Un géant européen pour défier Elon Musk dans l'espace? "Je suis sceptique sur ce projet"
L'Europe s'organise pour tenter de rivaliser avec l'incontournable Starlink dont l'avance semble stratosphérique.

- Publié le 23-10-2025 à 18h13
- Mis à jour le 23-10-2025 à 18h36

Il fait la pluie et le beau temps dans l'espace. Il y a une semaine, le milliardaire américain Elon Musk annonçait que son entreprise Starlink avait lancé son 10 000e satellite (dont 8 608 opérationnels) en orbite autour de la Terre. Même si la plupart de ces engins sont des minisatellites destinés à créer une constellation de télécommunication, la rapide percée de Starlink – le premier lancement a eu lieu en 2019 – n'en demeure pas moins gigantesque.
Plus de 62 % des 15 900 satellites (dont 13 026 actifs) actuellement dans l'espace appartiennent désormais à l'entreprise du patron de Tesla. Face à cette razzia US, l'Europe a décidé de s'organiser. Ce jeudi, trois acteurs incontournables du Vieux Continent, à savoir Airbus, Leonardo (Italie) et Thales (France, mais avec près de 1 200 emplois en Belgique) ont signé un protocole d'accord (MoU) en vue de créer un groupe de satellites européens. Nom du bébé ? Bromo, qui pourrait être opérationnel dès 2027.
La nouvelle société, qui sera placée sous le contrôle conjoint des trois groupes, sera détenue à 35 % par Airbus, 32,5 % par Leonardo et 32,5 % par Thales, "avec une gouvernance équilibrée entre ses actionnaires", précise un communiqué commun. Cette nouvelle entité serait basée à Toulouse, dans le sud-ouest de la France, où se trouve l'actuel siège d'Airbus. A priori, il n'y aurait pas de direction tournante, ni de postes spécifiques assignés à certains actionnaires ou certaines nationalités.
"On a vu par le passé que ce genre de fusion ne fonctionne pas, notamment à cause d'intérêts nationaux divergents."
Bromo a de l'ambition : la structure regroupera environ 25 000 personnes à travers l'Europe pour un chiffre d'affaires annuel autour de 6,5 milliards d'euros et un carnet de commandes "représentant plus de trois années de chiffre d'affaires". Mais le projet laisse "sceptiques" certains spécialistes, comme Stefan Barensky, rédacteur en chef d'Aerospatium. "On a vu par le passé que ce genre de fusion ne fonctionne pas, notamment à cause d'intérêts nationaux divergents, estime ce dernier. Cela va aussi mettre un terme à l'émulation entre ces différentes entreprises J'ai l'impression que c'est davantage une opération comptable : on met tous ces gens ensemble pour que cela coûte moins cher."
Des suppressions d'emplois ?
Plusieurs syndicats craignent ainsi que ce rapprochement entraîne des synergies et donc des suppressions d'emploi. Pour la CGT Métallurgie, la raison de cette fusion est "de créer un monopole permettant d'imposer ses prix et d'affaiblir le pouvoir des agences" spatiales française (Cnes) et européenne (ESA).
L'argent n'a pas d'odeur pour Elon Musk. Même s'il ne fera jamais de prix d'ami, le milliardaire américain est prêt à lancer les satellites de ses concurrents. Il n'a également aucun scrupule à embarquer dans ses fusées des concurrents à ses propres clients".
Pourtant, le marché est là. D'après le cabinet de conseil parisien Novaspace, plus de 43 000 satellites doivent être lancés au cours de la prochaine décennie, ce qui représente un marché de 665 milliards de dollars (570,23 milliards d'euros) pour les services de fabrication et de lancement. Précisons que la future entité européenne ne s'occupera pas de ce dernier aspect. Et là aussi, l'avance des États-Unis est stratosphérique.
Un lancement tous les trois jours pour Musk
Sur les 263 fusées qui ont quitté le sol l'an dernier pour atteindre l'orbite terrestre, 145 ont décollé des États-Unis, dont 134 rien que pour Space X d'Elon Musk. C'est loin devant la Chine (67), la Russie (17) et l'Europe (3). Un chiffre que tient à relativiser Stefan Barensky. "L'architecture même du business de Musk, des petits satellites en constellations, impose d'opérer un lancement tous les trois jours. On n'a pas besoin de cette cadence infernale en Europe."
Il n'en reste pas moins que, faute de solutions européennes, pas mal de fournisseurs de satellites du Vieux Continent passent par les fusées du milliardaire américain pour lancer leurs engins dans l'espace. "L'argent n'a pas d'odeur pour Elon Musk, souffle M. Barensky. Même s'il ne fera jamais de prix d'ami, le milliardaire américain est prêt à lancer les satellites de ses concurrents. Il n'a également aucun scrupule à embarquer dans ses fusées des concurrents de ses propres clients."
Notons que les planètes sont encore loin d'être alignées pour Bromo. Selon les analystes, le principal prochain obstacle à surmonter sera l'examen de la Commission européenne en matière de concurrence.
