Municipales 2026: le grand crash-test du Rassemblement national
En présentant un nombre record de listes et en rêvant d'une vague bleu marine, le RN aborde les municipales des 15 et 22 mars comme un test décisif. À la clé : des mairies, des sénateurs… et le statut de première force de droite ?

- Publié le 14-03-2026 à 08h19
- Mis à jour le 15-03-2026 à 19h14

Marine Le Pen et Jordan Bardella n'en font plus mystère : pour eux, 2026 doit être "une année de conquête" et les municipales, la rampe de lancement de la "grande alternance" promise pour 2027. Dans les meetings comme sur les marchés, la mécanique est rodée : convaincre les électeurs que la confiance accordée aux listes RN dans les villes et villages préfigurera celle qu'ils pourraient accorder, un an plus tard, à l'échelle du pays.
"Faire mieux qu'en 2020"
Pour Olivier Rouquan, constitutionnaliste et enseignant-chercheur en sciences politiques et chercheur associé au Cersa, "le RN doit impérativement faire mieux qu'en 2020 : le parti avait perdu des élus municipaux par rapport à 2014. Cette fois, il lui faut non seulement conserver Perpignan mais aussi conquérir de nouvelles villes, notamment sur l'arc méditerranéen – comme Toulon – et dans le bassin minier du Nord".
Cette fois, le parti a décidé de changer d'échelle, avec 763 listes annoncées, contre environ 500 en 2020, et une présence parfois inédite dans des villes moyennes comme Muret (Haute-Garonne) ou petites comme Saint-Souppets (Seine-et-Marne). Le RN vise aussi des grandes métropoles comme Toulon, Nice, Marseille, Nîmes, avec un objectif clair : devenir un parti d'élus et poursuivre sa notabilisation. "Le RN dispose désormais d'un groupe parlementaire important et bénéficie d'une acceptation plus large de ses idées dans l'électorat", souligne le politologue. De fait, la sécurité domine désormais, et de loin, les critères de vote selon l'enquête électorale menée par Ipsos pour Le Monde, le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès. Si cette progression ne se traduit pas en sièges d'élus locaux, prévient-il, "cela serait perçu comme une contre-performance".
Mais derrière la vitrine, le RN traîne toujours ses casseroles et de nombreuses polémiques sur le profil des investis. À Carpentras, le candidat a ainsi perdu son investiture début février, après la révélation par Libération de vieux tweets racistes et sexistes, rappelant les déboires des législatives de 2024, où plus d'une centaine de candidats avaient été épinglés pour des propos nauséabonds.
Autre point faible : le bilan des maires sortants. À Perpignan, vitrine majeure du parti, "l'endettement n'a pas explosé, mais les chiffres de l'insécurité se sont fortement dégradés depuis l'arrivée au pouvoir de Louis Aliot, observe encore Olivier Rouquan. Or si le parti ne parvient pas à convaincre au niveau local, comment peut-il inspirer confiance pour gouverner l'État ? Ses adversaires ne manqueront pas d'exploiter ce talon d'Achille."
"Pas encore le leadership de la droite"
Les municipales s'inscrivent aussi dans la recomposition à droite, où le RN mise sur sa proximité idéologique avec certains électeurs Les Républicains et sur son alliance avec Éric Ciotti et son parti UDR (Union des droites pour la République). Marine Le Pen refuse le retrait pur et simple de ses candidats, mais n'exclut pas des fusions de listes au second tour. L'idée séduit : 75 % des votants de droite plébiscitent un désistement mutuel LR-RN, selon Toluna-Harris Interactive (décembre 2025). Olivier Rouquan tempère pourtant : "Il ne s'agit pas encore, selon moi, pour le Rassemblement national, de prendre le leadership de la droite – cela me paraît prématuré. Mais il est évident que les lignes bougent, et la confusion grandissante entre les listes du RN, de l'UDR d'Éric Ciotti et de la droite traditionnelle pourrait, à terme, jouer en faveur du premier."
Derrière ce bras de fer municipal se dessine la collecte des 500 parrainages nécessaires à toute candidature à l'Élysée. Et avant cela, les sénatoriales de septembre : chaque mairie conquise offre des maires, adjoints et conseillers municipaux qui éliront les "Sages". Dans l'état-major mariniste, on rêve de tripler le nombre de sénateurs pour constituer enfin un groupe, affaiblir un des derniers bastions de la droite traditionnelle et offrir au parti une légitimité supplémentaire, à un an de la présidentielle.
Reste un enjeu plus personnel, pour Jordan Bardella. Ces municipales sont l'occasion de s'affirmer comme un vrai chef de parti, prêt à prendre le relais en vue de 2027 si l'empêchement de Marine Le Pen est confirmé cet été. Au-delà des gesticulations populistes et malgré ses brebis galeuses.