La patronne de Brussels Airlines est catégorique : "Même s'il y a encore des grèves, nous n'augmenterons pas notre offre aux syndicats"
La compagnie belge affiche des résultats records et de fortes ambitions, avec, notamment, une nouvelle ligne vers l'Afrique. Au niveau social, c'est par contre toujours le chaos. Dorothea von Boxberg, la CEO de Brussels Airlines, se dit "consciente" qu'il faut améliorer la situation de son personnel. Mais les revendications des syndicats sont jugées "irréalistes" . De nouvelles grèves pourraient être annoncées la semaine prochaine.

- Publié le 07-03-2024 à 17h09
- Mis à jour le 08-03-2024 à 11h54

Brussels Airlines semble avoir définitivement laissé la tempête du Covid derrière elle. Pour la première fois depuis cinq ans, la compagnie belge a terminé une année en vert, avec un bénéfice d'exploitation (EBIT) ajusté de 53 millions d'euros pour 2023. De quoi perturber la directrice financière Nina Öwerdieck qui aura confondu, un court moment, les mots "perte" et "bénéfice" devant la presse ce jeudi matin. "Excusez-moi, j'ai eu tellement l'habitude de parler de pertes ces dernières années", sourit la dirigeante allemande. Le chiffre d'affaires de Brussels Airlines a lui aussi bondi, atteignant un nouveau record de 1,6 milliard d'euros l'an dernier, soit une hausse de 24 % par rapport à 2022.
Pourtant la compagnie belge, qui a imposé un important plan social à son personnel en 2020, reste plus petite qu'elle ne l'était avant la crise du Coronavirus. "Cette réduction de la taille de la compagnie nous a permis de survivre, poursuit Nina Öwerdieck Il nous faut désormais grandir, mais avec des bases plus solides qu'auparavant". Cette année devrait être celle de l'expansion, avec notamment l'arrivée d'un nouvel avion long-courrier, le dixième de la compagnie, et le retour de Brussels Airlines à Nairobi au Kenya, dès le mois de juin. Mais aujourd'hui Brussels Airlines est encore loin d'avoir retrouvé ses capacités maximales. La compagnie n'a transporté "que" 8,3 millions de passagers l'année dernière, encore loin des 10 millions de voyageurs de 2019.
Pas de flambée des prix des billets d'avion
Des passagers qui ont payé leur billet plus cher qu'avant la crise. "Nous avons augmenté le prix de nos tickets, mais la demande est restée très bonne", remarque Nina Öwerdieck qui ne s'attend pas à une flambée des prix des voyages cette année. "Les tarifs devraient se stabiliser, tout comme l'inflation en Belgique. Nous ne faisons que suivre le marché". La patronne de Brussels Airlines, Dorothea von Boxberg, une autre Allemande, met en garde : malgré cette bonne cuvée 2023, la situation de l'entreprise, qui a accumulé 572 millions de pertes durant les deux années de Covid, reste "fragile". "Nous devons veiller à rester une entreprise viable, et ne pas tout perdre à nouveau après à peine une année de bénéfices", explique l'ancienne présidente de la branche cargo de Lufthansa.

Brussels Airlines ne gagne ainsi en moyenne que six euros par passagers (voir infographie). Pas assez selon Dorothea von Boxberg qui tient à atteindre une marge bénéficiaire de 8 % (contre 3,4 % en 2023). Bref, selon la CEO, Brussels Airlines ne pourra pas faire des miracles pour son personnel, qui a fait d'importants sacrifices financiers lorsque la compagnie était au plus mal. "Nous sommes conscients que nous devons améliorer la situation de nos employés, faire davantage pour eux, explique Dorothea von Boxberg qui veut notamment stopper le départ d'un nombre important de pilotes vers des cieux plus rémunérateurs. Mais ce que nous mettons sur la table est le maximum que nous pouvons faire". Brussels Airlines propose ainsi une augmentation moyenne des rémunérations de 6 % pour les quelque 3 400 membres du personnel, "avec des écarts allant jusqu'à 12 % pour certains travailleurs".
Si Madame von Boxberg espère calmer son personnel avec de tels propos."
Cette hausse s'ajoute à l'indexation salariale de 4 % entrée en vigueur début janvier, détaille la direction. Le coût de cette proposition équivaut à 9 millions d'euros. Et c'est à prendre ou à laisser, d'après l'Allemande. "Même s'il y a encore des grèves, nous n'augmenterons pas notre offre aux syndicats". Un message qui passe assez mal auprès des syndicats.. "Si Madame von Boxberg espère calmer son personnel avec de tels propos…", lance Didier Lebbe, permanent pour la CNE. Pour le responsable syndical, les négociations avec la direction ne se limitent pas à des questions d'argent, mais aussi d'organisation du temps de travail et d'horaires notamment. Et sur ces points, il n'y a "aucune avancée", selon lui. "La quantité ne suffit pas, il faut aussi la qualité". Les syndicats pourraient annoncer de nouveaux jours de grève dès la semaine prochaine. "L'idée n'est pas de faire une grève au finish, mais des mouvements réguliers et ciblés", précise Didier Lebbe.
Pour le syndicat libéral, le succès d'une entreprise ne se traduit pas seulement par ses résultats financiers, mais aussi par la satisfaction et le bien-être des travailleurs. "Actuellement, l'équilibre entre les deux est complètement rompu", précise Tim Roelandt, du syndicat libéral.
On sent que les élections sociales approchent. Les syndicats vont dans la surenchère.
On voit mal comment la compagnie pourrait échapper à de nouveaux mouvements de grève, qui ont déjà coûté quatre millions d'euros à Brussels Airlines depuis janvier, tant les positions semblent divergentes. Mercredi encore, une procédure de conciliation concernant les pilotes s'est soldée sur un échec. "Chacun a expliqué sa position et nous sommes très éloignés les uns des autres", reconnaît Nina Öwerdieck. Au sein de Brussels Airlines, on estime les revendications des syndicats "irréalistes". "On sent que les élections sociales approchent. Les syndicats vont dans la surenchère. Rien que pour les stewards et les hôtesses, ils veulent une augmentation salariale de neuf millions d'euros. Nous ne pouvons que proposer trois millions d'euros maximums. C'est une différence gigantesque".