Un enfant ? “J’avais dit ‘jamais’!” Cette certitude qu’elle martèle depuis ses trois ans – “je ne me marierai jamais et je n’aurai jamais d’enfant” –, Caroline Bouchoms, actrice, autrice, metteuse en scène et dramaturge, la voit s’effriter lorsqu’elle se rend compte qu’elle a “trois jours de retard”. Mais loin d’être en panique, elle se “réjouit”, tout en étant pétrie de doutes et d’interrogations : “Sera-ce compatible avec ma carrière ?, Saurai-je l’aimer ?,…” “Chamboulée”, elle décide alors d’enquêter auprès de ses amies, des femmes de son quartier,… en leur posant toute une série de questions : as-tu toujours voulu être mère ?, quel était ton rêve d’enfant ?, comment vois-tu ton corps ?, etc.

“T’as bien raison !”

Dans son nouveau seul-en-scène, Vénus impudiques, Caroline Bouchoms s’interroge sur la maternité au départ de la création de notre terre. “La terre flotte dans le ventre obscur de l’univers […] Dans l’espace intersidéral de ton ventre, un œuf commence à flotter.” Car, oui, tout commence avec un œuf, un ovule. Et un spermatozoïde.

Lorsque gamine, elle affirme à sa mère qu’elle ne désire ni mari ni bambin, celle-ci lui répond “T’as bien raison !”. C’est que la jeune Caroline n’a alors qu’un seul rêve en tête : devenir championne du monde de judo. “Vivre, c’est accepter de vivre sa vie : enfant, pas d’enfant, enfant peut-être.” Mais, voilà, cadenassée dans son modèle “le mari, la femme et les enfants”, notre société ne tolère que difficilement toute “entorse”. “Tu as 25 ans. Tu devrais penser à fonder une famille”, a-t-on seriné à Caroline Bouchoms. Mais “pourquoi mettre au monde des enfants qui n’ont aucun avenir sur cette terre ?”, se demande-t-elle alors que notre planète souffre chaque jour un peu plus du réchauffement climatique.

Ses rêves, ses désillusions, sa mère, son enfance, son adolescence, ses amis casés,… Caroline Bouchoms se met à nu, laissant affleurer ses questionnements mais aussi sa fragilité. Sans fard, mais avec tact et pudeur et une pointe d’humour, elle lève un tabou encore coriace : celui de ne pas souhaiter devenir mère. Elle a également fait le choix, respectueux, de ne pas mettre dans sa bouche les confidences des femmes qu’elle a sondées, mais bien de faire entendre au public des extraits de ses échanges avec elles. Une plongée au cœur de l’intime portée par une scénographie et un habillage sonore (de Julie Michaud) délicats et poétiques où l’on se sent comme dans un cocon, protégé et libre de tout.

Bruxelles, Les Riches-Claires, jusqu’au 30 octobre. Infos et rés. au 02.548.25.80 ou sur www.lesrichesclaires.be