La Dacia électrique à 18 000 euros "sera fabriquée en Europe"
Aux commandes depuis 2021, Denis Le Vot a donné un nouvel élan à la marque roumaine du Groupe Renault.

- Publié le 05-04-2025 à 08h07

Enfant, il rêvait d'être chauffeur routier. Et, puis, après avoir passé son bac, il voulait cette fois être professeur d'anglais. Il était aussi passionné de guitare. "J'y étais à fond dans ces années-là, Jimi Hendrix et les autres."
Denis Le Vot ne s'en retrouve pas moins à pousser la porte de l'École des Mines de Paris, loin de son Finistère natal – "Je viens d'un village proche de Brest" –, après avoir d'abord mis le cap sur Rennes.
"Comme j'étais plutôt bon en maths, mes professeurs m'ont conseillé de faire des classes préparatoires pour suivre des cours intensifs de mathématiques afin de préparer des concours. C'est ce que l'on appelle chez nous l'ascenseur républicain. Je n'ai jamais payé un centime pour mes études."
Il se retrouve donc boulevard Saint-Michel, "un très, très bel endroit" à 20 ans. "J'ai choisi ce qu'il y avait de mieux sans trop réfléchir." Son diplôme d'ingénieur en poche, Denis Le Vot se dit qu'il apprendrait bien l'espagnol. "À l'époque, il était possible, quand on avait effectué des études supérieures, de faire son service militaire en travaillant dans le civil. Il fallait pour cela rejoindre une des grandes entreprises françaises et aller travailler à l'étranger."
Depuis 35 ans chez Renault
Il signe un contrat de coopération avec Renault et part au Venezuela où il s'occupe de la qualité de production dans une usine.
Il entre en tant que salarié chez Renault en 1990, un groupe qu'il n'a pas quitté depuis lors. "Il n'y a aucune raison d'aller voir à côté quand on vous donne la chance de mener toutes les aventures industrielles que j'ai connues."
C'est le rôle social de la marque au losange avec son approche de "mobilité abordable" qui l'attire. "Renault est une maison immense. Le secteur automobile pour un ingénieur un peu curieux, c'est un domaine d'activité extrêmement vaste. Il y a plein de métiers possibles. J'ai commencé aux affaires internationales ; ce qui est dans la continuité de mon expérience au Venezuela. Je travaillais toujours dans la qualité, avec la certification des usines. Nous en avions un petit peu partout, comme aujourd'hui."
C'est, dans la foulée, l'après-vente ; puis, le commerce ; ce qui l'amène en Turquie de 2004 à 2007. "Je vais ensuite en Russie où j'ai passé beaucoup de temps pour développer la première filiale de Renault à Moscou."
Bières belges
C'est encore, notamment, une expérience de deux ans en Belgique comme directeur des ventes et du réseau. "Je connais tous les villages de Belgique grâce aux journées portes ouvertes et presque toutes les bières belges grâce à ces déplacements. J'ai beaucoup appris chez vous."
Le grand saut, dans le temps, c'est sa désignation au poste de directeur général de la marque Dacia en janvier 2021.
Luca de Meo, qui vient de reprendre les rênes du Groupe Renault, "avait une vision que je partageais" et qui tranchait avec l'approche de Carlos Goshn dont les rêves de grandeur et de "voiture mondiale", notamment au sein de l'Alliance avec Nissan, se sont heurtés à une réalité différente.
C'est désormais gérer le groupe par les marques au niveau régional, et non plus au niveau mondial. "Quand vous gérez Renault et Dacia, vous avez un nœud dans le cerveau. On bride alors Dacia qui produit des petites voitures car Renault en produit de plus grandes. On a fait cela pendant 20 ans."

Avec Luca de Meo, "il n'y a pas de plafond de verre. Chaque marque va vivre sa vie dans les limites de sa rentabilité et de sa stratégie." Le nouveau patron lui demande s'il est intéressé de reprendre la marque Dacia. "J'ai dû accepter en moins de trois minutes, sourit-il. Je viens d'un milieu modeste, ouvrier. Ce qui m'a plu, c'est justement cette approche de mobilité abordable, présente chez Renault mais qui est exacerbée chez Dacia."
La nouvelle plateforme de la Sandero ouvre des perspectives de sortir de l'ancrage historique des petites voitures. Ce sera le Jogger (7 places), de près de 4,6 mètres de long.

C'est aujourd'hui le Bigster, dans le segment C, dans lequel Dacia se positionne pour la première fois, avec une offre de prix bien inférieure au marché. "Dacia n'est pas que la voiture la moins chère du marché, c'est la voiture la moins chère par rapport à ses concurrents. En intégrant le segment C, nous nous adressons à la classe moyenne européenne qui a besoin d'espace dans son véhicule. Avec le SUV Bigster, nous démontrons que nous pouvons proposer de la mobilité abordable au-delà des petites voitures."
Des surprises en fin d'année?
"Nous avons annoncé, parce que nous pensions que c'était le moment, une première –ou une deuxième après la Spring– voiture électrique à 18 000 euros pour fin 2026. Il y en aura d'autres. Cela, nous l'expliquerons en fin d'année lors de la présentation du programme Futurama", évoque encore Denis Le Vot. "Cette voiture sera fabriquée en Europe", alors que la Spring l'est en Chine. "Elle sera très compétitive en termes de prix. Elle aura, comme toute Dacia, ses avantages en termes de taille, d'habitabilité et un rapport entre performances et prix."

S'inspirera-t-elle de la Renault Twingo électrique, attendue à un prix de l'ordre de 20 000 euros, ou de la Renault 5 ? "Nous récupérerons des bases développées par le groupe Renault." Une voiture électrique encore moins chère est dans les cartons. "Nous travaillons très activement sur la mobilité abordable." À un prix nettement inférieur à 18 000 euros ? "On verra." Ce qui est sûr, c'est que Dacia dévoilera en fin 2025 son plan "de mobilité électrique abordable pour les 5 prochaines années