Le prix moyen d'une maison à Rhode-Saint-Genèse atteint les 710 000 euros : "C'est la seule commune qui réunit les deux Régions"
Libre Immo | Le zoom. Victime de son succès, la commune flamande située entre Bruxelles et Waterloo offre fort peu de biens à vendre, mais à des prix records.
- Publié le 23-02-2023 à 11h34

Petite commune à facilités du Brabant flamand très prisée par les francophones, Rhode-Saint-Genèse s'étend sur 22,77 km². Prise d'assaut par les citadins en manque de verdure durant la crise sanitaire, elle a connu, comme certaines de ses voisines, un boom de popularité. "Beaucoup de Belges ont réfléchi à leur habitat pendant le Covid. Certains ont compris qu'un bout de jardin ou une vue sur des espaces verts étaient indispensables à leur équilibre. Située en périphérie proche de Bruxelles, à quelques kilomètres d'Uccle, Rhode-Saint-Genèse réunit ville et campagne, introduit le notaire Jean Martroye de Joly, dont l'étude est établie à Forest et ancien Rhodien pendant des années. L'immobilier, c'est l'offre et la demande. Cet intérêt renouvelé pour la qualité de vie de la commune a fait exploser les prix." "Plus de candidats ont été attirés par la commune, mais il n'y a malheureusement pas plus de biens qui se libèrent", renchérit Serge Merckx, géomètre-expert installé à Uccle et amené à intervenir dans toute la périphérie sud de la capitale.
Un prix moyen en forte hausse
Dans son récent baromètre de l'immobilier, la Fédération des notaires indique que le prix d'une maison rhodienne moyenne a fait un bond de 18 % entre 2021 et 2022. L'évolution sur un an se limitait à 6 % entre 2020 et 2021. Les appartements ont, quant à eux, vu leur valeur grimper de 8 % sur la même période après avoir plongé de 13 % entre 2020 et 2021. Résultat ? Une maison s'y monnaie en moyenne 710 000 euros, soit deux fois l'équivalent de la moyenne nationale et 100 000 euros de moins qu'à Uccle. À titre de comparaison, ce montant est d'environ 430 200 euros à Beersel et de 475 600 euros à Linkebeek, au nord-ouest de Rhode-Saint-Genèse.
"Bruxelles est devenue moins attractive pour diverses raisons, des prix au mètre carré à la circulation difficile. Nombre d'acheteurs avec un peu de capital lui préfèrent désormais la Flandre, ce qui explique l'engouement accru pour Rhode-Saint-Genèse, mais aussi pour ses communes voisines. Je ne mets même plus les biens situés entre 300 000 et 900 000 euros sur Immoweb. Huit fois sur dix, ils trouvent acquéreurs endéans les deux ou trois semaines", partage Bernard Van den Heuven, fondateur de l'agence immobilière rhodienne Immo Piai Mai, sise avenue de la Forêt de Soignes depuis dix-sept ans.
Le meilleur des deux mondes
Avec la capitale au nord de son territoire, la forêt de Soignes à l'est, ainsi que les communes brabançonnes de Waterloo et Braine-l'Alleud au sud, Rhode-Saint-Genèse présente l'avantage décisif de lier Brabant wallon et Brabant flamand. "C'est la seule commune qui réunit les deux Régions, rappelle Serge Merckx. Sur le plan de la mobilité, elle se situe sur un côté du Ring où l'on parvient encore à circuler. Quelques lignes de bus la traversent, dont les 136 et 137 qui relient Bruxelles, et sa gare est de plus en plus desservie. Le RER viendra peut-être un jour compléter cette offre." "La proximité avec Uccle est son plus grand avantage", acquiesce le fondateur d'Immo Piai Mai. Et le notaire Martroye de Joly de poursuivre : "Grâce à l'explosion du télétravail, on se pose moins la question du trafic, même si certains axes traversants comme la chaussée de Waterloo restent à éviter le matin. Certains acceptent de prendre leur mal en patience deux ou trois jours par semaine pour bénéficier d'un environnement plus agréable."
Au niveau des quartiers rhodiens, sans surprise, plus on s'approche de Bruxelles, plus les prix montent en flèche. "Il n'y a presque plus de terrain disponible, constate Serge Merckx. On trouve, selon moi, cinq grands quartiers, chacun avec son atmosphère propre : la Petite-Espinette, la zone proche du magazine Roche Bobois d'Uccle, qui abrite les plus belles villas ; puis l'Espinette-Centrale, à l'orée de la forêt de Soignes ; la Grande-Espinette ; le village de Rhode, plutôt composé de plus petites maisons et de commerces ; et, enfin, la zone proche du Golf de Sept Fontaines, avec des parcelles souvent très importantes." Selon les quartiers, le terrain peut atteindre 250 à 600 euros/m².
Rares sont les appartements
Sur le plan du bâti, on trouve dans la commune un échantillon de biens assez large : des vastes domaines à plusieurs millions d'euros, des villas à trois ou quatre façades ou des petites habitations anciennement ouvrières restaurées, plus proches du centre. "Le patrimoine de la commune est assez ancien, appuie Serge Merckx. La question de l'impact des nouvelles mesures énergétiques d'application au 1er janvier sur l'attractivité des maisons à rénover va clairement se poser. Le PEB va avoir un impact sur l'acte d'achat, là ou avant ce n'était qu'une formalité. La crise énergétique appelle à la prudence et de nombreuses demeures datant des années 1930, 1950, 1960 ou 1970 ne sont plus du tout aux normes ou n'ont pas assez documenté leurs travaux." Et Bernard Van den Heuven d'observer : "Certaines villas pourraient, comme à Waterloo, être transformées en trois ou quatre appartements, ce qui permettrait de lisser la facture de rénovation et augmenterait le nombre de logements. Mais ce n'est pas une piste favorisée par la commune pour le moment."
Aujourd'hui, les immeubles à appartements sont très peu nombreux à Rhode. À tel point que le propriétaire d'Immo Piai Mai explique qu'il "renvoie très souvent les candidats intéressés par des appartements vers d'autres communes." "Ce n'est clairement pas un marché de grandes promotions. Quelques petites copropriétés se créent, mais cela reste très limité", abonde le notaire Matroye de Joly. Et Bernard Van den Heuven de conclure : "Avec son emplacement privilégié, sa belle nature, son savant mélange de commerces de proximité et de plus grandes enseignes, ainsi que sa vie sociale et locale développée, la commune offre une qualité de vie difficile à trouver ailleurs. Son côté village à deux pas de la ville, sa première qualité, lui assure beaucoup de cachet. On y a, en somme, les avantages de Bruxelles, sans les inconvénients."
Novarode, de friche à vallée verdoyante
Autrefois occupé par l'usine de papier Nova Rode puis laissé à l'abandon durant plusieurs décennies, le site Novarode repris par le promoteur flamand Immpact (qui aurait, depuis, revendu le projet à un autre développeur) devrait accueillir 350 nouveaux logements sur 14 ha, à proximité du centre de la commune. Toujours en chantier, même si une poignée d'appartements dans deux bâtiments ont été livrés, le projet, atypique dans cette zone, compte mêler de petits immeubles avec quelques dizaines de maisons pour offrir une mixité d'habitat, tout en accordant une large place aux espaces verts jouxtant le cours d'eau Molenbeek. Parc et étang accessibles aux riverains ont été prévus dans les plans. "J'ai déjà vendu un appartement de 75 m² avec un parking et une cave à 315 000 euros l'an passé. C'est un projet qui a l'air de rencontrer son public", soutient Bernard Van den Heuven. La cible est notamment celle de seniors à haut pouvoir d'achat quittant leur villa, mais souhaitant rester dans les environs. Face à la pénurie accrue de logements sur son sol, la commune soutient activement le projet et réfléchit à d'autres zones à redévelopper.
