Droits de douane illégaux, les brasseurs belges vont réclamer massivement de l'argent: "On ne sait pas ce que Trump a en tête mais on se réjouit"
Le patron de la brasserie Huyghe, Alain De Laet, salue la décision de la Cour suprême américaine de juger illégaux les droits de douane "réciproques" infligés par le président américain Donald Trump. Des demandes de remboursements vont pleuvoir.

- Publié le 20-02-2026 à 17h52
- Mis à jour le 20-02-2026 à 18h09

Soulagement, le mot est faible. Chez les brasseurs belges exportant le plus aux États-Unis, la décision de la Cour suprême américaine de juger illégaux les droits de douane réciproques instaurés par l'administration Trump, c'est la meilleure nouvelle de l'année.
À la tête de la brasserie Huyghe, productrice de la célèbre Delirium, Alain De Laet voit dans cet arrêt une avancée majeure pour le secteur.
"Ce sont les consommateurs américains les perdants dans l'histoire"
"On ne sait pas ce que notre ami Trump a encore dans la tête, on va voir. Mais maintenant, il va y avoir des réclamations pour essayer de récupérer l'argent. On sera nombreux. Et on trouvera une manière ou une autre pour faire baisser les prix", indique-t-il à La Libre.
Des demandes de remboursement massives ?
Pour la brasserie flamande, une des plus actives sur le marché américain en termes d'exportations (on ne compte pas le géant AB Inbev, qui produit sur place et donc n'est pas soumis aux droits de douane pour ce qu'il vend aux États-Unis), l'impact des taxes a été concret. "J'ai une filiale sur place pour la vente. Avec 22 commerciaux. La Delirium est le premier produit belge, si on ne tient pas compte d'AB InBev", explique-t-il.
"Tout le monde souffre, même les brasseurs locaux américains"
Les pertes ont été significatives : "Entre 500 000 et 600 000 euros juste l'année passée. Et en tenant compte du fait que j'avais anticipé et envoyé 35 containers avant la taxe, sinon j'aurais eu au moins un million d'euros de pertes ! J'ai envoyé 6 mois de stocks avant les taxes !", lance-t-il. Ce qui laisse entrevoir des demandes de remboursement gigantesques de la part de tous les industriels impactés par les droits de douane américains.
Au-delà de son entreprise, Alain De Laet estime que la décision constitue une bouffée d'oxygène pour tout le secteur. "C'est en tout cas une très bonne nouvelle pour tous les brasseurs belges. Les marchés de la bière sont déjà en difficulté dans le monde. Tout le monde souffre, même les brasseurs locaux américains qui achetaient leurs grains au Canada et leurs canettes et capsules au Mexique."

Selon lui, la politique protectionniste américaine a surtout pénalisé l'ensemble de la chaîne. "Son protectionnisme n'a pas vraiment été utile, ça n'a fait qu'augmenter les prix de revient, et ce sont les consommateurs américains qui ont payé. Ce sont eux les perdants dans l'histoire."
"Je suis très heureux, c'est une première étape importante et ça va aider les ventes de bières belges"
Face à ces coûts supplémentaires, la brasserie a dû s'adapter : "On a diminué notre marge et on a dû augmenter les prix de 8 %. Mais on va voir ce qu'on va en faire. Ce n'est pas une mauvaise chose que les prix diminuent, mais bon… je ne suis pas sûr que la distribution ne garde pas la marge. On doit voir les détails de la décision. Il y aura des procédures d'un peu partout pour essayer de récupérer ce qu'on a tous payé, on verra si c'est long ou pas. Trump serait capable de se mettre en porte-à-faux pour maintenir sa politique…"
L'arrêt de la Cour suprême ne dissipe toutefois pas toutes les incertitudes. "Pour l'instant, on attend des clarifications. La CEO de ma filiale sur place me dit que 'la cour n'a donné aucune indication en ce qui concerne les remboursements ou les procédures. Le Congrès devra voter, sinon l'affaire sera renvoyée devant les tribunaux. C'est une étape de gagnée, mais il faudra voir comment ça va suivre. Mes troupes aux États-Unis sont en train d'analyser la décision et on va arrêter tous les containers en partance en attendant ce qui va être annoncé."
Malgré les incertitudes administratives et juridiques, le dirigeant se veut résolument optimiste : "Je suis très heureux, c'est une première étape importante et ça va aider les ventes de bières belges".