Les Belges hésitent à traverser l'Atlantique : "On connaît une année différente des autres"
Le dossier de La Libre Eco | Face à la politique clivante de Donald Trump, les touristes belges boudent-ils les États-Unis ? Si les city-trips à New York résistent, les voyages plus longs subissent une nette baisse.

- Publié le 10-05-2025 à 10h06

L'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche avec ses décisions provocantes et ses politiques clivantes a-t-elle une influence sur les départs des voyageurs belges vers les États-Unis ? Quand nous avions posé la question aux professionnels du secteur il y a plus de 6 semaines, ils nous avaient répondu qu'ils commençaient à sentir un ralentissement dans les ventes et, surtout, que les voyageurs hésitaient à faire une réservation et prenaient plus le temps avant de se décider ou pas.
Aujourd'hui, alors que nous approchons doucettement des mois de juillet et août, la tendance se précise. "Oui, nous enregistrons une baisse sur la destination d'environ 25 à 30%, indique Olivier Vandenbroucke, le patron d'USA Travel, tour-opérateur belge qui propose des voyages sur mesure aux États-Unis et au Canada dans environ 500 agences de voyages en Belgique. Comme chez nos collègues et comme à peu près partout en Europe. Mais l'impact est moins important sur un city-trip sur New York -qui reste le n°1 des courts séjours aux États-Unis- que sur un voyage de 2 semaines. L'achat d'un city-trip est plus compulsif, moins réfléchi car le budget est moins élevé." Il résume : "Nous connaissons une année différente des autres."
"Il y a effectivement un ralentissement visible dans les schémas de réservation vers les États-Unis et on remarque parfois un report des décisions mais on ne peut parler d'un boycott, affirme Patrick De Pauw, responsable du business development et porte-parole de Connections (22 points de vente en Belgique). Les réservations enregistrent une diminution de 8 à 10% sur le pays et un peu moindre sur New York. Il y a bien sûr aussi des voyageurs qui choisissent (temporairement) une autre destination, comme l'Asie, le Japon ou l'Amérique du Sud. La baisse des réservations se limite aux USA, les autres destinations fonctionnent très bien."
Parmi nos clients, il y a pas mal de repeaters, qui retournent aux États-Unis tous les 2 ou 3 ans, et ceux-là ne vont pas changer leur comportement pour des raisons politiques."
"Un certain nombre de personnes ont décidé de reporter leur voyage à l'année prochaine ou de partir hors saison, soit à la Toussaint, soit en fin d'année, complète le patron d'USA Travel. Les parcs nationaux sont très loin de la politique… De plus, parmi nos clients, il y a pas mal de repeaters, qui retournent aux États-Unis tous les 2 ou 3 ans, et ceux-là ne vont pas changer leur comportement pour des raisons politiques. Certains autres le pourraient mais, selon moi, c'est plutôt une combinaison de facteurs qui est en jeu : les tarifs élevés de l'électricité, les incertitudes géopolitiques et l'économie pèsent pour moi davantage que le facteur président hyperprésent dans les médias."
"Même des dossiers last minute"
Conséquence de cette baisse des réservations belges et étrangères au pays de l'Oncle Sam : il reste des disponibilités sur place. "Les Belges partent de préférence en juillet et on trouve encore actuellement de la disponibilité dans les parcs nationaux, alors qu'habituellement, c'est problématique à cette période-ci de l'année", reprend Olivier Vandenbroucke. Nous avons même un certain nombre de dossiers last minute."
"Il n'y a pas de baisse structurelle des prix des vols vers les États-Unis mais on observe des ajustements tarifaires tactiques, souligne pour sa part le responsable de Connections. Comme toujours, si un vol se remplit moins rapidement, les prix de ce vol baissent mais pas ceux de tous les vols… Les compagnies aériennes maintiennent leurs vols, ne serait-ce que pour ne pas perdre leurs créneaux horaires."
"J'entends aussi de tour-opérateurs actifs sur les États-Unis qu'il y a des promotions sur les tarifs de location de voitures et de mobile-homes", constate Pierre Fivet, porte-parole de l'Abto, l'Association belge des tour-opérateurs.
Quant aux prix des hébergements, "nous ne voyons pas de promos pour le moment mais nous suivons les prix de très près, assure Patrick De Paux, de Connections. "Il n'y a pas réellement de promotions pour les chambres qui vont rester cet été, à New York ou dans les parcs, confirme Olivier Vandenbroucke, mais, encore une fois, il y a des disponibilités." Qui ajoute : "Sans compter un dollar attractif pour ceux qui ont malgré tout l'intention de partir."
