Il a fallu se pincer pour être certain de ne pas rêver quand Bart De Wever a prononcé ces deux mots face au Roi
Il faut se pincer en entendant ces mots. Car celui qui parle est bien le leader d'un parti qui veut l'indépendance de la Flandre... Le voilà Homme d'Etat.

- Publié le 04-02-2025 à 20h36
Sire, Majesté… Il faut quand même se pincer pour être certain de ne pas rêver. L'homme qui vient de prononcer ces mots est le leader d'un parti dont le premier article des statuts prévoit toujours l'indépendance de la Flandre. Donc la fin de la Belgique… Il s'appelle Bart De Wever. Il s'adresse au roi Philippe et à ceux et celles que l'on appelle les "Corps constitués". Tout le gratin politique, économique, académique est là. Attentif, presque incrédule.
L'homme n'a jamais dit qu'il renonçait à son funeste dessein. Mais les circonstances, le destin ont fait de cet homme le nouveau Premier ministre du royaume de Belgique qui prononce, ce mardi 4 février 2025 à 11 heures 15, le discours de circonstance. D'ordinaire, cette réception, qui consiste en un échange de vœux entre le chef de l'État et le gouvernement, a lieu à fin du mois de janvier. Mais les ultimes négociations pour la formation du gouvernement Arizona ont contraint les services du Palais royal à repousser de quelques jours cet incontournable rendez-vous. L'entourage du Roi s'est d'ailleurs retrouvé face à un dilemme. Personne ne savait il y a quelques jours encore qui serait le Premier ministre en exercice : Alexander De Croo ou Bart De Wever. Les ministres du gouvernement démissionnaire n'ont reçu leur invitation à cette cérémonie que jeudi dernier : seuls Mathieu Michel, Georges Gilkinet et Alexia Bertrand sont là : le reste de la rangée est vide.
Le casse tête des invitations...
Devant eux, ont pris place quelques personnalités proches du Palais, des ministres d'État, dont les toujours vaillants Mark Eyskens, Willy Claes, Melchior Wathelet père, Charles Picqué, Etienne Davignon, Karel De Gucht… Puis les chefs des gouvernements régionaux et communautaires, les présidents d'assemblées. Et au premier rang, ceux et celles qui sont ministres depuis à peine 24 heures. Certains d'entre eux semblent un peu perdus dans ce décor. Même le président du PTB, Raoul Hedebouw a fait le déplacement. Le chef de cabinet du Roi, l'indispensable Vincent Houssiau, se faufile entre les rangs pour discuter avec Georges-Louis Bouchez qui se lève. Le non-ministre a réussi à faire parler autant de lui que ceux qui sont désormais membres du gouvernement.
Peu avant onze heures, les conversations faiblissent, le responsable du protocole demande que les téléphones soient rangés afin de préserver l'intimité des conversations. Le couple royal arrive. L'assemblée se lève. Et le Premier ministre se dirige vers le pupitre, chausse ses lunettes. Et lit donc son discours.
"Sire, Majesté… Je suis heureux de me présenter devant vous avec la nouvelle équipe du gouvernement fédéral qui, pour la première fois en seize ans, bénéfice du soutien démocratique des deux côtés de la frontière linguistique. Il détaille le programme de réformes et termine en adressant à nouveau ses vœux : merci Sire, Majesté… Comme il l'a dit, dimanche au congrès de la N-VA, son père, Rik, doit se retourner dans sa tombe. Mais le fait est là : l'homme qui vient de lire ce discours a, au fil des ans, pris les habits d'un homme d'État.
Voici le Roi qui s'avance et prend les feuilles que vient de déposer son aide de camp. "Près de huit mois après les élections du 9 juin, la nouvelle équipe fédérale est enfin prête à se mettre au travail. Le pays attendait ce moment avec impatience, après la mise en place l'an dernier de quatre des gouvernements de nos entités fédérées." Il ne faut pas attendre deux minutes pour que le Roi regrette l'immobilisme dans les négociations visant à former un gouvernement dans la région centrale du pays : "Malheureusement, ce n'est pas encore le cas en Région bruxelloise, où les négociations sont aujourd'hui au point mort. Bruxelles – notre belle capitale, capitale de l'Europe également – est un carrefour, pas une impasse. Elle ne doit pas devenir symbole de blocage. Il précise : "Défendre ses convictions, c'est l'essence même de la politique. Mais dans un système pluraliste, fondé sur la formation de coalitions, la recherche du compromis l'est tout autant."
Dress code...
La suite de la réception est un moment unique pour bavarder avec les plus hautes autorités du pays. Des caucus discrets se font ici et là. Le Roi et la Reine se tiennent, comme à leur habitude, dans le salon dont le plafond a été décoré par Jan Fabre de scarabées verts. Mais qui les regarde encore, ces bestioles ? C'est au sol, que le ballet a lieu. Des gens se pressent autour du couple royal dans l'espoir d'obtenir un regard, un sourire, voire une poignée de mains, voire un petit entretien. Dans un coin, trois hommes semblent… poursuivre les négociations gouvernementales. Bart De Wever, Sammy Mahdi et Georges-Louis Bouchez se sont un peu isolés pour discuter de la taxation des plus-values. Visiblement, ils n'ont pas la même compréhension de l'accord...
Dernier regard vers cette assemblée : tout le monde, ou presque a scrupuleusement respecté le dress code imprimé sur les cartons d'invitation. D'habitude, les consignes ne sont pas aussi strictes. Cette fois, il est précisé que pour les militaires, l'uniforme prescrit est le 2B. Pour les femmes, robe ou tailleur, chaussures classiques. Pour les hommes, costume, chemise et cravate ainsi que chaussures classiques. Est-ce pour cela que Conner Rousseau, toujours en T-shirt et basket ne s'est pas présenté… ?
La réception touche a sa fin. Quelques néophytes et les ministres nostalgiques font encore des selfies au sommet de l'escalier grandiose et s'empressent de les partager à leur groupe d'amis. Sans doute pour dire : j'y étais…