La France votera contre le Mercosur mais l'accord commercial est en marche
L'accord devrait être signé, malgré l'opposition de Paris. Un échec cinglant pour Emmanuel Macron.

- Publié le 08-01-2026 à 19h50

Encore une bataille que le président Macron aura perdue, aux yeux des Français. Ce vendredi 9 janvier, une réunion des ambassadeurs des Vingt-sept auprès de l'Union européenne (UE) doit permettre de voir où se situent les États membres face à la conclusion de l'accord commercial avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Bolivie et Paraguay). Le scénario se précise : l'Italie, un temps aussi réticente au texte que la France, a finalement rallié la majorité ; la Pologne, la Hongrie et l'Irlande restent opposées au traité ; la Belgique, faute d'accord entre la Flandre et la Wallonie, s'abstiendra. S'il apparaît que la majorité qualifiée est atteinte – 55 % des États représentant 65 % de la population européenne – la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, embarquera comme prévu ce week-end pour le Paraguay afin de signer le traité, le 12 janvier. À la barbe d'Emmanuel Macron.
Le dilemme macronien
La position de la France était, en effet, très attendue dans ce dossier politiquement et socialement très sensible. Le président français a annoncé jeudi soir que son pays voterait contre la signature de cet accord de libre-échange. "Malgré des avancées incontestables dont il faut donner acte à la Commission européenne, le constat doit être dressé d'un rejet politique unanime de l'accord, comme l'ont clairement montré les récents débats à l'Assemblée nationale et au Sénat", a expliqué le président français dans un communiqué. Et d'ajouter: "L'étape de la signature de l'accord ne constitue pas la fin de l'histoire. Je continuerai de me battre pour la pleine mise en œuvre concrète des engagements obtenus de la Commission européenne et pour protéger nos agriculteurs".
En soi, la France avait pourtant obtenu presque tout ce qu'elle réclamait ces derniers mois vis-à-vis des pays du marché sud-américain avec qui l'accord de libre-échange doit être signé : les fameuses clauses de sauvegarde censées atténuer les perturbations des marchés agricoles, des mesures miroir imposant les mêmes normes qu'en Europe, et un renforcement des contrôles douaniers. Une avance de 45 milliards d'euros pour la Politique agricole commune (Pac) a même été débloquée dès 2028.
Mais la bronca dans le monde agricole reste totale en France, rendant impossible pour Emmanuel Macron une autre position que celle du rejet de cet accord.
Depuis deux ans, les manifestations agricoles se succèdent, bruyantes et obstinées. Ce jeudi 8 janvier encore, des dizaines de tracteurs du syndicat Coordination rurale avaient encore envahi le cœur de Paris, pancartes hostiles à l'accord en main, jusqu'à la tour Eiffel et l'Arc de Triomphe. Inquiets d'une hausse des importations de bœuf, de maïs ou de sucre venus d'Amérique latine, les agriculteurs redoutent une concurrence déloyale, des normes moins strictes et des contrôles insuffisants. "Le Mercosur, c'est un chiffon rouge absolu pour les syndicats, mais on sait qu'il va passer", constate, fataliste, Jean-Baptiste Moreau, ancien éleveur et ex-député macroniste, sur franceinfo.
L'accord, négocié depuis la fin des années 1990, prévoit de supprimer la plupart des droits de douane entre l'UE et l'Argentine, le Brésil, le Paraguay, la Bolivie et l'Uruguay. Il devrait offrir des débouchés importants aux entreprises européennes outre-Atlantique et apporter à l'Europe, selon la Commission européenne, un gain de 0,1 % de croissance annuelle d'ici 2032. Des chiffres qui laissent de marbre les producteurs français.
"Ni juste ni équitable"
À droite comme à gauche, l'unanimité est rare, mais sur ce dossier, elle s'impose. L'ensemble des responsables politiques français expriment la même crainte : une inondation du marché européen par des denrées sud-américaines produites à moindres coûts. "L'agriculture française et européenne ne supporterait pas longtemps la concurrence déloyale d'un tel afflux de poulets dopés aux antibiotiques, de maïs traité à l'atrazine ou de bœuf responsable de la déforestation", résumaient plusieurs sénateurs dans une résolution adoptée le 16 janvier 2024. Depuis, députés et sénateurs ont rejeté à deux reprises le texte, avant même qu'il soit signé : le 26 novembre 2024, puis le 27 novembre 2025. Le 16 décembre, la Haute assemblée a demandé au gouvernement de saisir la Cour de justice de l'Union européenne pour empêcher sa ratification. Mais la mécanique communautaire avance inexorablement.
Le 7 janvier, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard a redit penser que le traité avec le Mercosur "n'est ni juste ni équitable". Et Bruno Retailleau, patron des Républicains, a brandi une menace : la censure en cas de vote favorable, avec le risque de chute du gouvernement. Avec le rejet de l'accord sur le Mercosur annoncé ce jeudi soir, Emmanuel Macron va, quelque peu, s'isoler au niveau européen. Mais il donne aussi l'image d'un président impuissant qui devra regarder Ursula von der Leyen parapher le texte à Asunción. Un échec cinglant pour une France qui voulait incarner le leadership européen et la souveraineté agricole.
