"Tu es responsable…": Netanyahou aurait ignoré une alerte dix jours avant les massacres du 7-Octobre
Selon une enquête du quotidien Haaretz, le Premier ministre israélien avait été averti de l'imminence d'une attaque d'ampleur par le président des Émirats arabes unis.
- Publié le 08-09-2026 à 16h54
- Mis à jour le 08-09-2026 à 16h55

Alors que la campagne électorale pour le scrutin législatif bat son plein en Israël, le quotidien Haaretz vient de lancer une véritable bombe. Dans un article préfigurant la sortie prochaine d'un livre-enquête sur les dramatiques événements du 7-Octobre 2023, le journal israélien (classé à gauche) affirme que le Premier ministre Benjamin Netanyahou avait été informé de l'imminence d'une opération d'envergure organisée par le Hamas une dizaine de jours avant le déclenchement de celle-ci.
S'appuyant sur de multiples sources israéliennes et étrangères — parmi lesquelles trois de "haut rang" — ainsi que sur des enregistrements et des documents internes, Haaretz explique que le président des Émirats arabes unis, Mohammed bin Zayed (MBZ), aurait personnellement alerté Benjamin Netanyahou.
MBZ, dont le pays avait entamé un processus de normalisation avec l'État hébreu dans le cadre des Accords d'Abraham, aurait insisté sur le sérieux de cette menace, qui "provoquerait non seulement un bain de sang, mais qui déstabiliserait toute la région". En vain.
Un "tremblement de terre"
L'article d'Haaretz affirme que le chef du Hamas, Yahya Sinouar, éliminé depuis par Israël, avait dit à un intermédiaire du Fatah palestinien qu'" une opération terrifiante" digne d'un "tremblement de terre" était en préparation. Cette information serait ensuite remontée jusqu'au dirigeant émirati.
D'après les auteurs de cette enquête, le Premier ministre israélien, estimant son pays préparé à faire face à toute attaque, n'a pas pris cette alerte au sérieux malgré l'insistance de son interlocuteur. Il aurait en outre omis d'en avertir l'état-major de Tsahal et les services de sécurité intérieure, le Shin Bet.
Quelques jours après les massacres, avance encore Haaretz, le Hamas aurait par ailleurs proposé de négocier la libération d'un nombre important d'otages civils détenus dans la bande de Gaza, en s'appuyant sur une médiation du Qatar. Proposition déclinée par le gouvernement israélien.
Un feu nourri de l'opposition
Le cabinet de Benjamin Netanyahou a fermement démenti ces accusations, qualifiant l'enquête de "mensonge absolu". Contacté par Haaretz, Mohammed bin Zayed n'a pour sa part pas donné suite aux demandes du quotidien.
Ces derniers jours, le clan Netanyahou semble avoir anticipé ces révélations. Le Premier ministre a ainsi affirmé que les responsables de l'armée avaient délibérément choisi de ne pas le réveiller le matin où ont débuté les sanglantes attaques du 7-Octobre. Son épouse Sara est même allée un cran plus loin, en laissant entendre que l'ancien général Yaïr Golan — qui dirige aujourd'hui le parti d'opposition "Les Démocrates" (gauche) et qui est considéré comme un héros dans le pays pour avoir sauvé la vie de plusieurs personnes le jour de l'offensive du Hamas — avait connaissance du projet du groupe islamiste.
Yaïr Golan n'a pas manqué de réagir aux informations publiées par Haaretz, interpellant son rival de façon virulente dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux : "Netanyahou, tu mets Israël en danger, tu nous mènes à la catastrophe. […] Les histoires du style "personne ne m'a réveillé", c'est terminé. Tu savais, tu as ignoré, tu as échoué, tu es responsable."
L'ancien chef d'état-major Gadi Eizenkot a surenchéri, assénant que le Premier ministre sortant n'est pas "apte à diriger". Aujourd'hui à la tête du parti d'opposition Yashar, M. Eizenkot est le favori des sondages. Selon une projection publiée mardi par le journal Maariv, son parti arrive en tête des intentions de vote, et une coalition d'opposition menée par ses soins pourrait atteindre la majorité absolue de 61 sièges à la Knesset.
L'ex-Premier ministre et chef du parti B'Yachad (Ensemble), Naftali Bennett, a quant à lui confirmé la véracité des informations de Haaretz.
L'opposition réclame depuis des mois la création d'une commission d'enquête indépendante, une demande à laquelle s'est fermement opposé le gouvernement dirigé par M. Netanyahou.