L'Église allemande fait le bilan de ses réformes internes : "Prenez cela au sérieux car la maison brûle"
Les catholiques allemands ont lancé en 2020 un vaste programme de réformes. Six ans plus tard, ils tirent un bilan mitigé de leur application sur le terrain.
- Publié le 31-01-2026 à 07h15

Il y a six ans, les représentants de l'Église catholique en Allemagne, et la principale organisation de laïcs (ZdK, Comité des catholiques allemands) lançaient, ensemble, et pour la première fois, un vaste processus de réformes internes. Durant trois ans, 230 personnalités, évêques, représentants d'organisations catholiques, théologiens, se sont réunies pour plancher sur des thèmes aussi polémiques que la place des femmes, la morale sexuelle, le célibat des prêtres ou encore le partage du pouvoir. Un processus connu sous le nom de chemin synodal.
"Le but de ce chemin synodal était de répondre à une crise, celles des violences sexuelles et de leur dissimulation, qui a entraîné une grande perte de confiance envers l'Église", rappelait ce jeudi, Georg Bätzing, l'actuel président de la Conférence épiscopale. "Je suis reconnaissant, qu'avec les laïcs, nous ayons pu trouver une voie vers le changement. Il s'agit ni plus ni moins de réaliser un changement culturel radical", ajoute-t-il.
Y sont-ils parvenus ? C'est pour tenter de répondre à cette question que les participants à ce chemin synodal se sont retrouvés à nouveau cette semaine, pendant trois jours à Stuttgart.
Des réticences persistantes
Durant ces trois années de travail, 15 textes ont été approuvés à la majorité des deux tiers des évêques et des laïcs. Parmi ceux-ci, l'approbation des bénédictions de couples divorcés et remariés et de même sexe, avant que le Vatican n'approuve l'ouverture de la bénédiction aux couples homosexuels quelques mois plus tard. L'assemblée approuva aussi l'idée de plaider auprès du pape pour le diaconat des femmes et pour un assouplissement des règles de célibat des prêtres. Il fut aussi décidé de davantage reconnaître les diversités sexuelles, de donner une plus grande place aux laïcs.
Sur le terrain, la mise ou non en pratique de ces mesures varie d'un diocèse à l'autre, à l'image des débats souvent houleux, lors desquels les évêques des diocèses de Ratisbonne, Cologne, Eischtätt et Passau, – quatre sur les vingt-six que compte le pays − se sont montrés les plus critiques. "Les textes adoptés n'ont pas de validité automatique pour l'Église, et sont parfois en contradiction avec le droit canon", rappelle le théologien Georg Essen, de l'Université Humbold de Berlin. "La décision d'appliquer ou pas ces textes revient donc au seul évêque", note-t-il.
Ainsi, sur la question des bénédictions des "couples qui s'aiment", si la conférence épiscopale a publié un document précisant la manière dont elles peuvent avoir lieu, selon le site katholisch.de, en Bavière, seul le diocèse de Wurzbourg conseille de se référer à ce document. "Nous nous basons plutôt sur les recommandations du Vatican publiées en 2023 qui précisent que les bénédictions doivent être spontanées, afin de ne pas les confondre avec un vrai sacrement de mariage", nous explique Thomas Stübinger, vicaire de la cathédrale d'Eichstätt.
De son propre aveu, aucune bénédiction de ce type n'a eu lieu dans son diocèse, contrairement à ceux d'Essen ou de Münster. À Cologne, la situation est plus complexe. De nombreux prêtres bénissent des couples de même sexe ou divorcés et remariés, sans avoir été sanctionnés par le cardinal Woelki, pourtant opposé à la pratique.
Les laïcs moins clivants que les femmes
Même polémique autour des homélies faites par des femmes. Devenue une réalité à Münster, Essen ou Rottenburg, cette pratique est absente des quatre diocèses conservateurs. Quant à la participation des laïcs, au sens large, à certaines prises de décisions, elle apparaît moins clivante. Ainsi à Padeborn, les laïcs ont été impliqués dans la préparation de la liste de présélection des candidats au poste de futur évêque, après le départ de Mgr Hanz-Josef Becker, en 2023. Même chose dans le diocèse conservateur et bavarois d'Eichstätt, après la démission de l'évêque Georg-Maria Hanke, où, en parallèle, un nouveau Conseil diocésain destiné à "améliorer la communication entre les diverses instances laïques" a vu le jour.
"Ce processus reflète la pluralité traditionnelle de l'Église catholique en Allemagne et dans le monde, constate le théologien Georg Essen. Il y a toujours eu une Église à plusieurs vitesses".
À Stuttgart, en tout cas, une partie des laïcs impliqués dans ce processus de réforme se montraient "déçus" ce vendredi de la lenteur avec laquelle ces réformes arrivent dans les diocèses et paroisses. "La volonté politique manque, même si les textes ont été approuvés par deux tiers des évêques", regrette sœur Katharina Ganz. Et de rappeler que selon une large enquête réalisée l'an dernier, 96 % des catholiques du pays estiment que l'Église "doit changer si elle veut un avenir". "Prenez cela au sérieux car la maison brûle", a lancé cette dernière à l'encontre des évêques présents dans la salle.