Plus de 400 actionnaires d'Orpea attaquent en justice l'ancien conseil d'administration de l'Ehpad
Ils demandent réparation pour les pertes subies en raison de la chute du cours de Bourse. C'est la première fois que les actionnaires du groupe coté à Paris se réunissent pour une action indemnitaire.

- Publié le 06-01-2025 à 17h56

On n'a pas fini de parler de l'affaire "Orpea", du nom de ce groupe de maisons de repos qui peine à sortir de la crise provoquée par la publication en janvier 2022 du livre "Les Fossoyeurs" révélant des actes de maltraitance à l'encontre des pensionnaires. Alors que le groupe, rebaptisé depuis Emeis, fait l'objet de nombreuses plaintes en justice (comme d'autres Ehpad d'ailleurs) dénonçant des cas de maltraitances, c'est une autre bataille judiciaire qui va être lancée, cette fois sur le front financier. En effet, plusieurs centaines d'investisseurs ayant acquis des actions Orpea (cotée à la Bourse de Paris) avant le 26 janvier 2022 (inclus), ont décidé de poursuivre l'ancien conseil d'administration "afin de voir reconnaître sa responsabilité dans le naufrage du groupe et d'obtenir réparation des pertes qui en ont découlé", souligne un communiqué du collectif #Action Orpea.
Reprenons la chronologie des faits. Le 26 janvier 2022 sort le livre Les Fossoyeurs. Il provoque une onde de choc. "À cela s'ajoutent des révélations sur de vraisemblables fautes de gestion commises par le conseil d'administration alors aux commandes. Ce dernier aurait délibérément faussé des informations financières, entraînant une manipulation du cours de l'action", souligne le communiqué #Action Orpea. Après la sortie du livre, l'action perd 90 % de sa valeur en un an. Le groupe est sauvé de la faillite grâce à l'intervention sous forme d'augmentation de capital de la CDC, le bras financier de l'État français.
A la tête de cette bataille judiciaire, il y a Kévin Romanteau, qui, d'après son compte LinkedIn, a un (court) passé de banquier à Londres. C'est lui qui a fondé le Collectif des investisseurs d'Orpea, une association rassemblant "tous les investisseurs qui, comme lui, refusent de subir les conséquences des méfaits de l'ancienne équipe dirigeante". C'est la première fois que les actionnaires d'Orpea se réunissent pour une action indemnitaire à l'encontre des administrateurs de la société et des commissaires aux comptes (Deloitte est un des deux réviseurs).
Poches profondes
Le Collectif déposera l'assignation officielle au Tribunal de Commerce de Paris avant le 25 janvier, dernier jour avant la prescription des faits reprochés. La plainte porte "sur des manquements des administrateurs ou des dirigeants à leur devoir de vigilance", explique Me Tristan Girard-Gaymard. D'après ce dernier, le "claim value" (montant réclamé) est "encore à chiffrer" et sera fixé "quelques jours avant l'assignation".
Mais Kévin Romanteau et Me Tristan Girard-Gaymard sont convaincus que les administrateurs poursuivis (ou plus exactement les sociétés qu'ils représentent) ont les poches suffisamment profondes d'autant qu'ils sont couverts par les assurances imposées pour les sociétés cotées. Parmi ceux qui étaient représentés au conseil d'administration, il y a Peugeot Invest, le holding de la famille Peugeot, et le fonds de pension canadien CPPIB.
