De la coopérative à la grande distribution : "La qualité d'un produit a un certain prix mais quand elle est là, les gens suivent"

- Publié le 09-04-2021 à 14h26
- Mis à jour le 11-04-2021 à 10h09

Libre Eco week-end | Le dossier
Produire et commercialiser une marque belge de viande de bœuf, soutenir les filières locales et défendre une agriculture solidaire et de qualité. Tel est le sens du projet porté par une poignée d'éleveurs ardennais et qui a débouché en 2019 sur la création d'une coopérative - surnommée Cornu, basée à Ochamps (province de Luxembourg), près de Libramont - dont les produits se retrouvent aujourd'hui notamment dans les rayons de la grande distribution.
"Avec cette coopérative, nous sommes présents sur toute la chaîne, de l'élevage à l'engraissement jusqu'à la découpe : nous mettons nous-mêmes la viande dans des barquettes en carton directement à disposition des grandes surfaces ou de nos boucheries. Il nous faut donc rassembler tous ces métiers et le distributeur, lui, peut alors se concentrer sur son rôle de commerçant", nous explique Nicolas Guillaume, vétérinaire, éleveur et engraisseur. Et d'ajouter : "En tant qu'agriculteurs, nous voulons nous réapproprier le contact le plus direct possible avec le consommateur, lui montrer la qualité de ce que nous produisons et l'intérêt de consommer local plutôt que d'acheter ailleurs, parfois à un prix supérieur. La qualité d'un produit a un certain prix mais quand elle est là, les gens suivent… D'autant que s'ils ont tendance à manger moins de viande, ils recherchent aussi de la viande de meilleure qualité. Il y a eu des dérives productivistes dans l'agriculture et il faut revenir à quelque chose de simple et de sain. Ce lien avec le consommateur, qui a été un moment complètement perdu, est en train de se recréer un peu partout."
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Sans l'Horeca
Si la coopérative a été touchée par la crise du Covid, la privant notamment de recettes dans l'Horeca et les collectivités, les affaires tournent plutôt bien. Le million de chiffre d'affaires devrait être atteint d'ici la fin de cette année. "Il y a une dynamique qui est en train de se mettre en place mais il faut un peu de temps. En tant que coopérative, nous sommes en train d'apprendre et nous apprenons tous les jours."
On retrouve aujourd'hui cette viande wallonne de qualité dans une grosse dizaine de points de vente des enseignes Carrefour Market et Hypermarchés Carrefour, notamment à Cointe, Arlon, Boncelles, Marche-en-Famenne mais aussi à Waterloo, Uccle ou Forest. "Nous avons un produit premium et de qualité. On nous a donné notre chance et les distributeurs ont joué le jeu. Comme nous n'avons pas une très grosse production (NdlR : 700 à 800 kg par semaine), nous n'avons pas eu trop de pression des distributeurs sur les prix. Nous vendons au même prix mais chaque distributeur a sa propre marge", ajoute encore Nicolas Guillaume.
Outre la grande distribution, la coopérative a voulu rajouter une corde à son arc, en ouvrant en mai dernier à Ochamps son premier magasin d'épicerie fine avec des produits locaux et un service boucherie/charcuterie. "Cela a permis de relancer l'économie de ce village de 1 200 personnes." Le succès étant au rendez-vous, un second magasin a été ouvert dans la région d'Overijse. Côté produits, la coopérative va également bientôt lancer des bocaux conserves en pur bœuf de qualité. "On veut grandir mais nous ne voulons pas aller trop vite non plus pour ne pas se brûler les ailes."
