Amazon procède à un licenciement massif : "Il y aura un rebondissement qui s'annonce peu réjouissant"
Le groupe Amazon va procéder à l'une des plus importantes vagues de licenciements dans ses bureaux, pour favoriser ses investissements en IA. Pour l'expert en digital Xavier Degraux, cela implique une autre étape à venir, qui s'annonce difficile.

- Publié le 28-10-2025 à 10h09
- Mis à jour le 28-10-2025 à 16h50

Une vague de licenciements massive s'apprête à déferler sur Amazon. Selon des révélations de plusieurs médias américains ce mardi, dont le Wall Street Journal et le New York Times, ainsi que l'agence de presse britannique Reuters, on parle de 30 000 postes supprimés prochainement.
Le groupe fondé par Jeff Bezos (qui en est toujours le président) nuance néanmoins et, dans une réaction à ces sorties, annonce plutôt une suppression de 14 000 postes, dans un premier temps.
Cette décision concrétise en tout cas la volonté de son directeur général, Andy Jassy, de réduire les coûts tout en réorientant les investissements vers l'intelligence artificielle (IA) et le cloud, désormais considérés comme des priorités stratégiques.
Les suppressions de postes, qui s'étaleront probablement sur plusieurs mois, viseraient principalement des fonctions dans le "service" plutôt que la logistique et les entrepôts, où l'automatisation a déjà remplacé une partie de la main-d'œuvre, mais où celle-ci représente encore environ 1,5 million de postes.
La hausse des coûts et les incertitudes liées à la guerre commerciale menée par Donald Trump poussent les entreprises à resserrer leurs dépenses.
Cette vague de licenciements du "tertiaire" (les services, etc.) représente donc entre 7 et 10 % des 350 000 employés de bureau d'Amazon dans le monde.
Cette restructuration serait la plus importante depuis les 27 000 suppressions de postes opérées en 2022-2023, après les embauches massives de la période Covid-19 qui avait artificiellement fait exploser les ventes en ligne (e-commerce), et donc les besoins en main-d'œuvre dans les entrepôts.
Une étape avant d'autres suppressions ?
"Les réductions que nous annonçons aujourd'hui s'inscrivent dans la continuité des efforts pour devenir plus fort encore, en réduisant davantage la bureaucratie, en supprimant des niveaux et en réaffectant des ressources", déclare Beth Galetti, vice-présidente en charge des ressources humaines et de la technologie, sur le site d'Amazon.
"De nombreux visages de l'IA, comme Sam Altman d'OpenAI, parlent ouvertement de bulle."
La compagnie a cependant laissé entendre que ces 14 000 postes n'étaient qu'une étape, en 2026, avant "de continuer à recruter dans des domaines stratégiques clés tout en identifiant d'autres occasions de supprimer des postes, accroître la responsabilité et améliorer l'efficacité", a-t-elle poursuivi. Ce qui pourrait, à terme, rapprocher les chiffres évoqués par Amazon de ceux avancés par les différents médias. Amazon doit par ailleurs publier ses résultats trimestriels ce vendredi.
Une alerte déjà lancée en juin
En juin dernier, Andy Jassy avait déjà prévenu que le développement de l'IA générative allait "dans les prochaines années […] réduire nos effectifs de bureau".
D'après le Wall Street Journal, la hausse des coûts, un marché du travail plus tendu et les incertitudes liées à la guerre commerciale menée par le président américain Donald Trump poussent de nombreuses entreprises à resserrer leurs dépenses sans compromettre leur croissance.
Le New York Times évoque également la possibilité qu'Amazon renonce à plus de 160 000 embauches d'ici à 2027, malgré une demande toujours croissante de livraisons.
Risques limités pour la Belgique ?
En Belgique, où Amazon déclare avoir 5,4 millions d'utilisateurs actifs mensuellement, les conséquences devraient être limitées. Les activités locales d'Amazon reposent principalement sur la logistique (à Anvers) ainsi que sur les services cloud via AWS (Amazon Web Services). Mais des emplois de bureau existent tout de même bel et bien, même s'ils sont beaucoup plus nombreux en Allemagne ou au Royaume-Uni.
Cette annonce de licenciements intervient en tout cas seulement quelques semaines après la mission économique princière belge durant laquelle Amazon avait promis un investissement d'un milliard d'euros chez nous. Un milliard visant à renforcer l'infrastructure, le service logistique et la rapidité de livraison de colis…
"Il faut s'attendre à de lourdes pertes d'emplois"
Trois questions à Xavier Degraux, consultant en marketing digital et observateur du secteur.
Doit-on craindre en Belgique des effets négatifs de cette annonce d'Amazon ?
C'est tout à fait possible, même si Amazon a annoncé, il y a trois semaines, un investissement d'un milliard d'euros en Belgique d'ici à fin 2027. Pour le moment, Amazon occupe environ 400 personnes en Belgique, essentiellement des 'cols blancs', à Bruxelles, à Hamme et à Anvers (où l'entreprise a installé sa seule station logistique belge), notre marché étant directement livré depuis la France, les Pays-Bas et l'Allemagne. Mais c'est précisément dans les fonctions de support ou stratégiques qu'Amazon veut sabrer pour le moment. Pas, ou pas encore, dans les entrepôts. Mais il y aura un rebondissement, car Amazon est à la pointe dans le domaine, donc ce que cela annonce – au niveau automatisation et IA – n'est pas hyperréjouissant pour le reste de l'économie au sens large.
Est-ce qu'il n'y a pas une bulle des investissements en IA ?
Cela fait débat depuis des mois. Les valorisations d'entreprises comme Nvidia (puces) ou OpenAI (ChatGPT) explosent. Le marketing de l'IA est aussi très impressionnant. Mais quelle est la taille de la bulle par rapport aux perspectives ? Comment et quand va-t-elle exploser ? Avec quels dégâts ? De nombreux visages de l'IA, comme Sam Altman d'OpenAI, parlent ouvertement de bulle. Sans doute parce qu'il pense pouvoir tirer profit de son explosion, en concentrant encore davantage les investissements. Mais rappelons que la toute grande majorité d'entreprises actives dans l'IA n'est pas rentable, ce sont d'énormes coûts pour le moment. Amazon, qui est lui hyperrentable, c'est autre chose. Il a fait le pari d'investissements dans l'IA et va encore déshumaniser ses centres logistiques, avec davantage de robots, pour réduire ses coûts de 30 à 40 % supplémentaires d'ici à 2030, selon eux. C'est énorme.
"Dans le même temps, Mark Zuckerberg (CEO de Meta, NdlR) débauche des cerveaux à des prix hallucinants."
Les IA vont également remplacer pas mal de personnes du côté des autres Gafam. On l'a vu avec Meta aussi. On voit bien que les cerveaux vont être de moins en moins nécessaires en volume, mais de plus en plus en qualité, car dans le même temps, Mark Zuckerberg (CEO de Meta, NdlR) débauche des cerveaux à des prix hallucinants.
D'autres domaines pourraient-ils être impactés ?
Oui. Dans les réseaux sociaux par exemple, des dizaines de milliers d'emplois dans la modération sont clairement menacés. Il y a en a jusqu'à 42 000 du côté de Meta. Mais ça coûte cher… L'idée est de les remplacer par des IA plus poussées, en ayant recours aux humains uniquement dans les cas les plus critiques. Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Il faut s'attendre à de lourdes pertes d'emplois à ce niveau-là également.
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