Plan start-up européen : les idées existent, à quand les actions ?
Fin mai, la Commission européenne a levé le voile sur un programme ambitieux. L'intention est bonne mais le vrai test commence maintenant.
- Publié le 16-06-2025 à 08h46

Une chronique de Frederik Tibau, expert Digital innovation & growth chez Agoria.
Le 28 mai, la Commission européenne a levé le voile sur un programme ambitieux baptisé Choose Europe to Start and Scale. L'objectif est clair : renforcer l'attractivité de l'écosystème start-up et scale-up en Europe. Pour y parvenir, plus de trente mesures sont proposées. Ce plan marque enfin la reconnaissance, au plus haut niveau, d'une réalité que les créateurs de start-up vivent depuis des années : le capital, les talents et les opportunités de croissance ne doivent plus être freinés par les frontières intérieures de l'Union.
Le plan repose sur cinq grands piliers. Il propose ainsi la création d'un 28e régime juridique optionnel pour permettre aux entreprises de se développer plus facilement à l'échelle internationale. Il ambitionne également de combler le retard de financement face aux États-Unis grâce à un fonds public-privé de grande ampleur. Il vise à valoriser plus rapidement la recherche académique avec une initiative baptisée Lab to Unicorn. Il prévoit une politique offensive en matière d'attraction de talents internationaux. Enfin, il entend garantir aux start-up un accès facilité aux infrastructures stratégiques.
Que l'accent soit mis sur la deeptech et le monde académique n'étonnera personne. Mais dans la réalité, ce sont souvent d'autres profils d'entreprises qui incarnent la croissance en Europe : les éditeurs SaaS de Gand, les pionniers de l'e-commerce à Tallinn ou les acteurs de la climatetech à Valence. Leurs voix ont-elles vraiment été entendues dans ce plan ?
Briser des structures figées, remettre en cause des rapports de force établis, voilà le véritable défi.
Reste que pour insuffler une véritable dynamique à l'écosystème européen, il faudra s'attaquer aux moteurs qui calent encore trop souvent. Les marchés publics ne sont pas pensés pour les start-up. La dépendance aux hyperscalers étrangers reste préoccupante. La bureaucratie est lente, fragmentée, et parfois tout simplement décourageante. Tous ces freins sont identifiés dans le plan, mais leur résolution dépendra avant tout des États membres. Et c'est là que les choses sérieuses commencent. Briser des structures figées, remettre en cause des rapports de force établis, voilà le véritable défi. Des initiatives comme l'e-Residency estonienne ou le Zukunftsfonds allemand prouvent qu'un progrès réel est possible quand les décideurs politiques et l'écosystème avancent ensemble.
Un changement profond de mentalité
Le plan ne manque pas d'ambition et certaines propositions sont même audacieuses. Il ose remettre en cause des tabous : imaginer des stock-options harmonisées à l'échelle européenne, instaurer une identité d'entreprise numérique transfrontalière en 48 heures… Voilà des pistes qui méritent d'être saluées.
À partir de 2026, un nouveau fonds devrait soutenir les champions deeptech européens dans leur phase de croissance critique. Et c'est nécessaire : selon la Banque européenne d'investissement, l'Europe accuse toujours un retard de près de 100 milliards d'euros par an sur les États-Unis dans les technologies stratégiques.
Le 28e régime n'exige peut-être pas l'unanimité, mais il requerra une volonté politique ferme dans chaque capitale.
Mais l'histoire récente invite à la prudence. La Startup & Scale-up Initiative en 2016, les Startup Nation Standards en 2020, le manifeste Scale-Up Europe en 2021… Autant d'initiatives pleines de vision, mais qui se sont trop souvent arrêtées au stade des bonnes intentions.
Le 28e régime n'exige peut-être pas l'unanimité, mais il requerra une volonté politique ferme dans chaque capitale. Un fonds demande des moyens, une harmonisation fiscale suppose du courage. Et ce courage a trop souvent fait défaut ces dix dernières années.
Un autre facteur reste sous-estimé : l'état d'esprit. Même les meilleures réformes ne suffiront pas si elles ne s'accompagnent pas d'un changement profond de mentalité. L'Europe cherche à minimiser les risques ; la Silicon Valley cherche à les maximiser. Dans un écosystème sain, on doit pouvoir échouer, apprendre et repartir. Ce n'est pas une directive qui construit une telle culture, mais une volonté politique concrète : en réformant les lois sur l'insolvabilité, en levant le tabou sur les faillites, et en taxant les stock-options au moment de leur réalisation, pas lors de leur attribution. C'est à ce prix qu'on passera du rêve à la réalité.
Changer le monde, en commençant par la Belgique
Et si la Belgique montrait l'exemple ? En adoptant une fiscalité claire et compétitive sur les stock-options, en repensant ses marchés publics pour offrir de vraies chances aux jeunes pousses, elle pourrait redevenir un pionnier. Elle l'a déjà été avec le tax shelter pour l'investissement dans les start-up, ou encore avec la stratégie d'achat innovante de Digipolis en Flandre, symbolisée par le hashtag #buyfromstartups.
Les entrepreneurs sont prêts. Aux États maintenant de leur offrir une expérience à la hauteur de leurs attentes.
Les idées existent. Ce qui manque, ce sont les actes. Les deux prochaines années seront décisives. Restera-t-on dans les promesses sur papier ou passera-t-on à l'exécution ? Les entrepreneurs sont prêts. Aux États maintenant de leur offrir une expérience à la hauteur de leurs attentes. Et, comme toute start-up le sait : tout repose sur l'exécution !

