérience enchanteresse.

Somnia vient comme le point d’orgue du Kunstenfestival, un spectacle totalement hors normes, un enchantement mêlant nature, danse, rêve et poésie.

Nous l’avons présenté dans le supplément Arts Libre de ce mercredi. Anne Teresa De Keersmaeker et sa soeur Jolente y évoquaient ce projet fou de faire danser et jouer les 44 étudiants de fin d’études à l’école Parts, pendant 3h30 dans le jardin, le parc et les bois du château de Gaasbeek.

Le vivre est une expérience unique, mélange de théâtre/danse et de déambulation en groupe, à la nuit tombante, dans la forêt et ses mystères.

On y retrouve un contact physique avec les bois, le ciel, le vent, les bruits des animaux et régulièrement, on y découvre des éclairs de beauté. Les spectateurs ne s’y sont pas trompés. Les neuf représentations prévues devraient faire le plein (il y a encore des places), ce qui ferait 3600 spectateurs pour Somnia (Songes).

A 20h, les 400 spectateurs d’un soir déambulent dans le jardin de la cour du château près des paons qui font la roue, avec les premières chauves-souris qui strient le ciel. Quatre joueurs de flûte arrivent et guident les spectateurs tout au long de Somnia comme le joueur de flute d’Hamelin mais ici, ils nous attirent vers 3h de calme bonheur.

Le groupe se divise en quatre en sortant du château, chaque groupe s’arrête souvent à une clairière ou à la croisée des chemins. Au début, on voit les danseurs courir et dévaler les bords escarpés des douves, se livrant à des roulés et glissades échevelés.

© Anne Van Aerschot

Les lucioles

Les acteurs racontent Le songe d'une nuit d’été de Shakespeare, en anglais, langue qui unit les 22 nationalités de ces beaux et jeunes danseurs. Un petit texte distribuérésume l’histoire qui se déroule: les amours contrariés entre Démétrius, Hermia, Héléna et Lysandre. Ils se cherchent dans la forêt, se fuient, versent des gouttes magiques sur les yeux des amants, se perdent, se retrouvent.

Les 44 acteurs racontent cette tragédie romantique tout en courant à travers les sous-bois, formant parfois de petits groupes dansant, ou perchés dans les arbres, ou pris dans les branches d’un arbre abattu.

Dans cette déambulation, l’esprit vagabonde, retrouve les frissons des jeux de nuit du temps des scouts ou guides, les yeux scrutent dans l’obscurité naissante pour découvrir ici Lysandre endormi, là, Hermia criant son amour.

Quand la nuit s’installe, chaque danseur sort une petite lampe qui tantôt l’éclaire, tantôt éclaire un autre danseur. Toues ces petites lampes sont les lucioles qui s’agitent dans nos rêveries.

Il faut rester jusqu’au bout -le plus beau- car la promenade aboutit à l’étang sur lequel brûlent des feux. Les danseurs sont allongés dans l’herbe, enlacés, chantonnant. D’autres sont couchés sur le grand escalier remontant au château. Bientôt, tous forment deux haies de lumières entre lesquelles montent les spectateurs. Somnia se termine par le bonheur de voir ces 44 danseurs, danser ensemble ou par groupes, sur le pelouse du château, un spectacle en soi, dans le vent, les senteurs de la nature, le craquement des bûches qui brûlent, les cris des paons répondant aux sons d’une trompette.

Somnia est une expérience totale, artistique et écologique, qui demande des spectateurs actifs, à la recherche des mille et une petites scènes offertes, c’est un moment qui nous relie à la nature et aux jeux de l’amour chers à Shakespeare.

Somnia au parc du château de Gaasbeek avec le Kunsten jusqu’au 1er juin et au même endroit avec le Kaaitheater du 5 au 9 juin (billets: kaaitheater.be)

© Anne Van Aerschot