Interdiction de fumer en terrasse reportée : un "répit" pour l'Horeca, qui alerte sur un type d'établissements menacés
Matthieu Léonard affirme que cette norme est une épine de trop dans la chaussure d'un secteur sous tension, bien que l'argument de la santé publique soit également entendu par certains patrons de bars et cafés.

- Publié le 26-10-2026 à 17h08
- Mis à jour le 26-10-2026 à 17h38

L'interdiction de fumer ou vapoter en terrasse, qui devait entrer en vigueur à partir de janvier 2027, est reportée. La raison ? Le Conseil d'État a visiblement pointé des éléments à amender dans le texte de loi, forçant le gouvernement fédéral à revoir sa copie, comme le confirme le cabinet du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit). L'interdiction sera reportée de combien de temps ? On ne sait pas.
Mais le "répit" est accueilli favorablement par la fédération Horeca Bruxelles, qui dénonce l'accumulation des contraintes et la dégradation de sa situation économique.
"Ça souligne en tout cas un problème de préparation"
"Cette histoire de cigarette, c'est une épine supplémentaire dans notre pied. Et en ce moment, on n'arrête pas de boiter", résume Matthieu Léonard, président de la Fédération Horeca Bruxelles, même s'il dit avoir conscience de l'argument de la santé publique.
Prévue dans l'accord de coalition du gouvernement De Wever, la mesure s'inscrit dans la volonté d'étendre les espaces sans tabac, qui comprend également la suppression des fumoirs dans les établissements accessibles au public.
"Une semaine, un mois ou une année de gagné, on prend", poursuit Matthieu Léonard.
"Ça souligne en tout cas un problème de préparation en vue de déposer le projet de loi pour qu'il soit voté au Parlement", affirme-t-il, avant d'insister : "Si ce texte devait tomber dans les limbes, nous en serions ravis", bien que cela soit très peu probable.

Le flou pour les bars à chichas
Matthieu Léonard s'inquiète notamment du sort des bars à chicha, dont l'activité même pourrait être remise en question.
La Fédération avait précédemment négocié une possibilité de dérogation pour ces établissements, sous plusieurs conditions : interdiction d'accès aux mineurs, impossibilité de consommer des repas à l'intérieur et accès réservé à des membres inscrits préalablement. "En tout cas, ça permettait encore à ces exploitations de survivre", souligne Matthieu Léonard, qui ignore si cette exception figure toujours dans le projet de loi. Le ministre Vandenbroucke était néanmoins clair dans sa volonté de supprimer les clubs de cigares et bars à chichas. "Voir fumer incite à fumer", regrettait-il.
"On n'a pas besoin de nouvelles normes en ce moment"
"La majorité des établissements horeca rejettent encore cette mesure, partant du principe qu'on n'a pas besoin de nouvelles normes en ce moment", affirme-t-il, même si certains patrons de bars affirment que cette interdiction peut amener une autre clientèle.
"Imaginons que, demain, le gouvernement tombe : au moins, ce projet de loi tomberait avec. Nous nous en réjouirions, c'est sûr et certain ! Même si nous ne voulons pas que le gouvernement tombe, évidemment", lance-t-il encore.
Des marges sous pression
Pour Matthieu Léonard, la question de l'interdiction de fumer en terrasse ne peut pas être dissociée des difficultés économiques du secteur. "On est contraints par tellement de choses, avec des marges de quelques pourcents, que cette interdiction supplémentaire vient mettre encore du sable dans les rouages, c'est une épine supplémentaire alors qu'on boîte", lance-t-il.
"Toute la gastronomie souffre, sauf la gastronomie du fast-food", affirme-t-il.
À ces inquiétudes commerciales s'ajoute une pression croissante sur les coûts d'exploitation. Matthieu Léonard évoque notamment les hausses successives des tarifs pratiqués par les fournisseurs et les transporteurs, qui se répercutent jusque dans les cuisines des petits restaurants, sans oublier les tarifs de l'énergie.
"On est en train de restructurer toutes nos entreprises"
"Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on fait ? On engage de moins en moins. On est en train de restructurer toutes nos entreprises", alerte encore Matthieu Léonard, prenant exemple des nombreuses fermetures annoncées ces dernières semaines, dont dans les restaurants de haute gastronomie. "Et ce n'est pas parce que les gens font mal leur boulot, c'est parce qu'on ne peut plus les payer", insiste-t-il.

"En fait, on est en train de se faire laminer. Le ministre Vandenbroucke ne se concerte pas directement avec le secteur, il envoie ses collègues… On ne peut pas dire qu'il soit le meilleur ami de l'horeca en ce moment."
Un constat qui l'amène à s'interroger sur la capacité de la Région bruxelloise à atteindre ses objectifs de remise à l'emploi, alors que certains employeurs réduisent au contraire leurs effectifs.
"Le ministre de l'Économie Laurent Hublet a son plan Job All-in pour atteindre un taux d'emploi de 70 %, génial. Mais tout va à l'encontre de cet objectif"
"Le ministre de l'Économie Laurent Hublet a son plan All-in, pour remettre des dizaines de milliers de gens au travail d'ici 2030, pour atteindre un taux d'emploi de 70 %, génial. Mais toutes les décisions (ici, la décision d'interdiction reste du ressort du Fédéral, NdlR) vont à l'encontre de cet objectif. C'est inatteignable", poursuit-il. "Je salue plutôt le ministre fédéral de l'Économie, David Clarinval, qui a rappelé qu'il ne faut pas toucher aux aides aux entreprises (en évoquant le cas GSK, NdlR), je soutiens à 1000 %", termine-t-il.
Reste que le report annoncé ce lundi ne constitue pas un abandon du projet de loi. L'objectif de santé publique inscrit dans l'accord de gouvernement demeure, et une nouvelle échéance pourrait être fixée après la révision du texte.