Les taux montent, la panique s'installe
Les taux d'intérêt remontent, et les marchés boursiers chutent. C'est la revue boursière de la semaine.
- Publié le 17-06-2022 à 19h02
- Mis à jour le 19-06-2022 à 13h43

La mécanique boursière est classique. Les valorisations s'ajustent selon le principe de l'offre et de la demande, avec quelques autres variables : la santé des entreprises cotées, bien sûr, l'abondance ou pas de liquidités selon la période de l'année, et surtout, le niveau des taux d'intérêt produits par les placements les moins risqués. Ces taux qui étaient à zéro ou même sous la ligne de flottaison, ce qui a favorisé les actifs risqués. Les actions, les produits dérivés, les cryptoactifs et même des sociétés vides d'actifs productifs, mais bourrées de liquidités, les SPAC (pour Special Purpose Acquisition Company). Les investisseurs ont basculé une grande partie de leurs patrimoines vers des actifs risqués, au détriment des obligations, sauf s'ils étaient obligés d'en détenir. C'est le cas des fonds mixtes et des portefeuilles des fonds de pension, notamment.
Retournement
Depuis le début de la pandémie, le niveau des taux d'intérêt a été dicté par la politique musclée des grandes banques centrales de par le monde. Une politique qui a permis de maintenir sous perfusion des économies mises en arrêt partiel pour cause de confinements. On s'y était même habitué. Mais voilà qu'est arrivée l'inflation, liée à des facteurs exogènes : panne d'approvisionnement en produits électroniques, guerre en Ukraine et explosion des prix de l'énergie. Jugée au départ temporaire, cette inflation est plus insistante que prévu. Et pour freiner l'inflation, la formule de base des banques centrale, c'est "remonter les taux". Et on parle désormais à la fois des taux d'intérêt à court terme qu'à long terme. La Réserve fédérale américaine (Fed) a amorcé la pompe, suivie avec retard par la Banque centrale européenne, ce qui a provoqué les premiers ajustements en Bourse et sur les marchés obligataires. Et actuellement, les marchés sont entrés dans une phase d'ajustements désordonnés : on vend par paquet, sans plus se soucier de la qualité des actifs. Les plus exposés ont déjà vu leur surévaluation sérieusement rabotée par le marché : les technologiques, les cryptoactifs, et les SPAC. La correction dure depuis le mois de novembre dernier, et évolue par phases.
Le Krach du Nasdaq
Aux États-Unis, le Nasdaq où avaient brillé les technologiques durant la pandémie est évidemment le plus attaqué, qui a reculé de 35 % depuis son sommet de la mi-novembre. On peut parler d'un Krach, alors que les autres parties du marché américain représentées par l'indice S&P 500 notamment, on ne parle toujours que d'un marché baissier, en recul de 25 % depuis son sommet. Pour les cryptoactifs, la crise en cours rappelle un autre élément fondamental dans la formation des prix : la valeur des actifs. Une entreprise qui coule peut valoir le prix de ses murs, de ses machines. Mais une cryptomonnaie… Et la hausse des taux ne fait que commencer, au bonheur des investisseurs à la recherche d'alternatives plus sûres.

La machine tourne toujours
La hausse un peu brutale des taux directeurs de la Fed, vise à freiner l'inflation au travers d'un resserrement du crédit bancaire qui va ralentir l'économie. Au risque de provoquer une courte récession. En l'espèce, la Fed qui doit veiller à la fois à santé du marché de l'emploi et au maintien des prix, occupe pour l'heure une situation inconfortable.
Mais ralentir ne veut par dire s'arrêter. Et on l'a vu ces jours-ci, les entreprises saines continuent de vivre. Le distributeur d'énergie belge Elia, par exemple, qui est en cours d'augmentation de capital (jusqu'à jeudi prochain), en vue de lever 590 millions d'euros pour adapter son infrastructure aux défis de l'énergie renouvelable. Les actionnaires intéressés disposent d'un droit de préférence (2 actions nouvelles pour 29 détenues) à 124,50 euros par action nouvelle.
En Allemagne, à la faveur des cours déprimés de l'action Deutsche Telekom, le groupe KKR à la tête d'un consortium d'investisseurs, serait prêt à mettre sur la table 20 milliards d'euros pour disposer d'une majorité de contrôle sur le groupe. Le groupe BNP Paribas (voir par ailleurs), semble lui, disposé à aligner 10 milliards d'euros pour mettre la main sur le groupe néerlandais ABN Amro. La baisse des cours peut créer l'appétit pour le risque.