Les entrepreneuses bruxelloises entre colère et inquiétude : "Notre marché s'est écroulé"
L'absence de gouvernement à Bruxelles pèse sur l'activité de plusieurs professionnels. Les femmes entrepreneuses tirent la sonnette d'alarme.

- Publié le 03-10-2025 à 09h46
- Mis à jour le 03-10-2025 à 09h53

Cela fait 479 jours que les Bruxellois attendent leur nouveau gouvernement. Une éternité pour tous les habitants de la capitale, mais aussi pour tous ceux qui y travaillent. Certains entrepreneurs et entrepreneuses voient ainsi leurs activités lourdement impactées, faute de perspectives ou de subsides.
Du côté du Crédal, une association qui accompagne depuis 20 ans l'entrepreneuriat féminin à Bruxelles, on tire la sonnette d'alarme. Tout en restant positif. "Les femmes entreprennent souvent dans un contexte plus difficile, leurs entreprises sont souvent plus robustes, souligne Yasmine Tilquin du Crédal. La mutualisation et le soutien entre entrepreneuses sont essentiels pour traverser les crises".
"On a vraiment des difficultés à trouver des clients"
Car de crises, il en est bien question dans la capitale belge. "Notre marché s'est écroulé, remarque Daphné Vlérick, la cofondatrice de Pulsitive Impact, qui accompagne les entreprises à la mise en place de pratiques ESG (environnementales, sociales et de gouvernance). On a vraiment des difficultés à trouver des clients. Heureusement, nous sommes une petite structure et on n'a pas dû licencier, contrairement à certains de nos partenaires".
Si, jusqu'à fin 2024, tout fonctionnait bien pour Pulsitive Impact, un premier "retour en arrière" de l'Europe sur ces critères de durabilité a changé la donne. "L'absence de gouvernement à Bruxelles n'a fait qu'empirer les choses, regrette Daphné Vlérick. Certains subsides ou appels à projets sur lesquels comptaient les entreprises en matière de durabilité ont été mis à l'arrêt. On sent que ce n'est plus une priorité".
En fait, beaucoup attendent d'y voir plus clair en espérant la venue d'une nouvelle équipe en place à Bruxelles. "Mais on va devoir encore attendre combien de temps ? s'interroge l'entrepreneuse. Peut-être encore un an avant que de nouveaux textes soient votés ?" Un délai beaucoup trop long pour l'équipe de Daphné qui a décidé de réagir." On s'est remis en question, en essayant de comprendre exactement ce qu'attendent les entreprises à Bruxelles et je dois dire que, pour l'instant, on retrouve un peu des clients."
La jeune femme éprouve une "certaine colère" devant la paralysie bruxelloise. "On voit qu'au niveau associatif, de plus en plus d'ASBL sont en train de mourir à petit feu".
L'avenir est loin d'être rose, soutient également Senem Önal, l'ancienne patronne du Café Walvis dans le centre de Bruxelles. "Si l'on en croit le programme du MR, certaines structures d'accompagnement, dont les guichets d'économie locale, vont disparaître", craint celle qui est désormais administratrice à la fédération Horeca Bruxelles. "Cela serait une catastrophe pour les jeunes entrepreneurs et entrepreneuses".
"Les contraintes financières font qu'on voit de plus en plus d'établissements mono-produits apparaître"
Concernant l'Horeca dans la capitale, Senem Önal se refuse à dresser un tableau "trop pessimiste". "C'est une période un peu douloureuse parce qu'on a dû assimiler dans un délai très court et à cause du Covid, des changements qui devaient prendre a priori plus de 10 ans. Les contraintes financières font qu'on voit de plus en plus d'établissements mono-produits apparaître. Il y a moins de services à table, et plus de services au comptoir. Certains types d'établissements disparaissent et d'autres arrivent".
Quid de la cigarette en terrasse ?
Selon l'administratrice,, l'absence de gouvernement "n'offre pas un climat propice" à l'investissement et à l'entrepreneuriat. "Je crois que les entrepreneurs sont inquiets plus que fâchés. La colère, la surprise aussi, on l'a eue au début de ce cafouillage bruxellois. Maintenant, c'est l'inquiétude qui s'est installée. On aimerait bien que les choses bougent, mais il n'y a rien qui se passe et cela n'a pas l'air de se profiler dans un futur proche." Senem Önal regrette le blocage de dossiers, "parfois très concrets"." L'interdiction de fumer sur les terrasses, arrive bientôt, par exemple. Mais on ne sait pas du tout comme cela va se passer."
