Bientôt des radars sonores en Wallonie ?
La France installe des radars sonores pour lutter contre le bruit intempestif des motos. En Wallonie, des riverains exaspérés demandent des solutions contre ces nuisances, et le gouvernement réfléchit à des solutions. Les motards, eux, réagissent.
- Publié le 13-01-2022 à 11h59

En France , dans la vallée de Chevreuse, sur la route départementale 46 très prisée des deux-roues, un radar de nouvelle génération vient d'être inauguré. Le radar sonore a pour but de mesurer le bruit exagéré des motos. Objectif : lutter contre la pollution sonore. Dotée de quatre microphones et brevetée par l'association Bruitparif, la "méduse" peut identifier les véhicules au niveau sonore trop important, y compris la nuit. Il est prévu que le dispositif soit étendu à sept autres villes, dont Paris, Nice et Toulouse. Les verbalisations commenceront courant 2022, après homologation. Les contrevenants s'exposeront à une amende de 135 euros. Les ministres wallonnes de l'Environnement (Mme Tellier), de la Sécurité routière et du Tourisme (Mme De Bue) sont très intéressées, mais faut-il vraiment en installer?

L'avis d'André Samray, bourgmestre de Lierneux, dans la vallée de la Lienne: "Avec le beau temps, le bruit des motos est insupportable"
Les riverains de la vallée de la Lienne ont lancé une pétition visant les motards, pourquoi ?
Les riverains n'ont rien contre les motards, ces belles machines sont souvent agréables à regarder. Mais, en période de beau temps, certains motards - vraiment irrespectueux - versent dans les excès de vitesse et de bruit. Les riverains mais aussi des touristes et des promeneurs ont l'impression de vivre au bord d'un terrain de jeu ou d'un circuit. C'est aussi dangereux qu'insupportable au niveau du bruit.
Qu'avez-vous fait ?
Via un arrêté de police, avec mon collègue le bourgmestre de Stoumont, nous avons imposé dans la vallée une limitation de vitesse à 70 km/h. Mais les légers effets positifs n'ont pas duré longtemps vu que ces arrêtés ne peuvent qu'être provisoires. Contre la pollution sonore, la commune de Lierneux, au nom des communes de la zone de police, a alors acheté un sonomètre agréé. Il sera livré d'ici peu et permettra à la police de contrôler et de verbaliser les motards dépassant le nombre de décibels requis, surtout ceux qui trafiquent leur pot d'échappement (NdlR : notamment en enlevant la chicane ou le DB killer , qui signifie "tueur de décibels").
Que pensez-vous de cette idée française de radars sonores pour sanctionner les deux-roues motorisés trop bruyants ?
Le sonomètre est un premier pas, mais cette machine serait bienvenue pour lutter davantage contre ces excès. Nous avions déjà interpellé la Région wallonne. La ministre De Bue (MR), en charge de la Sécurité routière mais aussi du Tourisme, est venue dans la vallée et a pu constater l'ampleur du phénomène et du malaise. Mais la solution à ce problème que rencontrent d'autres vallées touristiques (Molignée, Lesse, Samson, etc.) concerne aussi la ministre de l'Environnement (Mme Tellier, Écolo) et le ministre de la Mobilité (M. Henry, Écolo). J'espère qu'ils vont s'entendre et avancer.
Croyez-vous qu'une part de la solution serait d'imposer en Belgique un contrôle technique pour les motos ?
Je doute. Il suffit de remettre le pot d'origine pour aller passer le contrôle puis de le changer ou d'enlever la chicane. Ça prend trois minutes.
L'avis de Jean-Philippe Lombardi, porte-parole de Valérie De Bue (MR), ministre wallonne chargée de la Sécurité routière et du Tourisme: "C'est l'outil idéal pour lutter contre la pollution sonore"
Que pensez-vous de l'installation, en France, de radars sonores pour contrôler et verbaliser les deux-roues motorisés trop bruyants ?
À ma connaissance, ce radar sonore n'est pas encore homologué.
Ce type de radar pourrait-il être mis en place en Wallonie pour lutter contre la pollution sonore ?
Cette réelle nuisance pour les riverains et certains lieux touristiques ne met en cause qu'une minorité de motards. À l'heure actuelle, dans le cadre de nos compétences, nous pouvons mettre en place, comme dans la vallée de la Lienne, un plan pilote de lutte contre l'excès de vitesse et de bruit. Nous l'avons axé sur la prévention, la sensibilisation et sur la limitation de vitesse. Maintenant, certaines motos roulent en respectant les vitesses et produisent énormément de bruit, suite à des modifications d'échappement. Donc, idéalement, l'outil devrait être un radar - homologué - qui mesure la pollution sonore et verbalise les contrevenants. Nous suivons ce dossier de près en collaboration avec le cabinet de la ministre wallonne de l'Environnement, Céline Tellier (Écolo). Parce que, ne l'oublions pas, la sanction en matière de pollution sonore est une amende environnementale et non routière. Nous apportons notre expérience dans la mise en place des radars, mais la décision politique reste de son ressort.
Un contrôle technique obligatoire pour motos ne permettrait-il pas de réduire les engins trop bruyants, customisés ou au pot d'échappement sans chicane ?
Une directive européenne nous oblige à organiser prochainement un contrôle technique pour les motos. À ce stade, il serait mis en place en Belgique uniquement en cas de revente ou après un accident.
Que pensez-vous du recours à des sonomètres ?
Un contrôle par la police avec sonomètre est possible, mais il faut faire attention aux conditions du contrôle. À défaut, le résultat risque d'être contesté.
Les policiers se sentent limités dans leurs moyens d'action.
Un éventuel contrôle technique leur donnerait un cadre pour y amener et faire passer les motos suspectes.
L'avis de Cindy Suvee, motarde (travaille à la Fédération motocycliste wallonne de Belgique, mais s'exprime à titre personnel): "Ne devrait-on pas impliquer les constructeurs ?"
Que pensez-vous d'installer des radars sonores en Wallonie pour lutter contre les motards trop bruyants ?
Je ne suis ni pour ni contre. Mes motos font du bruit (je suis l'heureuse détentrice d'une Honda VFR800 de 1999 et d'un Suzuki GSXR1000 de 2016), mais, contrairement à d'autres, je ne les ai pas modifiées. Je n'y ai pas non plus installé de silencieux. Elles sont, au niveau sonore, totalement d'origine. Donc je me demande : si mes motos font trop de bruit, est-ce moi qui dois être punie alors que j'ai acheté des véhicules autorisés à la vente et donc répondant aux normes… ? Ne devrait-on pas impliquer les constructeurs ?
N'existe-t-il pas une minorité de motards qui sont à la source du problème, ayant customisé leur moteur ?
N'importe quel motard vous dirait que certains exagèrent. Les sanctions devraient donc se faire au cas par cas.
Instaurer en Belgique un contrôle technique obligatoire pour tous les deux-roues motorisés serait-il une partie de la solution ?
Tous les motards y sont opposés. La grande majorité des accidents de moto qui surviennent sans autre intervenant sont dus aux nids-de-poule et autres dégradations ou mauvais aménagements des voies de circulation. Pas à cause de l'état de nos motos. Que les pouvoirs publics s'occupent des routes, nous, on s'occupe de nos bécanes. Vous devez savoir que les motards bichonnent leur moto et, rien que pour leur sécurité, ne veulent pas rouler sur une poubelle. Maintenant, peut-être qu'envoyer ceux qui font trop de bruit passer un contrôle technique serait une solution alternative. Cela éviterait une amende et mettrait éventuellement aussi en cause le constructeur et pas le conducteur.
Chicane ("DB killer") retirée du pot, modification du collecteur, installation d'un amplificateur de bruit ou d'un pot Akrapovic : comment arrêter ces modifications de motos qui augmentent le bruit ?
Les interdire ? Retirer ces pièces du commerce ? Obliger un silencieux ? Aucune de ces mesures ne rapporte des sous, donc l'État ne le fait pas.
Pourquoi certains motards veulent-ils faire davantage de bruit ?
Pourquoi des gens boivent ou veulent tester leurs limites ? Ce sont souvent des très jeunes en recherche de leur identité ou de "petites bromettes".
Quels effets l'excès de bruit a-t-il sur la santé ?
En zone rurale, des riverains se plaignent de la gêne occasionnée par le passage répété de motos bruyantes, notamment dans le voisinage des "routes à motards" ou dans les vallées touristiques, quand le son émis se réverbère et se propage à des kilomètres à la ronde. "C'est la période calme, mais début mars les motos vont revenir. Plusieurs de nos concitoyens sont exaspérés et à bout", témoigne Cécile Barbeaux, échevine de l'Environnement et de la Mobilité à Gesves. Mais quelles sont les conséquences d'un excès de bruit sur leur santé ?
Comme indiqué sur le site "Environnement-santé" de la Région wallonne, dans les enquêtes relatives à la santé et à la qualité de vie, le bruit est cité comme l'une des principales nuisances environnementales. D'un point de vue santé, ses conséquences sont variables.
On y souligne des risques de fatigue auditive, d'acouphènes, voire de perte d'acuité auditive, qui, dans un premier temps, ne concerne que les fréquences les plus aiguës.
Mais il n'y a pas que l'oreille qui "encaisse". C'est dans le cerveau, au niveau neurologique, que la pollution sonore agit. "En modifiant la fluidification du sang, elle accroît les risques d'AVC, les maladies cardio-vasculaires et les problèmes d'apprentissage", avance Emmanuel Thilbier, acousticien, sur le site Moto-sécurité.fr.
L'effet biologique le plus connu est l'atteinte au sommeil, censé nous permettre de récupérer nos forces physiques et mentales. Une étude de l'Agence de la transition écologique française a calculé qu'une moto avec pot "full barouf" (libéré) qui traverserait Paris de bout en bout en pleine nuit réveillerait environ 300 000 personnes… En journée, ce sont les enfants (à l'audition plus fragile) et surtout les bébés qui subissent le plus. Les conséquences potentielles sont nombreuses : irritabilité, somnolence, réduction des performances, anxiété, hausse du risque d'accident, etc.
Le bruit peut aussi entraîner une diminution des défenses immunitaires et, par conséquent, une fragilité accrue à diverses formes d'agression de l'organisme. Il est considéré, enfin, comme l'un des facteurs susceptibles de contribuer à déclencher une dépression ou à l'aggraver.