Au Brésil, un scandale financier fait vaciller Flávio Bolsonaro dans la course à la présidentielle
Le fils de l'ancien président d'extrême droite est rattrapé par une affaire de très gros sous.
- Publié le 27-05-2026 à 10h59

"Il n'y aura rien de plus" à révéler. Depuis plus d'une semaine, le sénateur Flávio Bolsonaro, l'aîné des cinq enfants de l'ancien président brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), tente de rassurer ses alliés sur sa relation avec le banquier Daniel Vorcaro, figure centrale de ce qui est en passe de devenir l'un des plus grands scandales politico-financiers de l'histoire du pays.
Désigné par son père pour représenter le camp conservateur à la présidentielle d'octobre prochain, Flavio Bolsonaro a toujours assuré n'avoir aucun lien avec cet homme d'affaires au vaste réseau d'influence, aujourd'hui placé en détention provisoire. A la base de son emprisonnement, un scandale lié à sa banque privée, liquidée en novembre dernier avec une dette estimée à 52 milliards de réais (près de 9 milliards d'euros).
Du cinéma ?
Mais une enquête publiée le 13 mai par The Intercept Brasil a brutalement ébranlé cette posture. Selon le média d'investigation, le sénateur Bolsonaro aurait en effet négocié avec le banquier un financement de 134 millions de réais pour un biopic consacré à son père, condamné l'an dernier à 27 ans de prison pour tentative de coup d'État. Intitulé Dark Horse (Cheval noir, expression anglaise pour outsider), le long-métrage doit sortir en septembre.
Des documents, messages et enregistrements obtenus par le média indiquent que près de la moitié de la somme promise aurait bien été versée au premier semestre 2025. Puis, les paiements se seraient enrayés. Les échanges entre les deux hommes, alors que l'ouverture d'une enquête policière sur la banque avait déjà été rendue publique, montrent Flávio Bolsonaro pressant Daniel Vorcaro de débloquer le reste des fonds. "Frère, je suis et serai toujours à tes côtés. […] J'ai juste besoin que tu m'éclaires !", écrit le sénateur sur WhatsApp le 16 novembre, à la veille de la première arrestation du banquier à l'aéroport de São Paulo, alors qu'il s'apprêtait à quitter le Brésil.
Ces révélations ont désarçonné l'entourage de Flávio Bolsonaro. Celui-ci a aussitôt convoqué une réunion à son QG et a fini par reconnaître qu'il avait sollicité ce financement, tout en niant "avoir offert des avantages en échange". Mais à peine tentait-il d'éteindre l'incendie qu'un nouvel élément est venu alimenter la crise : le 19 mai, le site Metrópoles a révélé qu'il avait rendu visite à Daniel Vorcaro fin 2025, alors que celui-ci était assigné à résidence. Aux élus de son camp, le sénateur a confirmé cette rencontre, assurant qu'elle visait à "mettre un point final" au dossier du film.
Des montants astronomiques
Mais plusieurs zones d'ombre persistent. Au-delà des liens entre les deux hommes, c'est aussi l'ampleur des montants négociés et le trajet de l'argent qui soulèvent des questions. "La somme demandée dépasse largement les standards du cinéma brésilien", souligne le politologue Maurício Santoro. "Il existe de forts soupçons selon lesquels les fonds auraient pu servir à masquer des frais de campagne ou à financer des dépenses personnelles de la famille Bolsonaro."
La police fédérale cherche notamment à déterminer si certains fonds ont pu être utilisés pour régler les frais d'Eduardo Bolsonaro, ancien député et troisième fils de l'ancien président, installé depuis l'an dernier aux États-Unis, où il défend activement la cause de son père auprès des autorités américaines. Selon The Intercept Brasil, des sommes versées par Daniel Vorcaro auraient transité par un fonds d'investissement administré par l'avocat de l'ex-parlementaire. Eduardo Bolsonaro assure pour sa part ne pas avoir reçu le moindre centime. Quant à la société de production du film, elle affirme que les versements ont couvert plus de 90 % du budget du long-métrage.
Une candidature en danger
L'impact politique de ces révélations semble déjà se faire sentir. Alors que les sondages réalisés peu avant le scandale donnaient Flávio Bolsonaro et Lula au coude-à-coude en cas de second tour, une enquête d'opinion publiée le 19 mai par Bloomberg et l'institut AtlasIntel crédite désormais le sénateur de 41,8 % des intentions de vote, contre 47,8 % fin avril. Dans le même temps, le président sortant progresse légèrement, à 48,9 %.
Parmi les conservateurs, le malaise gagne du terrain. Au sein du Parti libéral (PL), la formation politique des Bolsonaro, certains responsables estiment qu'un nouveau rebondissement pourrait suffire à rendre sa candidature intenable et évoquent déjà, du bout des lèvres, la nécessité d'un plan B. Mais pour l'heure, en public, chacun serre les rangs, tandis que les partis de droite et du centre, qui envisageaient d'appuyer le sénateur face à Lula en cas de duel, songent désormais à rester neutres.
"Si l'affaire continue de prendre de l'ampleur, ceux qui briguent d'autres mandats au niveau fédéral ou régional hésiteront à s'afficher aux côtés de Flávio Bolsonaro", analyse Mayra Goulart, professeure de sciences-politiques à l'université fédérale de Rio de Janeiro. "En outre, sa stratégie électorale reposait largement sur sa capacité à hériter des voix de son père. Le scandale enraye cette mécanique et redonne un nouveau souffle à la campagne de Lula."
L'affaire Banco Master dépasse toutefois le seul camp bolsonariste. Au fil de sa fulgurante ascension, Daniel Vorcaro avait tissé des liens étroits avec des élus de tous bords et des figures judiciaires de premier plan, qu'il aurait mis à profit pour consolider ses affaires et s'assurer des protections. Pour Maurício Santoro, "la vraie question est désormais de savoir sur qui les électeurs feront retomber la responsabilité".