Nouvelle tuile pour Boeing, sa production militaire à l'arrêt
Cela fait depuis le début du mois d'août que 3 200 travailleurs de Boeing sont en grève.

- Publié le 15-09-2025 à 12h48
- Mis à jour le 15-09-2025 à 13h10

Une nouvelle tuile dont Boeing se serait bien passé. Le constructeur aéronautique américain, déjà affaibli par des problèmes techniques et financiers depuis plusieurs années, doit désormais affronter une grève qui paralyse une partie de sa production militaire.
Depuis le début du mois d'août, 3 200 machinistes ont cessé le travail dans les usines de Saint-Louis, Saint-Charles (Missouri) et Mascoutah (Illinois). Vendredi, ils ont d'ailleurs rejeté pour la troisième fois la proposition de leur direction. La production de plusieurs appareils destinés à la défense américaine (F-15, F-18, Boeing – Saab T-7 Red Hawk et le drone MQ-25) est donc à l'arrêt net, selon les informations relayées par Presse-Citron.
Un problème de prime
Les salariés appartiennent au syndicat IAM District 837. Ceux-ci ont refusé un accord de cinq ans incluant une hausse moyenne de 45 % des salaires. Si l'augmentation est jugée à peine suffisante, le problème concerne surtout la prime de signature. Celle-ci serait trop faible par rapport à ce qui a été octroyé ailleurs dans le groupe. De plus, le syndicat pointe du doigt l'absence de mesures nouvelles pour les retraites. "Boeing a les ressources pour investir dans ses personnels, mais il continue à les flouer", déplore Jody Bennett, vice-président de l'organisation, relayé par Air Journal.
La direction affirme sa "déception" face à ce nouveau refus d'accord. Dan Gillian, patron de Boeing Air Dominance, assure que l'offre a été modifiée "sur la base des retours des employés et du syndicat".
En tout cas, les choses ne risquent pas de s'arranger étant donné que Boeing a annoncé qu'aucune nouvelle rencontre n'était prévue, laissant s'installer un blocage qui pourrait encore durer.
Une affaire nationale
Les grévistes savent qu'ils disposent d'un levier. Pourquoi ? Parce que sans eux, les chasseurs F-15 et F-18, l'avion de formation T-7 Red Hawk ou encore le drone ravitailleur MQ-25 restent cloués au sol. Autrement dit, une partie des ambitions militaires américaines dépend directement de la reprise du travail dans le Midwest des États-Unis.
Le président américain Donald Trump ne s'est pas encore exprimé sur le sujet, et ce malgré un appel du pied de Brian Bryant, le président du syndicat. Fin août, il avait encouragé Trump à intervenir car selon lui, ce blocage touche un intérêt national, ce qui pourrait justifier une implication présidentielle.
Série noire
À noter que ce n'est pas la première fois que Boeing se retrouve face à une contestation de cette ampleur. L'automne dernier, plus de 33 000 ouvriers avaient cessé le travail à Seattle, dans la plus longue grève depuis 2008 (du 13 septembre au 5 novembre, soit 52 jours). Le mouvement, qui avait coûté près de 10 milliards de dollars au groupe, s'était conclu par une augmentation de 38 % sur quatre ans, assortie de primes et d'un régime de retraite renforcé.
Le conflit social s'ajoute à une autre série de difficultés qui mine la réputation de Boeing depuis quelque temps. Depuis l'immobilisation du 737 Max en 2019, le constructeur multiplie les incidents et les retards. Ces derniers mois encore, un 767-400 a pris feu peu après son décollage de Los Angeles et un Dreamliner 787-8 d'Air India s'est écrasé en juin.
Le patron du groupe, Kelly Ortberg, semble en tout cas vouloir minimiser l'impact de la grève. Seules certaines lignes militaires seraient touchées et "la performance financière du groupe n'est pas menacée", assure-t-il à Air Journal. Mais la communication peine à convaincre du côté des analystes. En effet, aux yeux de certains observateurs, Boeing donne l'image d'une entreprise engluée dans ses crises et incapable de renouer la confiance, notamment des investisseurs.
