Charleroi est devenue la grande base la plus rentable de Ryanair : "Mais cette croissance très rapide est mal gérée"
L'aéroport wallon est le plus rentable des grandes bases de la compagnie low cost. Mais les problèmes dans la gestion des contrôles de sûreté inquiètent.

- Publié le 25-04-2025 à 08h02
- Mis à jour le 25-04-2025 à 11h00

Ryanair dicte-t-elle sa loi à l'aéroport de Charleroi ? La question revient régulièrement sur le devant de la scène. Dernier épisode en date ? La semaine dernière, la compagnie irlandaise a montré sa colère face à un manque d'agents de sûreté à l'aéroport, ce qui a provoqué d'importantes files. D'après Ryanair, près de 2 000 passagers ont ainsi raté leurs avions à cause de ces embouteillages aux portillons de sûreté. La compagnie irlandaise proposait même d'appeler les militaires pour éviter le chaos, tout en traitant la direction de BSCA (Brussels South Charleroi Airport) de "totalement incompétente" et l'aéroport de "pire d'Europe" en la matière.
Quelques heures plus tard, l'aéroport s'exécutait. Pas de militaires à l'horizon, mais Charleroi annonçait des mesures pour limiter les files. BSCA Security lançait un marché public afin de désigner un second prestataire qui pourra épauler l'opérateur G4S dont les agents semblent débordés. "Il y a de l'amateurisme dans la gestion du contrat avec les prestataires privés", peste une source proche du dossier qui pointe une croissance "très rapide mais mal gérée" de l'aéroport. Le problème de ces contrôles de sûreté est sérieux à l'aéroport.
"Il y a de l'amateurisme dans la gestion du contrat avec les prestataires privés de sûreté."
Une question se pose toutefois : l'aéroport aurait-il été aussi rapide à prendre des mesures si Ryanair ne représentait pas 85 % de ses vols ? Sans doute pas. Depuis sa naissance, Charleroi est dépendant de la compagnie irlandaise. Une dépendance qui amène l'aéroport à passer l'éponge sur pas mal d'excès des Irlandais. Pendant des années, l'inspection sociale belge a ainsi fermé les yeux sur les conditions déplorables des employés du transporteur low cost. Si depuis Ryanair est plus ou moins rentré dans les clous en matière de réglementation de travail (il nous revient que Ryanair ne paie toujours pas correctement le pécule des vacances des pilotes et que les convocations musclées à Dublin au moindre écart du personnel sont toujours d'actualité), le chantage reste l'une des méthodes favorites de négociation des Irlandais.
Une taxe Arizona qui ne passe pas
Il y a deux mois, Michael O'Leary, le patron du transporteur low cost tançait ainsi l'augmentation de la taxe sur les avions mise en place par le gouvernement Arizona. "Cette taxe ne vise qu'à remplir les poches du gouvernement belge", d'après le patron qui annonçait "un impact préjudiciable sur la connectivité, le trafic, les emplois et l'économie de la Belgique". Sous – entendu : Ryanair pourrait réduire la voilure en Belgique, comme la compagnie l'a déjà fait dans d'autres aéroports de pays "taxatoires". Si l'on suit la logique de Ryanair, Zaventem a beaucoup plus de soucis à se faire que Charleroi dans notre pays.

D'après des chiffres obtenus de très bonne source, l'aéroport wallon est ainsi plus que jamais la vache à lait des Irlandais qui n'ont donc aucun intérêt à partir de Wallonie. L'année dernière l'aéroport carolo a ainsi rapporté près de 194 millions d'euros à Ryanair. Seule la base historique de Dublin (200 millions d'euros) a fait mieux. En comparaison avec les trois autres grandes bases de Ryanair (Dublin -17 millions de passagers Ryanair en 2024, Londres Stansted -25 millions de passagers, Milan Orio Al Serio-14,7 millions de passagers), Charleroi (9,5 millions de passagers) est la seule à avoir augmenté ses bénéfices par rapport à 2023 ( + 8,5 %).
Un bénéfice de 20 euros par passager à Charleroi
Mieux. Si l'on prend la rentabilité, l'aéroport wallon est imbattable, avec une marge bénéficiaire de 27 %, contre 16 % pour Dublin, 12 % pour Milan, 2 % Pour Londres et à peine moins d'1 % pour Zaventem. À Gosselies, les Irlandais gagnent en moyenne plus de 20 euros par passager (sur un billet moyen de 60 euros), là où ce chiffre n'est que de moitié à Dublin (11,6 euros), encore moindre à Milan (7,5 euros), à Londres (1,2 euro) et quasi dérisoire à Brussels Airport (0,6 euro). "Différents facteurs expliquent ce succès de Charleroi", évoque un spécialiste. "La zone de chalandise de l'aéroport allant du nord de la France, au sud des Pays-Bas en passant par l'ouest de l'Allemagne est très large, avec un pouvoir d'achat élevé. Ryanair parvient aussi à très bien remplir ses avions à Charleroi.
Mais il n'y a pas de secret : la très faible redevance demandée par les Wallons (3 euros par passager contre une vingtaine d'euros à l'aéroport de Bruxelles-National) explique largement ce succès. Bref, si 60 km de distance séparent à peine les deux grands aéroports belges, l'écart est par contre gigantesque en termes de rentabilité pour Ryanair.
Les avions décolleront-ils ce 29 avril ?
La date du 29 avril est scrutée par beaucoup de voyageurs. Mardi prochain, une journée d'actions est ainsi organisée en front commun syndical au niveau national. La précédente grève de ce type avait paralysé à la fois l'aéroport de Charleroi et celui de Zaventem. Le scénario pourrait être moins catastrophique cette fois-ci. "Même si quelques perturbations ne sont pas exclues, nous maintenons pour le moment tous ses vols prévus ce jour-là", fait savoir l'aéroport de Charleroi, tout en reconnaissant qu'un mouvement de grève en dernière minute n'est pas exclu. Mais selon les informations en notre possession, nous devrions pouvoir compter sur un nombre suffisant d'agents pour effectuer toutes les opérations en toute sécurité".
Du côté de Brussels Airport, on se montre plus prudent. "Nous n'avons pas encore une vision claire de l'impact concret sur nos activités, explique l'aéroport qui conseille aux voyageurs de consulter régulièrement le site web de l'aéroport pour vérifier le statut de leur vol. "D'importantes perturbations sont attendues sur les services de transport en commun. Nous recommandons aux passagers de consulter le site web de la SNCB et de De Lijn afin d'obtenir les dernières informations sur leurs services".