Stage, formation, alternance : "Les jeunes ne savent pas quelle est la réalité du métier"
Le secteur de la construction peine à attirer les jeunes.

- Publié le 03-09-2020 à 08h00
- Mis à jour le 03-09-2020 à 08h40

Comment procéder si l'on souhaite devenir menuisier, maçon, installateur en chauffage ou encore peintre ? La réponse n'est pas simple. "Si vous voulez y répondre, vous allez vite perdre vos lecteurs….", avertit Laurent Schiltz, Secrétaire général de la Confédération Construction Bruxelles-Capitale et président de Construcity, une initiative qui vise à faire connaître l'ensemble des possibilités existantes dans le secteur de la construction (formations, métiers, débouchés…).
Une tentative quand même ? Les métiers de la construction s'apprennent dès le secondaire, de plein exercice (professionnel ou technique) ou en alternance (Cefa). Des formations existent aussi dans le supérieur : bacheliers en construction, en ingénierie civile, en ingénierie industrielle, etc.
Dès l'âge de 15 ans, il est possible de s'inscrire dans des programmes en alternance, (EFP à Bruxelles ou IFAPME en Wallonie, par exemple). Les demandeurs d'emploi peuvent s'adresser à Actiris dans la capitale, au Forem au sud du pays ou au VDAB au nord, qui proposent, avec leurs partenaires, de nombreuses formations. Différents centres de formation (comme Bruxelles Formation) et centres de compétences (deux sont dédiés à la construction en Wallonie : ConstruForm Hainaut et ConstruForm Liège) offrent également un éventail de formations courtes ou longues, qui s'adressent aux demandeurs d'emploi, aux travailleurs, aux entreprises pour du sur-mesure. À cela s'ajoutent encore notamment les cours de promotion sociale. "Il faudrait une réforme pour avoir moins d'organismes et plus de clarté", pointe Francis Carnoy, directeur général de la Confédération Construction wallonne.
"Le sujet est complexe. Il dépend des Régions et des communautés. Rien que pour la Région de Bruxelles-Capitale, nous avons six ministres de l'Enseignement… Nous avons aussi 25 lieux de formation pratique pour la construction. Pourquoi tant de dispersion ?", s'interroge Laurent Schiltz. "Ce serait magique d'avoir un seul lieu qui rassemble tous les acteurs avec des équipements de pointe", précise-t-il en évoquant le futur Pôle Formation Emploi (PFE), "un peu à l'image des centres de compétences en Wallonie. Construcity deviendra le PFE futur, destiné aux chercheurs d'emploi, aux entreprises, aux étudiants et enseignants. Des accords ont déjà été signés mais le projet est bloqué pour l'instant. De tels pôles ont déjà vu le jour dans d'autres secteurs, comme Technicity pour l'industrie technologique."

L'alternance pour se familiariser avec la réalité du terrain
Pour se former aux métiers de la construction, l'une des voies est celle de l'alternance. "Mais elle n'est pas assez valorisée chez nous, surtout pour les études secondaires", regrette Laurent Schiltz, secrétaire général de la Confédération Construction Bruxelles-Capitale. "Dans des pays comme l'Allemagne, c'est l'inverse qui se passe. Or l'alternance comme on la pratique à l'EFP (Bruxelles) ou l'IFAPME (Wallonie) est une voie qui permet de se familiariser avec le terrain. C'est essentiel dans la construction car la transmission des connaissances se réalise sur les chantiers. La pratique est fondamentale pour résoudre les problèmes", estime-t-il. "Le travail en entreprise permet également d'être au courant des dernières techniques. Nous croyons à l'alternance comme filière d'excellence", note pour sa part Francis Carnoy, directeur général de la Confédération Construction wallonne.
Des choix parfois remis en question
Laurent Schiltz plaide également pour plus de stages durant la formation en secondaires. "Un stage est obligatoire mais, bien souvent, les écoles ne sont pas équipées pour en trouver, ce qui fait que, dans la pratique, les élèves n'en font pas. Les jeunes ne savent donc pas quelle est la réalité du métier. Lors d'une journée que nous avions organisée en entreprise avec des couvreurs, un des jeunes s'est rendu compte qu'il n'était pas capable de monter sur un échafaudage. Tous ses cours pratiques se faisaient au niveau du sol. Ne pas pouvoir monter sur un toit est plutôt problématique pour un couvreur ! C'est pour familiariser les élèves aux différents métiers de la construction que nous avons mené un projet d'immersion en entreprise. Nous avons ouvert aux écoles les portes des entreprises pour leur donner des opportunités de stage, parfois même pour des durées plus longues que ce qui est en principe prévu. Lors de ces stages, certains jeunes ont compris que le métier qu'ils avaient choisi n'était pas fait pour eux. Mais ce ne fut pas le cas de la majorité d'entre eux. Pour beaucoup, au contraire, le stage a permis de développer une passion pour leur choix professionnel. Même si ces jeunes ont atterri dans le secondaire dans ces filières par des échecs successifs, il y a moyen de les remobiliser par des contacts sur le terrain", conclut-il.
Ces formations qui ont plus ou moins la cote
À Bruxelles. Même si le nombre d'inscriptions dans les filières construction a tendance à diminuer, certaines formations ne désemplissent pas. "Nous n'avons aucun mal à attirer des candidats pour des formations aux nouvelles technologies, comme le BIM. Par ailleurs, nous avons triplé les inscriptions pour les installateurs de chauffage", note Olivia P'tito, directrice générale de Bruxelles-Formation, qui forme, avec ses partenaires, quelque 600 demandeurs d'emploi et 300 travailleurs par an. "Par contre, nous peinons à attirer des stagiaires dans certains métiers comme celui de carreleur et celui de coffreur. Pour ce dernier, c'est sans doute parce que les gens ne savent pas en quoi il consiste."
En Wallonie. Si l'on regarde du côté de l'IFAPME, les formations les plus plébiscitées restent celles des installateurs de chauffage, des maçons et des couvreurs. Mais elles accueillent de moins en moins d'apprentis. En maçonnerie, par exemple, de 469 apprentis en 2011-2012, on est passé à 291 en 2019-2020. Les formations les moins fréquentées à l'IFAPME sont celles de carreleurs et plafonneurs. Enfin, certaines formations ne comptent carrément plus d'inscrits ! C'est le cas notamment des fabricants et installateurs de cuisines équipées et de meubles de salles de bains, des fabricants et installateurs de fermeture de baies ou encore des entrepreneurs en travaux de voiries.