Les produits locaux dans les supermarchés ? Une tendance portée par quatre critères
Dans la plupart des grandes surfaces du pays, entre 70 et 80 % des produits sont nationaux. Autrement dit… locaux, tant la Belgique est petite.

- Publié le 09-04-2021 à 14h26
- Mis à jour le 09-04-2021 à 14h45

Libre Eco week-end | Le dossier
Une partie de ces produits sont toutefois encore plus locaux, développés dans les fermes et ateliers artisanaux des environs. Ils ne transitent pas par les centrales des enseignes mais arrivent directement chez les commerçants, calibrés, emballés, étiquetés. "C'est un phénomène très présent qui n'échappe à aucun distributeur", insiste Christophe Sancy, rédacteur en chef de la revue spécialisée Gondola, "hormis aux discounters (Aldi, Lidl…). Ce n'est en effet ni dans leurs gènes, ni dans leurs capacités logistiques ultra-encadrées." Ce "localisme" est surtout visible dans les magasins de proximité des grandes enseignes comme Carrefour, Delhaize ou Colruyt, qu'ils soient intégrés, franchisés ou affiliés.
Des produits "fun", gourmets
Ces produits - fruits et légumes, viande, charcuterie, plats préparés, sauces, fromages, yaourts, confitures, confiserie, biscuits, miel, bières… - souvent artisanaux, toujours gourmets, sont également vendus à la ferme, dans des magasins alternatifs, des épiceries fines. "Ce sont des produits 'fun', proposés par des entrepreneurs qui n'ont pas une production suffisamment importante ou extensible pour viser une centrale d'achat" , explique Jean Delmotte, franchisé Spar/Groupe Colruyt (deux points de vente en région liégeoise), par ailleurs administrateur d'Aplsia, l'Association professionnelle du libre-service indépendant en alimentation. "L'important n'est pas tant qu'ils soient plus sains, plus goûteux ou plus haut de gamme, mais qu'ils soient proches", ajoute Luc Bormans, président d'Aplsia, affilié Delhaize avec trois magasins dans le Namurois. "Pour une question d'environnement, mais aussi de bon voisinage." " Certains de mes producteurs sont mes clients", renchérit Jean Delmotte.
Les marges prises par les commerçants sur cette offre dépendent du produit et du marché. "Elles sont plus importantes sur les fromages que sur les fraises, qui, en saison, ont la cote et font de très gros volumes", détaille-t-il, ajoutant ne jamais demander d'exclusivité à ses producteurs. "Ce ne serait pas équitable."
>> Lire aussi : Pourquoi les producteurs locaux vendent leurs produits aux supermarchés
Des commerçants écologiques et responsables
Ce phénomène s'est bien sûr amplifié l'an dernier, sous l'effet solidaire lié au Covid, mais il ne date pas d'hier. Christophe Sancy pointe ainsi, au titre de pionniers, Frank Mestdagh et son supermarché de produits locaux D'Ici à Naninne (2013) et Carrefour Belgique, qui a lancé ses premiers tests dans ses hypermarchés en 2012. "Petit à petit, cette possibilité d'accueillir des produits locaux dans son assortiment s'est élargie," ajoute l'expert, "portée par quatre tendances : la demande des consommateurs, reconnaissants de l'aide proposée aux petits producteurs ; l'offre des producteurs, quand bien même reste-t-elle, individuellement, limitée ; le désir des franchisés de mettre leur touche personnelle dans leur magasin, tout en étant de bons citoyens, vertueux, écologiques, responsables ; et l'image de marque de l'enseigne."
Tout l'alimentaire en a bénéficié, mais, selon lui, "ce sont les magasins de proximité qui en ont le plus profité, essentiellement aux mains d'entrepreneurs indépendants, qui ont senti que c'était important de renforcer ce lien social, solidaire." "Tout en en étant responsable, ajoute Luc Bormans, "puisque ces produits locaux qui nous sont livrés en direct tombent sous notre responsabilité (Afsca…) et non celle de notre franchiseur."
Aujourd'hui, ils représentent de 2 à 3 % de l'offre de certains franchisés jusqu'à 10 % pour d'autres. Un écart - du simple au quadruple - qui s'explique aussi par le manque de définition claire de ce qu'est un produit local. Tant en termes de distance (de 10 à 40 km) que de matières premières (locales ou non), de taille de l'entreprise, d'ampleur de la production…
Sans être une menace pour les enseignes
Les distributeurs franchiseurs ont bien compris qu'ils devaient accompagner, voire encourager ce phénomène. "Ces produits locaux sont un must et participent aussi à leur image", suggère Luc Bormans. "Il y a donc une certaine tolérance dans leur chef." Pour les uns, cet approvisionnement local est autorisé contractuellement, pour d'autres, verbalement. Certains imposent un quota maximum, d'autres pas. Et la plupart ne prennent aucunes royalties sur ces ventes. "C'est un jeu financier", détaille Christophe Sancy. "Les franchiseurs y gagnent une image, certes, mais leur centrale pourrait pâtir d'un manque à gagner. Pour l'heure, cela reste des niches où il y a surtout une part d'achats d'impulsion. Pas de quoi faire trembler Nutella. Mais, en théorie, si ces ventes montent en puissance, vu qu'il y a toujours plus de magasins indépendants dans les enseignes, cela pourrait limiter les volumes achetés à la centrale et donc les conditions qu'elles ont auprès de leurs propres fournisseurs."
"On permet, bien sûr, à nos affiliés de s'approvisionner localement, à condition que ces produits apportent de la valeur ajoutée sans cannibaliser l'offre qui est déjà en rayons", confirme Roel Dekelver, porte-parole de Delhaize. "Des spéculoos, oui, mais réalisés par un artisan local avec des ingrédients particuliers."
Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a aucune limitation. "Tout cela se fait en concertation, dans le dialogue", dit-il encore. "On compte bien sûr sur nos affiliés pour principalement acheter chez nous, ce qui nous permet de garder de bonnes conditions mais aussi d'avoir un regard sur la qualité de nos articles (santé, contrôles sécurité…). Dans le même temps, on comprend qu'ils doivent s'intégrer dans un tissu social local - les riverains, les communautés, les réseaux, les autres indépendants… - et donc valoriser les produits locaux." Bref, un savant mélange qui risque peut-être d'évoluer au fil du temps.
