Edito : L'assaut spectaculaire du Capitole a dépassé nos pires inquiétudes
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 08-01-2021 à 06h36
- Mis à jour le 08-01-2021 à 09h02

Depuis quatre ans, La Libre Belgique n'a cessé de dénoncer les dérives populistes et racistes du président Trump, tant elles aggravent les clivages et divisent les Américains. Le locataire de la Maison-Blanche s'est montré inapte à la fonction par son caractère, son impulsivité, sa communication intempestive, ses amitiés et son incapacité à maîtriser ses dossiers. Sa gestion désastreuse du Covid en est le dernier exemple en date. Notre couverture rédactionnelle a parfois suscité l'incompréhension de certains de nos fidèles lecteurs. Pourtant, la prise d'assaut du Capitole par des individus portés aux nues par Donald Trump démontre que le danger n'était pas fantasmé.
Les images diffusées en direct dans le monde entier nous ont tous sidérés. Cette manifestation pro-Trump s'est muée en violente émeute afin d'interrompre le processus démocratique et de maintenir le président sortant à la Maison-Blanche. Les États-Unis, grande démocratie par excellence, ont tremblé. Cette Amérique profondément divisée est le fruit du mandat de Donald Trump. Cet assaut spectaculaire n'a fait que confirmer nos craintes. Depuis des mois, le candidat républicain affirmait qu'il ne pourrait reconnaître une possible défaite. Sans la moindre preuve, il assénait qu'elle ne pouvait être que le résultat d'une vaste fraude. Dès lors, en galvanisant ainsi ses supporters les plus radicaux, il a semé les pires graines sur un sol américain fracturé par les inégalités, à coups de propos racistes, sexistes et systématiquement clivants. Au fil des meetings et des tweets vengeurs, notre rédaction redoutait les actes et débordements d'extrémistes lourdement armés. Les faits ont dépassé nos pires inquiétudes, tant l'Amérique a offert l'image d'une république bananière en pleine implosion : des députés barricadés puis exfiltrés, des coups de feu dans les couloirs du Congrès, quatre morts et un couvre-feu décrété en urgence.
Évitons toutefois l'amalgame. Ces supporters de Trump ne représentent pas fidèlement les 74 millions d'électeurs qui ont voté pour le candidat républicain. D'ailleurs, de nombreux élus républicains - mais pas tous - se sont distanciés ou offusqués du comportement du président sortant. Mais Trump est bien le pyromane en chef de ces mouvements. Par ses propos incendiaires et son déni, il met de l'huile sur le feu et ne cesse d'alimenter une vague populiste anti-système. Donald Trump n'est pas seulement un narcissique, un amuseur public, un mauvais perdant et un imprévisible enfant gâté, il est surtout une menace pour la démocratie. On ne compte plus ses déclarations mensongères, ni ses tentatives de faire entrave au processus électoral et au bon fonctionnement des institutions.
Au-delà de son programme économique qui a dopé Wall Street et de son bras de fer avec la Chine pour rééquilibrer la balance commerciale, il y a aussi tant de destructions : une sécurité sociale partiellement abolie, des accords de Paris sur le climat déchirés, une montée des mouvements racistes, une décrédibilisation infondée de la presse et de ses adversaires, une mise à l'honneur du pire dictateur de la planète (celui de Corée du Nord), la construction d'un mur de la honte, une franche camaraderie avec des néonazis, une minimisation des bavures policières… La liste est longue.
Ce mandat aura aussi confirmé le danger des réseaux sociaux qui broient toute nuance, radicalisent les opinions et éveillent des haines. Mais il démontre, surtout, qu'aucune démocratie, même celle qui a sacrifié ses fils pour libérer l'Europe de l'emprise nazie, n'est à l'abri d'une descente aux enfers. Le populisme, qui a aussi permis le Brexit, les dérives des "gilets jaunes" et la montée de partis radicaux chez nous, n'est pas qu'une vague notion, c'est le poison de notre civilisation occidentale.
En ce, même après le 20 janvier, le trumpisme pourrait subsister aux États-Unis. Il faudra des années pour guérir ces blessures, là-bas comme ici.