Le bitcoin bat un record, et un pays possède l'équivalent d'un quart de son PIB en crypto
Longtemps marginalisée, la cryptomonnaie entre désormais dans les coffres-forts des puissances mondiales.

- Publié le 14-07-2025 à 18h49
- Mis à jour le 17-07-2025 à 09h49

Un nouveau palier symbolique a été passé dans le vaste monde des cryptomonnaies. Ce lundi matin, le bitcoin, la crypto la plus populaire au monde a franchi la barre des 121 000 dollars. Ce sont les grands investisseurs, comme BlackRock, qui reviennent en force, dopés par l'espoir d'une baisse des taux américains. Mais surtout, le signal est venu des États, qui contribuent aussi à l'emballement spéculatif. Le dernier en date : les États-Unis, autrefois frileux, commencent à encadrer les cryptos à travers une série de lois actuellement débattues au Congrès.
Pendant longtemps, les États se sont tenus à distance de cette monnaie numérique, jugée trop instable ou trop opaque. Aujourd'hui, certains en achètent, d'autres en minent (en produisent), d'autres encore les récupèrent via des saisies judiciaires dans des dossiers criminels. Peu à peu, la crypto devient une affaire d'État. Le Kazakhstan, par exemple, vient justement de dévoiler son projet de création d'une réserve nationale. Quels autres pays en détiennent et pour combien ? Tour d'horizon.
"Fort Knox numérique"
C'est sans doute le pays qui possède le plus gros pactole crypto au monde. Officiellement, les États-Unis détiennent environ 207 000 bitcoins, soit plus de 25 milliards de dollars au cours actuel. Ces avoirs proviennent de saisies judiciaires parfois connues, comme la saisie des bitcoins de Ross Ulbricht, le "baron de la drogue" du dark web, récemment gracié par Donald Trump. De l'argent sale confisqué par la justice donc.
En mars 2025, le président Donald Trump a d'ailleurs signé un décret créant une réserve stratégique de bitcoins, surnommée par certains le "Fort Knox numérique". Selon Reuters, ces actifs récupérés ne seront plus revendus mais conservés comme une réserve de valeur à long terme. C'est la première fois qu'un grand pays reconnaît publiquement que le bitcoin peut servir d'actif stratégique.
La Chine, pourtant très stricte vis-à-vis du commerce et du "minage" privée de cryptomonnaies, n'est pas en reste. En 2019, les autorités chinoises avaient saisi près de 195 000 bitcoins et plus de 800 000 ethereum lors du démantèlement du réseau frauduleux PlusToken. Officiellement, ces fonds ont été transférés au Trésor public. Depuis ? Silence radio. Mais selon plusieurs analyses, ces bitcoins n'ont jamais été vendus et le gouvernement les garderait comme réserve de guerre monétaire.
Un quart du PIB
Le Royaume-Uni, lui, détient environ 61 000 bitcoins issus d'une affaire de blanchiment d'argent d'origine chinoise. S'ils sont pour l'instant bloqués par la justice, des discussions sont en cours pour les conserver à long terme, à la manière du Salvador.
Ce dernier pays est d'ailleurs en quelque sorte l'enfant terrible du monde financier. En 2021, il est devenu le premier pays à avoir adopté le bitcoin comme monnaie légale. Il accumule depuis des années une réserve nationale – environ 6 200 bitcoins aujourd'hui, selon une adresse publique dévoilée par le président Nayib Bukele lui-même. Le président, grand fan de crypto, en a même fait un outil de communication politique. Chaque jour ou presque, le pays achète un bitcoin. Aujourd'hui, El Salvador détient environ 6 236 bitcoins, selon le site bitcoin Treasuries, soit environ 760 millions de dollars.
Beaucoup plus discret, le Bhoutan mine du bitcoin depuis 2019. Le fonds souverain du pays, Druk Holding, a réussi à accumuler environ 13 000 bitcoins, soit près de 800 millions de dollars, selon une enquête de Forbes. Cela représente un peu plus d'un quart du PIB national. Le pays, qui reste largement rural, voit dans cette réserve une manière de financer ses infrastructures sans dépendre de l'aide étrangère.
Même logique en Iran, où les sanctions internationales ont poussé le gouvernement à autoriser le minage industriel. Sauf que ceux qui minent des bitcoins sont obligés de les revendre à l'État. Celui-ci utilise ensuite ces bitcoins pour payer ses achats à l'étranger, en évitant les réseaux bancaires traditionnels comme SWIFT, qui sont bloqués à cause des sanctions. Aucun chiffre officiel ne circule, mais l'Iran produirait entre 4 et 7 % de l'ensemble des bitcoins minés dans le monde.
Quid de l'Europe ? Et la Belgique ?
Et en Europe ? Le vent tourne, mais lentement. La République tchèque a proposé en janvier dernier d'investir jusqu'à 5 % de ses réserves nationales en bitcoins. La Slovaquie, elle, autorise déjà les paiements d'impôts en crypto. En Allemagne, l'État avait saisi environ 50 000 bitcoins, récemment revendus pour financer des projets publics.
En Belgique, la Banque nationale de Belgique (BNB) suit l'évolution des cryptomonnaies de près, tout en restant prudente. "Nous travaillons activement sur les questions liées à l'euro numérique et à la régulation des actifs numériques", expliquait en janvier dernier Florian Christiaens, analyste à la BNB, ajoutant que "nous n'envisageons pour l'instant aucune réserve de cryptomonnaies". La priorité semblerait d'investir sur le projet d'euro numérique, porté par la BCE, auquel la Belgique participe activement.
Financer le nucléaire
D'autres pays possèdent des cryptos sans l'avoir vraiment voulu, ou pas de façon orthodoxe. La Finlande détient encore une petite centaine de bitcoins, résidus de saisies douanières. La Géorgie en conserve environ 66 bitcoins grâce au minage, et le Venezuela accumule quelques centaines de bitcoins issus de confiscations et de minage illégal.
Mais le cas le plus atypique reste sans doute celui de la Corée du Nord. Selon l'ONU, le régime aurait volé plus de 3 milliards de dollars en cryptos ces dernières années via ses groupes de hackers (notamment Lazarus). Une partie de ces actifs, difficile à tracer, serait conservée dans des portefeuilles pour financer le programme nucléaire.
