Un enfant qui meurt ne sera jamais un fait divers
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 12-06-2025 à 00h00

Il s'appelait Fabian. Il avait 11 ans. Il fuyait la police sur une trottinette électrique, certes interdite à son âge. Une infraction mineure, tout au plus. Ce soir-là, dans ce parc bruxellois, Fabian n'avait rien d'autre à se reprocher, ni à fuir. Pourtant, ce gamin, effrayé ou fougueux, a été renversé par une voiture de police qui le poursuivait à vive allure sans sirène ni gyrophares. Le choc a tué cet enfant. Le réflexe de course-poursuite a mené à un terrible aveuglement.
Les premiers éléments de l'enquête sont connus, ils relatent les faits et nous permettent de nous indigner en connaissance de cause. L'agent impliqué, 26 ans, est poursuivi pour "entrave méchante ayant entraîné la mort". La qualification est grave. Elle dit combien l'intervention a dérapé, combien la frontière entre autorité et violence peut être franchie en quelques secondes, si l'on oublie que le pouvoir donné aux forces de l'ordre s'accompagne d'une exigence absolue : le discernement. La retenue. La proportion. Tout policier en est même le garant, pour rappeler les règles, protéger les citoyens, les punir quand ils dérivent, les conscientiser des limites et les arrêter quand ils menacent.
Ne généralisons pas, les policiers savent qu'il ne faut pas traiter la désobéissance comme un danger. Dès lors, que s'est-il passé dans la tête de ce jeune homme pour qu'une infraction mineure mène à un acte fatal ? Pourquoi la version des policiers ne correspond-elle pas à celle des témoins ? Des interrogations essentielles se posent sur leur formation. La confiance dans les forces de l'ordre reste vitale. Surtout dans une ville où la criminalité prospère et où l'autorité n'est que trop rarement respectée.
Un enfant qui meurt ne sera jamais un fait divers. Pour ces affaires, il faut des réponses judiciaires tant la légitimité de la puissance publique repose sur sa retenue et son efficacité, non sur sa brutalité ou ses abus. Esquiver l'enjeu n'aidera personne. Un tel drame, même exceptionnel, aurait dû être impossible. Il doit le devenir. Il ne s'agit pas seulement de rendre justice à une famille, mais de rappeler que la vie d'un enfant doit être protégée par tous. L'éducation joue un rôle primordial en ce sens, mais quand elle ne suffit pas, car un enfant reste un enfant, et que toutes les bêtises ne sont pas prévisibles, le comportement vigilant, protecteur et responsable des autorités s'impose. Un enfant de 11 ans reste un être fragile, impulsif et inconscient. Un gamin, avec ses rêves, ses défauts, et toute la vie devant lui.
