50 000 victimes du time-sharing aux Canaries

Malgré une réputation peu flatteuse qui précède le système de time-sharing (lire ci-contre), des touristes se font encore berner par des bandits de grands chemins. Près de 50.000 personnes dont des Belges, des Anglais, des Allemands, des Italiens, des Suédois et des Danois ont été les victimes d'une vaste escroquerie immobilière d'environ 100 millions d'euros

Ph. Law.

Malgré une réputation peu flatteuse qui précède le système de time-sharing (lire ci-contre), des touristes se font encore berner par des bandits de grands chemins. Près de 50.000 personnes dont des Belges, des Anglais, des Allemands, des Italiens, des Suédois et des Danois ont été les victimes d'une vaste escroquerie immobilière d'environ 100 millions d'euros. Elles ont acheté des appartements qui n'existent pas en multipropriété dans le sud de l'île de Tenerife.

Des auteurs de la grosse arnaque viennent d'être arrêtés par la police espagnole dans ce coin idyllique de l'archipel des Canaries dans le cadre de la deuxième phase d'une vaste opération policière à l'échelle internationale. Il s'agit de cinq personnes: Denis Oswald Johnson et Lisa Johnson, deux Britanniques; l'Argentine Leila Hachemi; le Libanais Abdalla Ali Fahrat et un Espagnol du nom de Benigno Montesdeoca de la Cruz.

L'opération policière a démarré en novembre 2001 suite à l'interpellation, à Tenerife, de dix-sept personnes menées par le Libanais Mohamed Jamil Derbah. D'après la police espagnole, ce dernier, résident à Santa Cruz de Tenerife depuis des années, était, jusqu'en 1999, l'homme de confiance d'un bandit britannique, John Palmer.

DES FAILLES DANS LA LÉGISLATION

Mais Mohamed Jamil Derbah s'est installé à son propre compte après l'arrestation aux Canaries de John Palmer en mars 1999 et son extradition vers le Royaume-Uni en juin de la même année.

Les activités de Derbah ont connu une ascension fulgurante, d'autant plus que son organisation est devenue la plus importante à Tenerife avec des tentacules à Madrid, sur la Costa del Sol, en France, au Portugal et dans différents pays asiatiques. C'est son organisation qui aurait vendu les appartements fictifs en multipropriété à de malheureux touristes dont les 50 000 victimes européennes. `Ce n'est pas courant d'avoir une escroquerie au time-sharing visant un tel grand nombre de personnes. Dans ce cas-ci, on voit que c'est le fait d'escrocs qui ont utilisé le time-sharing comme ils auraient pu utiliser autre chose´,

explique Jean-Philippe Ducart, porte-parole de Test-Achats.

`Malgré la législation, il y a encore des failles dans le système et dans cette affaire d'escroquerie, il y a des sociétés qui figurent dans notre liste noire - dont Millenium Dream Card - et qui sont impliquées. Ce sont souvent des structures construites en réseaux avec des sociétés écrans et qui forment une nébuleuse difficile à cerner´, résume-t-il.

Dans le cas de cette `affaire Jamil Derbah´, le groupe disposait de sa propre compagnie aérienne et était également l'un des principaux actionnaires d'une chaîne de télévision française. Preuve du succès du groupe de Derbah: les membres disposaient à titre individuel de nombreuses propriétés immobilières et voitures de luxe. Des soupçons de blanchiment d'argent et d'extorsion de fonds auprès de pubs et de discothèques en échange de protection pèsent également sur le groupe Derbah.

Si les touristes se laissent embobiner par les promesses flatteuses des escrocs du time-sharing, c'est parce que, emportés par l'euphorie des vacances, ils se précipitent pour signer des contrats sans prendre la peine de bien vérifier les termes précis des engagements. Cependant, il y a des touristes qui ne tarissent pas d'éloge sur leur contrat de time-sharing. C'est le cas de Béatrice Venet. `Je peux dire que je l'ai échappé belle. Je suis titulaire d'un droit de time-sharing depuis 1987 en Espagne et j'en suis très contente. Le premier était une chambre d'hôtel à Palma de Majorque avec notamment un certificat de notaire, mais la société à laquelle je me suis adressée a fait faillite deux ans après. Aujourd'hui je fonctionne avec un système à points octroyés chaque année par une société qui dispose d'un certain nombre d'appartements à divers endroits en Espagne où on peut séjourner. Mais on n'a pas de semaine fixe´, témoigne-t-elle.

© La Libre Belgique 2002


Exiger un séjour à l'essai Considéré comme un droit d'usage, en principe de longue durée et à temps partiel, le time-sharing n'est pas en soi une formule dangereuse. Il permet à ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir un bien immobilier notamment dans un endroit de vacances, de préférence sous le soleil. Le consommateur n'achète pas son logement seul. Il en partage l'utilisation avec d'autres. `Lorsqu'on a un contrat devant les yeux, il faut se donner un délai de réflexion. Si les gens veulent se lancer dans la formule, il faut être attentif aux frais qui sont facturés par ailleurs et qui ne figurent pas dans le contrat. Si les gens veulent se lancer dans la procédure, il faut demander à la société de time-sharing un séjour à l'essai dans l'appartement proposé au tarif réduit pour voir si la formule convient leurs attentes´, conseille Jean-Philippe Ducart, porte-parole de Test-Achats, rappelant le site créé par des associations pour recueillir les plaintes. D'ailleurs dans le souci de protéger le consommateur, la directive européenne de 1994 sur le sujet impose, entre autres, une meilleure information du client et un délai de réflexion de 10 jours au profit de l'acheteur. Le contrat peut en outre être résilié durant le délai de réflexion. La loi belge est plus stricte. Elle porte non seulement le délai de réflexion à 15 jours, mais elle instaure un système de reconnaissance des vendeurs de time-sharing et proscrit le paiement d'un acompte avant l'expiration du délai de réflexion.