Un "bravo" aux Diables et un "gros tacle" à Yvan Verougstraete: "Cette idée est pire que ce qu'envisageait le PTB"
La FEB alerte fortement le monde politique et le confronte à ses promesses.

- Publié le 02-07-2026 à 15h02
- Mis à jour le 02-07-2026 à 17h27
"Avant tout, bravo", lance Pieter Timmermans, en levant un petit drapeau belge, pour féliciter les Diables rouges pour leur remontada dantesque face au Sénégal la veille. Mais cette victoire n'allégera pas le ton du CEO de la FEB, la fédération des entreprises de Belgique, qui faisait son point économique de la mi-année, ce jeudi 2 juillet.
Selon la fédération patronale, la reprise qui commençait à poindre fin 2025 et début 2026, surtout dans certains secteurs technologiques, a été "étouffée dans l'œuf" par le choc géopolitique au Moyen-Orient et la guerre en Iran.
Pour Edward Roosens, chief economist de la FEB, les marchés semblent néanmoins considérer que les tensions autour du détroit d'Ormuz sont en voie de résolution. Les prix du pétrole pourraient se stabiliser autour de 75 dollars, selon lui.

Mais pour le gaz, le retour à la normale est loin d'être acquis, notamment après les dommages subis par certaines installations de GNL au Qatar. Le prix, relevait-il, est passé d'environ 30 euros le mégawattheure il y a six mois à 42 euros, soit 40 % de plus qu'avant la crise. Ce qui a un impact sérieux pour les industriels.
2026 : la croissance divisée par deux
La FEB révise donc nettement son scénario. Après une croissance d'environ 1 % en 2025, l'économie belge ne progresserait plus que de 0,5 % en 2026. Si le conflit au Moyen-Orient se résout dans les prochains mois, une croissance de 1 à 1,5 % pourrait redevenir envisageable en 2027.
Mais ce redressement, insiste la FEB, ne tombera pas du ciel. Il suppose une stabilisation géopolitique, un reflux des prix énergétiques, une détente des taux et des mesures politiques capables de restaurer la compétitivité. "Il y a une décroissance en cours, de 1 à 0,5 %", a martelé Pieter Timmermans. "La croissance est la seule solution structurelle pour résoudre notre problème budgétaire", lance-t-il encore.
L'avertissement est d'autant plus appuyé que l'industrie reste particulièrement fragilisée. Dans l'enquête de la FEB auprès des grandes fédérations sectorielles, près de la moitié des secteurs déclarent une activité plus faible qu'il y a six mois, et un seul seulement fait état d'une amélioration.
La rentabilité, elle, décroche. Environ 80 % des secteurs interrogés signalent une rentabilité inférieure à celle d'il y a six mois. La FEB attribue cette détérioration à la hausse des prix de l'énergie et à l'affaiblissement de la demande. Les investissements restent également sous pression, en raison des incertitudes géopolitiques et des problèmes de compétitivité liés aux coûts du travail et de l'énergie.
2027 doit devenir l'année du rebond, et d'un record…
La FEB veut donc faire de 2027 l'année d'un redémarrage plus franc. Edward Roosens évoque une croissance possible de 1 à 1,5 %, à condition que l'accord entre les États-Unis et l'Iran soit respecté, voire renforcé. Mais l'objectif devrait être plus ambitieux, selon lui : viser 2 % de croissance si la Belgique veut atteindre un taux d'emploi de 80 % (la promesse du gouvernement) et ramener ses finances publiques sur une trajectoire soutenable. Un objectif ambitieux ? "Oui, mais c'est la seule solution pour atteindre ces objectifs", insiste-t-il. "Il n'y aura pas plus d'emplois sans croissance. Et il faut de la croissance pour gonfler les recettes publiques", explique-t-il.
Le rapport de la FEB insiste sur le même lien entre croissance, emploi et budget. Il estime que le déficit public pourrait encore atteindre 5,2 % du PIB en 2026 et que la dette publique grimperait vers 113 % du PIB en 2027, ce qui accroît le risque d'un effet "boule de neige" si les taux d'intérêt repartent à la hausse. "Un effet dangereux car explosif, les conséquences seraient dramatiques", lance Pieter Timmermans.
Taxer les patrimoines ? Timmermans soutient Pinckaers
Interrogé sur la proposition d'Yvan Verougstraete (dont le parti Les Engagés est au gouvernement) de taxer davantage les patrimoines, et sur la réaction très critique de Fabien Pinckaers, le CEO d'Odoo, l'administrateur de la FEB n'a pas mâché ses mots. Il s'est rangé clairement du côté de Fabien Pinckaers.
"Le gouvernement cannibalise le privé"
"Le privé finance l'État", a-t-il entamé, dénonçant une situation où "l'État cannibalise le privé". À ses yeux, l'urgence est de relancer l'activité, pas de multiplier les "ballons d'essai" fiscaux, que certains qualifient de "rage taxatoire".
"Quand vous faites une enquête, les gens pensent toujours qu'ils peuvent taxer les autres. En commençant par les riches. Mais quand on commence comme ça, c'est tout le monde qui finit davantage taxé à la fin", a-t-il averti. Pour Timmermans, la proposition pose un problème économique fondamental : elle revient à taxer de la valeur qui n'est pas disponible en cash. "Fabien Pinckaers a raison, on ne peut pas taxer quelque chose qu'on n'a pas". Précisons que selon Yvan Verougstraete, la valorisation d'Odoo (environ 10 milliards d'euros) est telle qu'il serait possible pour Fabien Pinckaers de placer des actions et obtenir un rendement permettant de financer la taxe.
"Quand on dispose d'actifs d'une valeur de plus de 5 milliards d'euros, avec ces actifs ou avec l'effet de levier qu'ils représentent, toutes les possibilités pour réaliser un rendement de 10 % sur le long terme sont à disposition", écrivait dans une lettre le président des Engagés à destination de Fabien Pinckaers.
"Cette idée est pire que la version envisagée par le PTB"
"On pense toujours que les actions, c'est du liquide. Si tout le monde vend ses actions à la Bourse, il y a une chute. On oublie les effets secondaires. Et si un entrepreneur est imposé sur la valeur de son entreprise sans disposer du cash correspondant, il doit vendre des actions, ce qui peut fragiliser l'entreprise elle-même", répond Pieter Timmermans. "C'est une vision de comptable à court terme. 1 + 1 ça fait 2. Mais avec ces taxes, à long terme, 1 + 1 ça fera -2", alerte-t-il. "Cette idée est pire que la version envisagée par le PTB", s'exclame-t-il encore.

Un message avant son départ ?
Pieter Timmermans quittera la direction de la FEB en février prochain. "Ça a été planifié il y a trois ans. Je suis très fier que ça n'ait jamais fuité. C'est le contraire de ce que vivent les politiques, où tout fuite dans la presse en 5 minutes", s'amuse-t-il.
Il ne quittera toutefois pas complètement la maison. Il indique qu'il s'occupera désormais davantage des dossiers européens à la FEB. Un choix cohérent avec son diagnostic : "L'Europe détermine beaucoup ce qu'il se passe dans les pays."
Son message de sortie, lui, est limpide. La Belgique doit cesser d'alourdir ses entreprises si elle veut financer son modèle social. "Ne tuez pas la poule aux œufs d'or", conclut le lobby patronal.
Transparence salariale : une mesure de fonctionnaire européen ?
Sur la directive européenne relative à la transparence salariale en entreprise, que la Belgique doit transposer dans son droit national d'ici à 2027, Pieter Timmermans affirme ne pas contester l'objectif d'égalité de traitement, mais juge le texte européen juridiquement confus et administrativement ingérable. Selon lui, la directive entre en conflit avec d'autres règles européennes, notamment le RGPD (protection des données). "On a posé des questions juridiques à l'Europe. On attend les réponses."
"Ça ne peut pas marcher comme cela"
Le patron de la FEB estime aussi que la charge administrative serait disproportionnée pour les entreprises. "Je dois engager quelqu'un ici à la FEB uniquement pour ça. Et ça n'apporte rien. C'est très compliqué." Il affirme que c'est une directive "créée par des juristes à l'Europe, sans concertation avec la DG Emploi (direction générale emploi, NdlR)", et calquée sur la logique des fonctionnaires européens. "Ça ne peut pas marcher comme cela".
Le rapport de la FEB adopte la même ligne : certaines initiatives européennes, dont la directive sur la transparence des rémunérations, auraient des conséquences administratives telles que leur mise en œuvre devrait "au minimum être reportée, voire idéalement abandonnée". Timmermans assure toutefois que la FEB n'est "pas contre l'objectif", mais bien contre les conséquences pratiques du texte.
"Ce qu'on demande, c'est un moratoire de deux ans pour revoir la directive, en analysant le terrain, ce qu'ils n'ont pas fait. La différence salariale en Belgique est de 0,7 % entre hommes et femmes, selon les statistiques officielles de l'UE (effectivement, notre pays est l'un des meilleurs élèves, selon les chiffres d'Eurostat, NdlR). On a déjà suffisamment de règles en Belgique. La politique salariale sur le mérite devient impossible ! Ils veulent une politique salariale de type administrative dans le secteur privé… C'est inefficace et ça fait de la paperasserie. L'Europe n'est même pas capable de nous répondre correctement. Il faut revoir cette directive", termine-t-il.