Quand l'IA invite à réinventer le leadership
Et si l'intelligence artificielle, loin de menacer l'humain, devenait au contraire le levier d'un renouveau des relations au travail ?
- Publié le 25-10-2025 à 14h06

Une chronique de Claire Dupont et Romina Giuliano, chargées de cours à UMons, Faculté Warocqué d'Économie et de Gestion.
Notre époque est marquée par de nombreuses incertitudes : les bouleversements géopolitiques, économiques et technologiques affectent nos vies de citoyens autant que nos réalités professionnelles. Parmi ces transformations, l'intelligence artificielle (IA) occupe une place centrale. Elle modifie nos organisations, nos métiers et les compétences attendues dans le monde du travail.
Dans ce contexte, il convient de s'interroger sur les compétences qui seront déterminantes pour les environnements professionnels du futur. Si l'on peut craindre que l'IA remplace certaines fonctions humaines, les études récentes montrent qu'elle met surtout en lumière l'importance croissante des compétences humaines. Le Forum économique mondial indique que, parmi les dix compétences qui connaîtront la plus forte croissance d'ici 2030, figurent non seulement l'IA et le big data, mais aussi le leadership et la gestion des talents.
Réhumaniser nos environnements professionnels
L'enquête The Global State of Skills menée par Workday va dans le même sens. Elle souligne que des qualités comme l'intelligence émotionnelle, l'empathie ou la capacité à créer du lien sont irremplaçables; 83 % des répondants estiment que l'essor de l'IA rend ces compétences humaines encore plus essentielles, notamment pour les managers. Ces derniers jouent un rôle clé dans l'accompagnement des équipes, en donnant du sens aux transformations, en rassurant et en soutenant les collaborateurs dans des contextes parfois déstabilisants.
Nos organisations prennent-elles suffisamment en compte le besoin croissant de relations humaines dans le travail ?
Par exemple, un manager capable de décoder les émotions de ses collaborateurs et de communiquer avec authenticité peut mieux comprendre ce que vivent ses équipes et les aider à traverser les changements. Pourtant, seuls 65 % des managers considèrent ces compétences comme prioritaires. Ce chiffre interroge : nos organisations prennent-elles suffisamment en compte le besoin croissant de relations humaines dans le travail ? Sommes-nous en train de sous-estimer l'importance de réhumaniser nos environnements professionnels ?
Certains pays, notamment en Europe du Nord, ont déjà intégré ces enjeux en sensibilisant les enfants dès le plus jeune âge à l'empathie et à la coopération. En Belgique, l'étude de Workday pointe des pénuries importantes en compétences de leadership (empathie, coaching) et en compétences sociales (communication, collaboration). D'autres enquêtes révèlent également de fortes attentes de la part des salariés : ils souhaitent un management plus humain, capable d'écoute, de considération et de respect.
Coacher les équipes
Le rapport Global Human Capital Trends (Deloitte, 2025) met en lumière une autre réalité : les managers consacrent en moyenne seulement 13 % de leur temps au développement et au coaching de leurs équipes, contre 40 % à des tâches administratives et à la gestion des urgences. Beaucoup d'entre eux expriment le besoin d'être mieux soutenus et outillés pour réinventer leur rôle.
Dans un monde qui cherche à retrouver du sens, il devient urgent de renforcer l'intelligence émotionnelle dans nos organisations, de soutenir les managers dans leur mission humaine et d'intégrer ces compétences dans les formations des gestionnaires de demain.
Dans un monde qui cherche à retrouver du sens, il devient urgent de renforcer l'intelligence émotionnelle dans nos organisations, de soutenir les managers dans leur mission humaine et d'intégrer ces compétences dans les formations des gestionnaires de demain. Il est également essentiel de sensibiliser les jeunes générations à ces enjeux, dès l'école, afin de préparer un avenir professionnel plus équilibré et plus humain.
Et si l'intelligence artificielle, loin de menacer l'humain, devenait au contraire le levier d'un renouveau des relations au travail ? Une opportunité de remettre l'humain au centre du travail, de valoriser les compétences relationnelles et de construire des organisations plus attentives aux personnes qui les font vivre ?

