Allemagne: comment expliquer que l'extrême droite soit au plus haut dans les sondages?
Inflation, immigration, crise climatique et énergétique… Le parti d'extrême droite AfD surfe sur la vague du mécontentement.
- Publié le 05-06-2023 à 15h56
- Mis à jour le 05-06-2023 à 17h06

Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) ne cache pas sa joie. Créée il y a tout juste dix ans, cette formation a créé la surprise ce week-end en se positionnant en deuxième position, ex æquo avec les sociaux-démocrates (SPD) du chancelier Olaf Scholz, dans le dernier baromètre ARD/DeutschlandTrend publié le 2 juin, avec 18 % des intentions de vote. Selon un autre sondage, publié dimanche 4 juin par le tabloïd Bild am Sonntag, l'AfD pourrait même dépasser le SPD. Jamais, même au moment de la crise dite des réfugiés en 2015-2016, ce parti n'avait autant marqué de points auprès des Allemands.
Steffen Kubitzki, député régional du Brandebourg, n'est pas surpris par ces résultats. "Nous avertissons depuis des années des conséquences de la politique d'asile du gouvernement. Ce que nous prédisions arrive, nous explique-t-il par téléphone. Le problème, ce ne sont pas les réfugiés ukrainiens mais cette immigration de masse venue de Syrie et d'Afghanistan", lance-t-il. L'autre raison du succès de son parti s'explique, selon lui, par "la politique énergétique complètement ratée" du gouvernement d'Olaf Scholz, entre l'abandon du nucléaire et le chaos de la loi sur le chauffage des particuliers qui fait la une des médias depuis des semaines.
Le vice-chancelier écologiste Robert Habeck souhaite en effet interdire toute nouvelle installation de chaudière au gaz et au mazout dès janvier prochain. Ce texte crée l'opposition non seulement d'une majorité des Allemands mais aussi des libéraux, pourtant membres du gouvernement aux côtés des écologistes et du SPD.
Les temps de crise, tout bénéfice pour les populistes de droite
Le succès actuel de l'AfD ne surprend pas non plus Alexander Häusler, de l'École des hautes études de Düsseldorf. "Les populistes de droite occupent toujours le terrain en temps de crise, constate-t-il. Or nous vivons des crises multiples entre la pandémie, la guerre en Ukraine, les crises énergétiques et climatiques et l'inflation. L'AfD n'a pas besoin de proposer quoi que ce soit pour récolter les fruits de la situation", note-t-il en pointant aussi les manquements du gouvernement d'Olaf Scholz dont "l'image est mauvaise". "En temps de crise, des réformes doivent être entreprises, mais il faut les expliquer. Or les partis de la coalition ne cessent de se disputer. Et la loi sur le chauffage ajoute de l'eau au moulin de l'AfD" estime ce politologue.
Quant à l'opposition chrétienne-démocrate, si elle caracole dans les sondages, avec 29 % d'intention de vote, elle ne parvient pas à réduire l'influence de l'extrême droite face à la désaffection croissante des Allemands envers le gouvernement. "Les chrétiens-démocrates soufflent sur les braises car ils reprennent des thèmes populistes comme l'immigration et les questions de genre. Cela a pour effet de normaliser les positions de l'AfD sur ces sujets", constate Alexander Häusler.
La performance de l'AfD dans ces récents sondages a soulevé une onde de choc au sein des partis politiques classiques qui s'en rejettent depuis la responsabilité. Le chancelier Olaf Scholz a tenté de relativiser en décrivant l'AfD comme un parti "de la mauvaise humeur", se montrant confiant que l'eau aura coulé sous les ponts d'ici les législatives de 2025. Tous regardent néanmoins avec angoisse les élections régionales à venir, en 2024, dans les bastions est-allemands de l'AfD. C'est le cas du Brandebourg où l'élu Steffen Kubitzki se dit "très optimiste". Il reconnaît toutefois que "beaucoup de choses peuvent changer en un an" et il appelle son parti à davantage proposer de solutions "positives" au lieu de "râler uniquement".