Elon Musk veut racheter Twitter : "Même s'il a pu brouiller les pistes, Musk avait tout mis sur la table"
Le patron de Tesla et SpaceX met plus de 43 milliards de dollars sur la table pour s'emparer du réseau social. Une bonne nouvelle ? Pour Xavier Degraux, analyste et consultant en réseaux sociaux, l'annonce faite par Elon Musk est une "demi-surprise".

- Publié le 14-04-2022 à 18h34
- Mis à jour le 22-06-2022 à 19h14

Elon Musk ne fait rien comme les autres. Ce fervent libertarien, devenu l'homme le plus riche de la planète, aime surprendre et déstabiliser. Rien ne semble pouvoir l'arrêter. Ainsi, dix jours seulement après être devenu le premier actionnaire du réseau social américain Twitter (avec 9,2 % de son capital), il a annoncé, jeudi, vouloir s'emparer de l'intégralité de Twitter et retirer l'entreprise à l'oiseau bleu de Wall Street.
"Je propose d'acheter 100 % de Twitter au prix de 54,20 dollars par action en numéraire", écrit-il dans une lettre adressée au président du conseil d'administration (CA) de Twitter, Bret Taylor, et publiée mercredi soir dans un document transmis au gendarme boursier américain, la SEC. Le prix proposé par le milliardaire d'origine sud-africaine – sa fortune personnelle est évaluée à près de 274 milliards de dollars, selon les calculs de Forbes – valorise Twitter à 43,4 milliards de dollars (contre environ 37 milliards à l'heure actuelle). Cette proposition, précise le patron de Tesla et SpaceX, est "ma meilleure offre et mon offre finale". En cas de refus, il menace déjà de "réexaminer sa position d'actionnaire" au sein du site de microblogs fondé en 2006 par Jack Dorsey, Evan Williams, Biz Stone et Noah Glass.
L'action Twitter grimpait de 2,80 %, à 47 dollars, à l'ouverture de Wall Street, ce jeudi après-midi.
Liberté et… prospérité !
Manifestement prise de court, la direction de Twitter s'est contentée de prendre acte de l'offre "non sollicitée et non contraignante" lancée par Elon Musk. "Le conseil d'administration de Twitter va examiner avec attention l'offre pour déterminer la ligne de conduite qu'il estime servir au mieux les intérêts de l'entreprise et de tous les actionnaires de Twitter", a tout de même précisé le groupe de San Francisco.
Très actif sur Twitter (il y compte près de 82 millions d'abonnés), Elon Musk avait fait une entrée remarquée au capital de l'entreprise californienne, en début de semaine dernière, en acquérant 73,5 millions d'actions ordinaires, le plaçant d'emblée en tête des plus gros actionnaires de Twitter (tous les autres sont sous la barre des 5 %). Dans la foulée, il avait multiplié les tweets pour suggérer des modifications qu'il souhaiterait voir apparaître sur le réseau social.
Dans son courrier à Bret Taylor, Elon Musk affirme avoir investi dans la plateforme en raison du rôle majeur qu'elle joue en faveur de "la liberté d'expression à travers la planète" qui est, selon lui, "un impératif sociétal d'une démocratie fonctionnelle". "Toutefois, depuis que j'ai réalisé mon investissement, je me suis rendu compte que l'entreprise ne prospérerait pas et ne servirait pas son impératif sociétal sous sa forme actuelle", estime-t-il. On imagine la tête de Bret Taylor, de même que celle du directeur général Parag Agrawal (lequel avait pris la succession de Jack Dorsey en novembre), en lisant le courrier !
On s'attendait à ce qu'Elon Musk intègre rapidement le conseil d'administration de Twitter. Ce qu'il n'a pas fait malgré ses 9,2 % du capital de l'entreprise. Il est vrai qu'en siégeant au CA de Twitter, il aurait dû accepter de ne pas dépasser le seuil des 15 % du capital et modérer ses propos envers l'entreprise. En restant à l'écart des instances de Twitter, Elon Musk a non seulement conservé toute sa liberté d'expression, mais aussi d'action.
Un Twitter à la sauce Musk
Pour Xavier Degraux, analyste et consultant en réseaux sociaux, l'annonce faite par Elon Musk est une "demi-surprise". D'une part, il avait laissé entendre, en début d'année, qu'il pourrait lancer son propre réseau social "au nom de la défense de la liberté d'expression". D'autre part, "même s'il a pu brouiller les pistes, Musk avait tout mis sur la table" à propos de ses intentions.
S'il est prématuré de se prononcer sur l'issue de l'offre, Xavier Degraux estime que, financièrement, Elon Musk sera gagnant à tous les coups. "Mais son véritable objectif, considère le consultant belge, est de s'offrir un levier de communication". Or Twitter, malgré une audience très inférieure à d'autres réseaux sociaux (Facebook, Instagram, TikTok…), demeure très influent dans les sphères politiques, entrepreneuriales et médiatiques mondiales. "Ce sont 217 millions d'utilisateurs quotidiens, dont 1,35 million en Belgique, indique M. Degraux. L'entreprise, même si elle a connu une belle croissance en 2021, reste toutefois déficitaire".
En cas d'aval de l'offre de Musk par Twitter, Xavier Degraux prédit de gros changements (produit, management, modèle d'affaires, technologie, philosophie…). Comme l'entreprise ne serait plus cotée en Bourse, il aurait les mains totalement libres pour transformer le réseau à sa sauce. Et là, vu le profil d'Elon Musk (à la fois libertarien et proche des Républicains), tout est imaginable…
