115 personnes se sont mystérieusement volatilisées, ne laissant qu'un mot sur un arbre
En 1590, les colons de Roanoke disparaissent mystérieusement, laissant une île déserte derrière eux et un simple indice - "CROATOAN" - gravé sur le bois. Où sont-ils passés ? Dans le cadre de son rendez-vous "Il était une fois", La Libre vous plonge l'un des plus grands mystères de l'histoire coloniale américaine, l'énigme de Roanoke.
- Publié le 24-11-2024 à 12h00
- Mis à jour le 24-11-2024 à 21h46

1584, océan Atlantique. Après un long voyage en mer depuis le Royaume-Uni, trois hommes débarquent sur l'île de Roanoke en Caroline du Nord, sur des terres jamais foulées par les Occidentaux auparavant. Sir Walter Raleigh, commandant de mission, a un objectif en tête : étendre l'empire britannique et rivaliser avec les puissances européennes en Amérique du Nord. Pour cela, lui et ses deux acolytes, Philip Amadas et Arthur Barlowe, prennent connaissance des lieux, qui s'annoncent prometteurs pour une future colonisation. Après une exploration du domaine, ils retournent dans leur pays d'origine, des ambitions plein la tête et racontent le potentiel du lieu découvert. Seulement un an après, Ralph Lane, explorateur anglais lui aussi, se rend sur l'île avec un objectif bien plus précis. Il est à la tête de la première tentative de colonisation du territoire.
Échec et tentative
En juillet 1985, Ralph Lane et ses centaines d'hommes dessinent l'arrivée des colons militaires à Roanoke. Ils prennent possession des lieux, y construisent un fort pour se protéger d'éventuelles attaques et construisent quelques bâtiments rudimentaires destinés au stockage des provisions. Avant d'agencer un village prêt à accueillir des civils britanniques, ils examinent le territoire et ses ressources. Les colons sont plutôt conquis par l'île, mais leurs relations avec les Amérindiens ne sont pas au beau fixe. Les conflits que cela engendre ajoutés au manque de provision poussent les explorateurs à rentrer au Royaume-Uni. Mais, assoiffés de pouvoir, ils savent pertinemment que les Britanniques seront bientôt de retour sur le continent américain.
C'est ainsi qu'une année plus tard, une troisième expédition anglaise est organisée en direction de Chesapeake Bay, en Virginie. Après analyse, ce territoire promet de meilleures conditions de vie et est plus propice à l'installation d'une colonie durable. Abondance de ressources, localisation stratégique avec des voies de navigation et opportunités commerciales les y attendaient, là où Roanoke a finalement été désigné comme un endroit trop pauvre et isolé. Cette fois-ci, 115 hommes, femmes et enfants débarquent sur l'île, avec l'idée de s'y installer définitivement. Cette troisième tentative est bien plus ambitieuse que les précédentes. Mais le périple ne se passe absolument pas comme prévu.

Changements de plans
Le destin, ou plutôt Simon Fernandez, le capitaine de l'expédition, en décide autrement. Il refuse de continuer plus loin que l'île de Roanoke, où il fait accoster ses passagers. Pourquoi un tel revirement de situation ? Certains récits murmurent que le capitaine aurait agi ainsi délibérément, peut-être sous pression économique ou par choix stratégique. D'autres affirment qu'il craignait que son navire ne manque de temps ou de provisions pour un voyage supplémentaire. Toujours est-il que les 115 Anglais n'atteindront jamais Chesapeake Bay. Ils sont contraints de se créer une nouvelle vie sur l'île imposée.
John White, nommé gouverneur de cette colonie, est forcé de gérer une situation tendue. Les précédentes relations avec les populations autochtones ont laissé de la crainte et de la rancœur envers les colons. De surcroît, le manque de provision est critique, et seulement un mois après leur arrivée, les Anglais implorent White de retourner au Royaume-Uni pour obtenir de l'aide. Le gouverneur accepte et laisse derrière lui les membres de sa famille qui l'ont accompagné dans la conquête de l'Amérique. Sa fille, Eleanor Dare, et son gendre mettront un enfant, Virginia, au monde sur l'île. Cette naissance est historique car l'enfant est la première personne née de colons anglais sur le territoire.
Le chef d'exploration fait demi-tour le cœur lourd mais sans complication, ignorant qu'il reviendra sur l'île trois longues années plus tard. En Europe, la guerre entre l'Angleterre et l'Espagne fait rage. L'Armada espagnole mobilise les ressources navales anglaises et barre le passage à White qui n'a qu'une idée en tête : poursuivre sa mission en Caroline du Nord et y retrouver ses proches. C'est seulement en août 1590 qu'il est de retour à Roanoke. Mais dans le cadre de ce périple, ses objectifs personnels sont secondaires. En vue de la guerre qui sévit, la flotte qu'il accompagne est engagée dans des activités de piraterie contre l'ennemi espagnol. Peu importe, White a trouvé comment se rendre à Roanoke. Mais l'homme plein d'espoir déchante en découvrant le spectacle que lui offre l'île à son arrivée.

Absence et message
Rien. L'île est déserte, vide de ses habitants amérindiens et des 115 colons laissés là trois années plus tôt. John White, abattu, est dans une incompréhension totale. Le seul indice laissé à son attention au sein du village fantôme est un message de trois lettres gravé sur un arbre : "CRO". Un peu plus loin, il découvre une autre gravure sur un poteau de bois, "CROATOAN", nom d'une île avoisinante, au sud de Roanoke. Le colon en chef se rappelle alors des instructions qu'il a laissées lors de son départ. Si les Anglais devaient quitter l'île, ils devraient lui laisser un message visible, lui indiquant leur lieu de destination. Élément important, si leur départ était précipité en raison d'un danger imminent, ils devaient alors graver une croix de Malte pour signaler une situation de détresse. Ce symbole n'étant pas présent, White suppose que son équipe a migré de son plein gré. Mais il ne sera pas en mesure de le vérifier car, si proche du but, il est contraint de repartir vers l'Angleterre. Les tempêtes faisant rage font barrage à la flotte pour rejoindre Croatan. De plus, les impératifs du nouvel équipage sont tout autres et il ne se préoccupe pas de retrouver les Anglais, plus vieux de trois ans maintenant. John White est obligé d'immédiatement rentrer avec eux. La piste n'est donc pas vérifiée et cette inscription reste à ce jour l'un des mystères les plus fascinants de l'histoire. Ces centaines d'hommes disparus sont dès lors renommés "la colonie perdue".

Où sont passés les colons ?
Plusieurs hypothèses sont émises sur leur sort, des plus plausibles aux plus abstraites. L'une des pistes les plus crédibles est que les colons auraient été accueillis par les tribus amérindiennes de la région de Croatoan. Plus tard, on découvrira que certains membres de cette tribu arborent des traits physiques européens et utilisent des ustensiles anglais. Les colons se seraient-ils fondus dans la masse, apprenant leurs coutumes pour se faire accepter ? Aucune preuve archéologique suffisante avérera cette idée.
Une autre thèse, plus macabre, suppose que les colons ne se seraient jamais intégrés aux indigènes et auraient été touchés par la famine. Ou pire, un conflit violent entre les deux peuples aurait éclaté, laissant pour morts les Anglais. Ce scénario est tout de même mis à mal par l'absence de restes de corps retrouvés sur les lieux.

De récentes découvertes relancent le mystère
Ce mystère ne cesse d'attiser la curiosité des experts. Au point qu'en 2012 et en 2020, de nouvelles fouilles sont menées, dans le but d'enfin déchiffrer ce qui a bien pu arriver plus de 400 ans plus tôt. Des objets tels que des outils, bijoux et poteries anglaises datant de la fin du XVIe siècle sont découverts par les archéologues contemporains sur des terres voisines à l'île.
Ces nouvelles preuves archéologiques n'apportent pas de réponse définitive mais vont dans le sens de la survie et de la dispersion des colons et indigènes de Roanoke. Mythe fondateur ou énigme historique ? Quoi qu'il en soit, cette histoire a marqué au fer rouge l'imaginaire collectif. Aujourd'hui encore, elle nourrit les débats et remet en cause les hypothèses historiques concernant les premiers contacts européens en Amérique.
