Et si l'IA était la nouvelle bulle internet ? "Quelqu'un va se brûler", selon le créateur de ChatGPT
Sam Altman, le patron d'OpenAI, compare la fièvre actuelle autour de l'intelligence artificielle à la bulle internet des années 1990. Une bulle qui montrerait déjà des signes d'explosion.

- Publié le 19-08-2025 à 11h17

Sam Altman n'a pas pour habitude d'arrondir les angles. Lors d'un dîner avec des journalistes à San Francisco, rapporté par The Verge et relayé par BusinessAM, le CEO d'OpenAI a été interrogé sur la frénésie actuelle autour de l'intelligence artificielle. Sa réponse ? "Oui". Oui, les investisseurs surestiment l'IA. Oui, la frénésie actuelle rappelle la bulle internet. Oui, les valorisations atteignent des niveaux irrationnels.
Pour étayer son point, l'entrepreneur fait un parallèle avec la fin des années 1990. À cette époque, l'internet était bien une technologie qui était amenée bouleverser le monde. Sauf que l'excitation démesurée avait fini par tout emporter. "Les gens intelligents s'emballent pour un noyau de vérité", résume Sam Altman. Et aujourd'hui, ce noyau, c'est l'intelligence artificielle.
Première fissure visible
En plus de ce constat, le CEO d'OpenAI n'hésite pas à tacler certaines jeunes pousses qui ne dépassent guère le stade du PowerPoint mais affichent déjà des valorisations faramineuses. "Quelqu'un va se brûler", prévient-il.
Le paradoxe est que l'homme qui tire la sonnette d'alarme annonce, dans le même souffle, que son entreprise s'apprête à dépenser des trillions de dollars dans de nouvelles infrastructures. Les centres de données sont saturés, au point qu'OpenAI doit "faire des choix horribles" entre les projets. "Nous avons de meilleurs modèles, mais nous ne pouvons pas les offrir faute de capacité", admet-il.
Cette contradiction, entre prudence affichée d'un côté et expansion massive de l'autre, reflète bien l'état du marché actuellement. Car les premiers signes de surchauffe apparaissent déjà. La chute brutale de CoreWeave, start-up qui fournit de la puissance de calcul pour les modèles d'IA, qui a perdu 24 milliards de dollars de valeur en deux jours, a fait office de signal d'alerte. Pour Erik Gordon, professeur à l'Université du Michigan, c'est "la première fissure". Mais d'autres économistes sont encore plus tranchés. Pour l'économiste Torsten Sløk, les actions IA sont plus surévaluées encore que celles de la bulle internet. Ray Dalio, fondateur de Bridgewater, voit dans la combinaison taux élevés et valorisations déraisonnables une bombe à retardement.
Dans l'économie réelle
Reste que la comparaison avec 1999 ne suffit pas, selon les analystes. Pourquoi ? Parce que l'IA s'enracine déjà dans l'économie réelle. Les investissements qui se comptent en milliards de dollars en puces et en centres de données alimentent la croissance mondiale. Même si la bulle devait éclater, les infrastructures demeureraient, à l'image des fibres optiques posées il y a vingt ans qui servent encore aujourd'hui.
Devenir troisième site mondial
Reste que chez OpenAI, l'élan ne faiblit pas. Si Sam Altman reconnaît un lancement raté de GPT-5 avec un clair "nous avons complètement foiré", le revers a vite été compensé par l'engouement. Le trafic a doublé en 48 heures, la demande en processeurs a explosé et la plateforme a battu de nouveaux records d'utilisateurs. "Très bientôt, des milliards de personnes utiliseront notre outil chaque jour. Nous sommes déjà le cinquième site mondial, en route pour le troisième", estime le CEO. Dépasser Google, reconnaît-il, sera par contre "vraiment difficile".
Et déjà, il évoque la suite. OpenAI explore les interfaces cerveau-ordinateur, domaine où Elon Musk a pris une longueur d'avance avec Neuralink. L'objectif ? Aller au-delà du clavier et de l'écran. "J'aimerais pouvoir penser à quelque chose et que l'IA me réponde", dit-il.
Quant à son propre avenir, le dirigeant se montre plus circonspect. Il ne se voit pas en patron de société cotée. "Pouvez-vous m'imaginer en conférence de résultats ?", ironise-t-il, avant d'ajouter, mi-sérieux. "Dans trois ans, peut-être qu'une IA sera CEO."
